À la chasse des ballottants

À la faveur de la première journée de la convention du Parti démocrate, les personnalités en vue de cette formation ont mis la table. Au menu, une entrée faite de politique étrangère suivie de l'économie comme plat de résistance. Une façon comme une autre de rappeler que le sujet central de la campagne qui s'amorce se conjuguera avec emploi et pouvoir d'achat.

L'état-major du candidat démocrate à la Maison-Blanche avait deux craintes. La première? Que ses vedettes transforment la convention en une foire d'empoigne en tirant à boulets rouges en direction du président Bush. La deuxième? Que la personnalité flamboyante de Bill Clinton et de certains autres fassent ombrage à John Kerry, ce robot, pour reprendre le qualificatif de The Economist, qu'il serait temps de ramener à la vie. On s'en doute, les notables du parti souhaitaient, voire priaient, que les orateurs les plus attendus adoptent profil bas.

C'est pour cette raison, et quelques autres, que la mise en scène fut élaborée de manière à ce que tous les candidats qui pouvaient susciter une contre-offensive cinglante et immédiate de la part des adversaires ou effrayer les ballottants, les swing voters, jouent le premier acte. Peut-être faut-il spécifier que les républicains ont dépêché à Boston tout un contingent d'observateurs à qui mandat a été donné de rendre coup pour coup. À cet égard, l'épisode Teresa Kerry, la femme de John, est éloquent. À peine avait-elle fustigé un journaliste qu'elle se retrouvait au centre d'une polémique modulée à l'aune de l'infantilisme politique.

Toujours est-il que les Jimmy Carter, Al Gore, Hillary et Bill Clinton ont fait ce qu'il y avait à faire. Ils ont été eux-mêmes. Ils ont ciblé Bush avec vigueur mais sans aller jusqu'à conjuguer leurs discours avec la haine. Ils ne se sont pas contentés de faire le service minimum. Cela d'ailleurs doit être salué. Il n'y avait pas de raison qu'ils mettent sous le boisseau leur propre bilan. À savoir, que sous leur règne les relations des États-Unis avec leurs alliés — on pense surtout aux Européens — étaient plus saines qu'elles ne le sont aujourd'hui. Qui plus est, l'économie du pays présentait un profil plus avenant il y a quatre ans de cela que ce n'est le cas actuellement. À cet égard, on se rappellera que Bush s'est distingué ainsi: les déficits ont atteint des records alors que le nombre d'emplois est à la baisse.

En mettant l'accent sur l'économie, Clinton et Gore tenaient à convaincre les indécis, ces fameux électeurs que les organisateurs de campagne suivent à la trace avec d'autant plus d'avidité qu'ils font la différence. Tous les sondages l'affirment et le répètent: pour les indécis, l'économie, plus exactement l'emploi et leur pouvoir d'achat, est le sujet des sujets. Si la sécurité du pays ne les laisse évidemment pas indifférents après les événements du 11 septembre, la politique internationale, par contre, ne les intéresse guère.

À la lumière des discours signés par les figures de proue du Parti démocrate, on retient que le message central se résumait ainsi: les démocrates sont des meilleurs économistes que les républicains. Au cours des prochaines quarante-huit heures, il est vraisemblable que ce message va être repris et surtout détaillé. Et sur ce front, il faut espérer que Kerry va démontrer certaines qualités de pédagogue pour expliquer ses changements. On s'explique.

Le sénateur Kerry fut un fervent partisan du libre-échange. Le candidat Kerry est un libre-échangiste tiède. Le sénateur Kerry était réputé être un faucon en matière de fiscalité. Le candidat Kerry l'est beaucoup moins. Le sénateur fut un militant convaincu de l'Alena. Le candidat aimerait bien le rouvrir. De ces changements d'attitude les républicains font leurs choux-gras, Bush en tête qui le traite de girouette. Les électeurs? Un sur deux assure avoir de la difficulté à saisir ce que Kerry pense vraiment.

Cela étant, lorsqu'on lit l'évolution des sondages consacrés à la direction du pays, on constate que, hier, 51 % des Américains estimaient que Bush les entraînait sur une mauvaise pente. Aujourd'hui, ils sont 57 % à trouver cela. En clair, le sentiment de pessimisme est actuellement presque aussi élevé qu'il ne le fut en 1980 et en 1992, lorsque Carter d'abord et Bush père ensuite furent défaits. Il reste à Kerry à faire la différence.

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