Le mensonge permanent

Personne ne s’attendait à ce que la défaite électorale de Donald Trump sonne la fin du « trumpisme ». Le génie maléfique du populisme et du racisme décomplexé libéré sous sa présidence n’allait pas être remis dans la lampe comme par magie. Au mieux, le Parti républicain amorcerait un nécessaire travail d’introspection et de reconstruction. Mais non.

La semaine dernière, le parti de Lincoln a démis Liz Cheney de ses fonctions de leader des élus républicains à la Chambre des représentants. Sa faute ? Elle affirme que l’élection du président Joe Biden n’a pas été entachée d’irrégularités et de fraudes dans les bureaux de scrutin, contrairement aux mensonges éhontés que Trump et ses partisans aveugles propagent depuis novembre dernier. Le mythe de « l’élection volée » s’impose désormais comme l’un des canons du programme républicain.

Officiellement, les républicains affirment que Liz Cheney a été démise de ses fonctions car elle perdait l’énergie vitale du parti à critiquer Trump au lieu de concentrer le tir sur les politiques de Biden. Cheney ne se gênait pas pour critiquer Donald Trump et le blâmer pour l’assaut du Capitole par ses partisans déchaînés. Il n’y a qu’à étudier le profil de sa remplaçante pour constater qu’il s’agit là d’un prétexte. La nouvelle numéro 3 du Parti républicain, Elise Stefanik, boit servilement les paroles de Trump en répandant le mensonge de l’élection volée.

Le dommage à la démocratie américaine est déjà bien réel. Selon un sondage mené par CNN, 70 % des électeurs républicains et 30 % de la population croient que l’élection de Joe Biden a été frauduleuse. En prévision des élections de mi-mandat, la plupart des États à majorité républicaine ont présenté des projets de loi visant à encadrer et à restreindre le droit de vote. Le Texas et la Floride souhaitent même imposer des pénalités sévères aux travailleurs et aux bénévoles qui commettraient des erreurs ou des violations à la loi électorale dans les bureaux de scrutin.

Toutes ces initiatives vont concourir à faire des bureaux de vote le terrain d’un affrontement permanent, dans un climat de suspicion qui n’a aucune commune mesure avec la réalité. Les allégations de fraude, amplifiées par les républicains et leurs porte-voix complaisants de la chaîne Fox, n’ont trouvé aucune confirmation en novembre dernier.

Liz Cheney n’a pas dit son dernier mot. Défiante, elle a indiqué qu’elle ne resterait pas silencieuse pendant que le Parti républicain sape les fondements de la primauté du droit et de la Constitution. D’aucuns disent qu’en refusant de rentrer dans le rang, elle a fait un premier pas vers une candidature à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2024. D’autres prédisent la lente implosion du Parti républicain et l’émergence d’une formation de troisième voie.

Pour l’heure, la seule certitude qui soit, c’est que les républicains fourbissent leurs armes pour transformer le processus électoral en coup de force. Les attaques contre la démocratie observées lors de la défaite de Trump n’étaient qu’un prélude.

8 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 17 mai 2021 07 h 05

    Il y a eu tentative de vol électoral

    Et le coupable est connu. C'est sur cette défaillance de ce système électoral pourri que les trumpiens devraient travailler. L'empereur se promène nu depuis longtemps (cf. Les habits neufs de l’empereur). Le ridicule ne tue pas mais il devrait faire des exceptions.

    Cheney est plus conservatrice que l'empereur manqué. Cheney a répété ce que McCarthy (le leader trumpiste en chambre) a reconnu après l'élection: Biden a gagné sans fraude. Les trumpistes le savent, comme le 70% de républicains cité. La schizophrénie n'est pas confortable. Surtout que Cy Vance s'en vient.

    Par contre, seulement 43% des républicains condamnent ceux qui critiquent ouvertement Trump. Et selon Reuters/Ipsos 61% des républicains pensent que le parti serait plus fort s'il admettait les trumpistes et les anti-trumpistes. Va falloir tricher fort pour gagner.
    «Republican Voters Say They Don’t Mind Trump Critics, But Liz Cheney’s Ouster Says Otherwise» Fivethirtyeight, 14 mai.

  • Michel Lebel - Abonné 17 mai 2021 08 h 01

    Un réveil absolument nécessaire

    Aucun doute: au plan politique, les États-Unis connaissent une grande décadence. Il y a de quoi être inquiet. Un sursaut, voire un reveil de la société civile, y inclus de la classe intellectuelle bien silencieuse, est absolument nécessaire. La démocratie américaine est en danger.

    M.L.

  • Claude Gélinas - Abonné 17 mai 2021 08 h 56

    Le peuple contre la démocratie.

