Une véritable honte!

Les gouvernements du Québec et du Canada ont ratifié en 1991 la Convention relative aux droits de l’enfant, un instrument juridique international adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en novembre 1989. Cette convention internationale stipule dans son article 10 que toute demande formulée par un enfant ou un parent pour entrer dans un État à des fins de réunification familiale doit être traitée « dans un esprit positif, avec humanité et diligence ».

Humanité et diligence ? Le ministre canadien de l’Immigration, Marco Mendicino, a beau dire à notre collègue Lisa-Marie Gervais que le Canada est un chef de file mondial en matière de réinstallation des réfugiés, les statistiques racontent une histoire déshumanisante et brossent un portrait qui fait honte. Des parents acceptés comme réfugiés au Canada, et ayant même obtenu leur résidence permanente, attendent plus de trois ans avant de retrouver leurs petits, restés au bercail au moment de la séparation.

Faut-il rappeler qu’Estelle, Sophie et toutes ces femmes et ces hommes qui pleurent des enfants laissés derrière eux n’ont pas plié bagage un matin de légèreté pour le plaisir du périple et le goût de l’aventure ? Ces réfugiés politiques, reçus parfois pour motifs humanitaires, ont fui leur pays natal pour sauver leur vie, et parfois celle de leur famille. Rien ne dit que les enfants restés derrière eux, privés d’un de leurs parents ou même des deux, ne sont pas eux-mêmes soumis à quelques périls, comme c’est le cas de Sophie, qui craint pour la sécurité de quatre de ses enfants restés en Afrique. Elle a quitté un mari violent, et les nouvelles que lui acheminent ses voisines la font frémir. Elle craint que ses enfants soient eux-mêmes coincés dans le cycle de la violence.

Le fait que les enfants puissent rejoindre leurs parents au Canada après 39 mois d’attente est une véritable honte. Impossible d’invoquer la pandémie pour cette longue pénitence dans les couloirs de la bureaucratie, car voilà des lustres que l’enjeu de l’attente interminable est noté au tableau des horreurs. L’action rapide et efficace fut pourtant possible en 2015, lorsque le Canada a ouvert ses portes à 25 000 réfugiés syriens dans un temps record.

Le Conseil canadien pour les réfugiés demande au Canada de fixer une limite maximale honorable de six mois pour que parents et enfants puissent être réunis à une même table. Ces délais exceptionnellement courts ne devraient pas constituer l’extraordinaire, mais plutôt le cours normal des choses. Sans cela, inutile de même prétendre au moindre titre de chef de file mondial.

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