Tirer profit des complots

CHOI Radio X et son propriétaire RNC Média, dont les actionnaires sont Pierre R. Brousseau et Jean-Yves Gourd, ont exploité un filon tout au long de la pandémie, celui de faire de la station le porte-voix des complotistes anti-mesures sanitaires dans la capitale nationale et dans les régions limitrophes comme la Beauce.

Stimulée par ses animateurs Dominic Maurais, Jeff Fillion et Denis Gravel, la station n’a pas hésité à inviter des conspirationnistes comme Alexis Cossette-Trudel et Lucie Laurier, tout en assurant la notoriété du propriétaire du tristement célèbre Mega Fitness Gym, Dan Marino, qui a cru un temps qu’une excellente forme physique suffisait pour garantir une immunité contre la COVID-19. La fréquentation du gym a entraîné 195 contagions primaires, ce qui s’est traduit par quelque 500 cas au total dans la région de Québec, dont possiblement un décès, selon la Santé publique.

En septembre, la Ville de Québec, sous l’impulsion du maire Régis Labeaume, a annoncé qu’elle cessait d’acheter de la publicité à CHOI Radio X. « Par leur choix de promouvoir l’opposition aux mesures sanitaires, les propriétaires de cette station de radio mettent en danger la santé et potentiellement la vie des citoyens de Québec et d’ailleurs », peut-on lire dans le communiqué.

Certes, le fait qu’une administration publique décide de boycotter un média parce qu’elle n’approuve pas les commentaires qui y sont diffusés porte atteinte à la liberté d’expression. En revanche, une entreprise privée à qui on confie les ondes publiques a des responsabilités à l’égard de la société. Encourager les auditeurs à ne pas respecter les mesures sanitaires en pleine pandémie et à défier les autorités publiques, c’est en effet risquer la santé de milliers de personnes et la vie de plusieurs d’entre elles. C’est de la négligence, comme le fait d’inciter les automobilistes à rouler à tombeau ouvert. Que la Ville de Québec s’attaque à la vénalité de propriétaires sans scrupule en les privant de revenus est de bonne guerre dans ces circonstances exceptionnelles, d’autant plus que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) laisse faire.

Des annonceurs privés comme Industrielle Alliance, Desjardins et le Groupe La Capitale ainsi qu’Hydro-Québec ont emboîté le pas. Le Devoir rapportait que le mouvement de retrait des annonceurs tenait toujours. Deuxième station à Québec — première dans le marché étendu —, CHOI Radio X compte toujours sur des annonceurs, mais il faut espérer que sa grille de tarifs publicitaires fut revue à la baisse.

Paradoxalement, même si la station fait son pain et son beurre de la pandémie et de la résistance d’une partie de la population aux mesures sanitaires, il est fort possible que cette même pandémie l’ait privée d’auditeurs. CHOI-FM est une station qu’on écoute en auto en se rendant au travail ou en rentrant à la maison : le télétravail a certainement eu un effet. Qui plus est, certains auditeurs ont déserté la station, las de l’agressivité et du négativisme continuels des animateurs dont on peut penser qu’ils ne croient pas à leur propre outrance. La formule du show grossier conçu pour les « white angry young men » d’il y a 20 ans a vieilli comme son auditoire. Les millénariaux ne carburent peut-être pas au simplisme rageur et à la sinistre rancœur. Sentant le vent tourner, une des têtes d’affiche de la station, Denis Gravel, vient de tirer sa révérence, sans doute pour d’autres cieux hertziens.

Les lois du marché peuvent s’avérer implacables. Or, CHOI-FM est à vendre. Le mieux qu’il puisse arriver, c’est qu’un nouveau propriétaire relance la station et mette de côté la hargne passéiste qui l’anime.

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