    Le nouveau livre du jeune politologue Yascha Mounk, professeur à Harvard, explique avec clarté pourquoi à l'ère des populistes le libéralisme et la démocratie sont aujourd'hui en plein divorce. Désormais le perdant un qualificatif qu'il abhorre l'ex-Président Trump considéré comme un gourou par une majorité d'élus républicains qui défilent dans son fief floridien savent très bien qu'il ment mais pour des raisons électoralistes , en raison du nombre de voix significatif obtenu par Trump et son message, il compte toujours sur ce dernier pour leur réélection. C'est ainsi qu'une démocratie s'affaiblit.

    Par contre l'espoir demeure que dans l'éventualité d'une mise en accusation de Trump et de sa condamnation il est raisonnable de penser que le bon sens prenant le dessus les adorateurs d'aujourd'hui le laisseront tomber. À tout le moins à ce jour la stratégie de l'ex-Président de procéder à la nomination d'un nombre record de juges qui lui seraient redevables n'a heureusement pas à ce jour fonctionné. Lui habitué à ne rien donner gratuitement.

  • Christian Roy - Abonné 17 mai 2021 10 h 45

    Pendant ce temps à Vegas...

    Certains mettent un p'tit deux sur un ticket Donald Trump / Marjorie Taylor Greene.

    Leur campagne sera basée sur le fait que la pandémie de Covid 19 fut le plus gros canular démocrate de l'histoire américaine, que les prochaines présidentielles ne seront honnêtes que si les Retrumplicans l'emportent et que le pays a besoin d'un "Greene New Deal" pour combattre les rayons venus du ciel pour embraser les forêts californiennes !

    La politique américaine ressemble à un cirque dont les observateurs du monde entier rigolent.

    Pourtant, c'est loin d'être drôle.

  • Bernard Bujold - Inscrit 17 mai 2021 11 h 43

    UN FIER PARTISAN DÉMOCRATE

    à Brian Myles- Le moins que l'on puisse conclure, c'est que vous êtes un fier partisan du parti Démocrate.
    C'est votre droit le plus légitime, comme d'autres ont le droit d'être de fiers partisans de Donald Trump. Enfin je crois...
    Heureusement qu'il y a d'autres articles et reportages dans Le Devoir car il est évident que s'il n'y avait que les positions de Brian Myles, aucun fan de Donald Trump ne serait ni intéressé, ni confortable à lire votre média... À moins qu'aucun fan de Donald Trump ne soit le bienvenu à lire Le Devoir et a y être abonné?

    • Cyril Dionne - Abonné 17 mai 2021 14 h 43

      La tour penche toujours sur le même côté M. Bujold. Que voulez-vous? Lorsque vous êtes un élu autoproclamé de la vertu, c'est difficile d'accepter les opinions des autres.

      Ceci dit, les faits sont tonitruants. Liz Cheney ne représente même pas les gens de son district, eux, qui au dernier caucus, ont voté pour la renvoyer. Mitt Romney s’est fait hué par les mormons en Utah dans une assemblée républicaine la semaine passée. 200 000 Américains sont morts du coronavirus sous la présidence de Joe Biden. Seulement 47.1% des Américains ont reçu au moins une dose (16 mai 2021). Au Québec c’est 48,2% et pour l’Ontario, 48,5%. Il semble que Biden ne peut convaincre qui ce soit. Les États-désUnis sont scindées en deux parties.

    • Marc Pelletier - Abonné 17 mai 2021 18 h 06

      M.Dionne,

      M. Biden a convaincu suffisamment d'américains pour se faire élire et.... grand bien nous fasse !

      À vous qui me traitez d'antisémite sans même me connaître, le moins que je puisse dire c'est que vous avez un culot et un manque de respect qui se situent en tête de liste .

    • Cyril Dionne - Abonné 17 mai 2021 19 h 21

      « Ben » M. Pelletier, lorsqu'on fait allusion à la force économique des Juifs pour justifier un argument, ne pensez-vous pas qu'il y a quelque chose d'antisémite dans ce discours? Il faudrait relire l'histoire de la 2e guerre mondiale et surtout les passages qui préparaient l'Holocauste à venir. Ils se sont servis de la même justification tout comme une certaine Ilhan Abdullahi Omar du Minnesota qui siège à la Chambre des représentants du Congrès américain. Dois-je vous spécifier la religion de celle-ci?

      Pour Biden, les multimilliardaires du GAFAM et autres lui ont acheté l'élection. Il n’a convaincu personne. C'est pour cela que les démocrates ont dépensé 2 fois les argents des républicains durant la dernière campagne. Et où venait tout cet argent? Certainement pas des gens de la « Rust Belt » qui travaillent aujourd'hui au salaire minimum dans les centres de distribution d'Amazon.