La sanction de l'ONU

Le gouvernement soudanais ne peut plus se défausser de ses responsabilités. S'il n'obéit pas aux injonctions contenues dans la résolution du Conseil de sécurité consacré à la province du Darfour d'ici trente jours, il s'exposera à une série de sanctions. Khartoum n'a plus le loisir du mensonge.

Aujourd'hui, les quinze membres du Conseil de sécurité vont entériner la version finale d'une résolution conçue afin que les milices arabes armées par le gouvernement soudanais cessent de terroriser la population noire chrétienne ou animiste concentrée dans la province du Darfour. Lorsqu'on songe à l'urgence de la situation, on ne peut qualifier autrement que d'odieuses les objections évoquées par l'Algérie, le Pakistan et la Chine. En multipliant les oppositions byzantines, les représentants de ces pays qui se moquent des droits de la personne comme d'une guigne ont retardé d'au moins une semaine l'adoption de cette résolution. De cela, ils devraient être imputables.

C'est à souligner, ces ambassadeurs voulaient et ont obtenu que la menace de sanctions soit gommée du texte initial composé par les États-Unis. Ils estimaient qu'un délai devait être accordé à Khartoum afin qu'il montre sa bonne volonté. Or c'est un secret de Polichinelle que le gouvernement en question n'a respecté ni le cessez-le-feu négocié au printemps dernier ni la parole donnée au secrétaire d'État américain Colin Powell. On se rappellera que les autorités soudanaises avaient pris l'engagement de désarmer les milices qui tuent, pillent et violent dans la plus totale impunité depuis dix-huit mois maintenant.

Selon l'analyse chiffrée de l'ONU, le nombre de déplacés est de 1,2 million, dont 200 000 réfugiés au Tchad. Le nombre de personnes tuées? Il n'est pas, comme on le croyait encore la semaine dernière, de 20 000 ou 30 000, mais bel et bien de 50 000. En fait, après avoir enregistré des dizaines de témoignages, le département d'État américain en est arrivé à la conclusion que le modus operandi employé par les milices avec le soutien discret mais constant de Khartoum relevait du génocide. Point.

Bien au fait de la situation qui prévaut dans cette région du monde, les ambassadeurs des nations citées plus haut ont donc décidé de chipoter parce qu'ils estimaient que l'utilisation du mot «sanction» pouvait heurter les sensibilités des autocrates soudanais. Face à cette opposition, les proposeurs ont donné satisfaction à ces messieurs pour mieux les doubler après coup. Plutôt que d'invoquer des sanctions, la résolution prévoit l'application de l'article 41 de la Charte des Nations unies. Celle-ci stipule notamment que les mesures mises à la disposition du Conseil «peuvent comprendre l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires [...] et autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques». Bref, cela revient au même.

Pendant que certains représentants onusiens jouaient une farce sinistre, les dirigeants de l'Union africaine (UA) interprétaient les gammes du comique-troupier. Pas plus tard qu'hier, les autorités de l'UA prévenaient la communauté internationale que leur organisation respecterait le mandat qui lui a été alloué à condition que la communauté en question assure le transport des troupes et «nous assure que les camps qui doivent accueillir les militaires sont prêts». On notera que le contingent de l'UA ne totalise pas 30 000 ou même 3000 soldats mais seulement 300. Quotidiennement des gens sont massacrés, et que fait l'UA? Elle demande qu'on installe des parasols pour le confort de 300 militaires. C'est à la fois odieux et pathétique.

Cela étant, Khartoum est désormais dans l'obligation de désarmer mais aussi d'arrêter les miliciens qui ont commis des exactions et de les traduire devant la justice. Si au bout de trente jours le secrétaire général Kofi Annan stipule, dans le rapport qu'il devra remettre au Conseil, que le gouvernement soudanais a fait preuve de mauvaise volonté, alors l'article 41 aura force de loi. En attendant la suite, il faut souligner que les Nations unies sont loin d'avoir récolté les sommes qu'elles jugent nécessaires pour mettre un terme au drame humain qui se poursuit. Pour l'heure, elle a reçu 158 millions des 350 millions demandés.

Entre les freins mis par certains représentants onusiens et le cynisme affiché de l'Union africaine, on ne peut que conclure que ces gens-là ne voient plus le mal, qu'ils ne le discernent plus. Qu'ils ne sont plus aptes à le nommer.

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