Un 4e pouvoir en santé

David Beriain et Roberto Fraile étaient deux reporters espagnols aguerris. Habitués des zones jugées difficiles, ils réalisaient ensemble un documentaire sur le braconnage au Burkina Faso lorsqu’ils ont d’abord été portés disparus lundi dernier après l’attaque de leur convoi. Le lendemain, le gouvernement burkinabé confirmait l’exécution des deux Espagnols par des terroristes.

Dans la liste des journalistes assassinés pour avoir exercé leur métier, Fraile et Beriain portent les numéros 1451 et 1452. Depuis 1993, 1452 reporters sont morts au nom du droit du public à l’information, selon l’Observatoire des journalistes assassinés de l’UNESCO. La sécurité des journalistes est certes le pan le plus tragique que souligne en ce jour la 30e Journée mondiale de la liberté de la presse, mais il y en a nombre d’autres. Tous concourent à mesurer la santé véritable d’une démocratie : l’engagement réel des gouvernements en faveur d’une presse libre et indépendante ; l’accessibilité des citoyens à une information vérifiée et fiable ; le soutien économique destiné aux médias en difficulté, pour éviter la concentration de la presse ; les moyens déployés par les médias pour soigner l’éthique professionnelle.

Même si le président américain, Joe Biden, célèbre ces jours-ci les 100 premiers jours de son règne, on n’oubliera pas de sitôt l’ouragan dévastateur que fut son prédécesseur, Donald J. Trump. Raillée, bafouée, muselée, la presse aura subi ses affronts quotidiens, mais la pire des balafres demeure celle portée par Trump sur la valeur d’une information de qualité, la vague des fake news ayant emporté des parcelles de démocratie au gré des bêtises proférées par l’ex-président. Avec l’assaut mené par des partisans de Trump sur le Capitole le 6 janvier dernier, l’année 2021 est déjà tristement célèbre : en érigeant en vérité indécrottable la transformation d’une élection légitime en fraude électorale, le dirigeant déchu a soufflé sur des braises. On connaît la suite.

L’assaut mené par un virus sur la planète aura toutefois été un formidable révélateur du caractère essentiel d’une information valide, vérifiée, basée sur des faits et non des croyances. Partout sur le globe, les médias ont connu des apogées en matière de pertinence et de fréquentation. Assoiffés d’explications et d’outils pour comprendre les facettes scientifiques, sanitaires et politiques de la pandémie, les citoyens se sont spontanément tournés vers les médias. Au Québec, ce fut l’occasion pour le public d’assister tous les jours en direct à la joute questions-réponses entre reporters et politiciens. Bien que le rôle critique des journalistes en début de pandémie ait fortement indisposé plusieurs citoyens, cette facette du travail des médias demeure indispensable à la compréhension des stratégies qui sont décidées en haut lieu au nom de l’intérêt public, ainsi que le temps a permis de le constater.

Les thèses conspirationnistes et leurs adeptes ont pollué une portion des échanges, particulièrement sur la Toile, où l’amalgame du vrai et du faux complexifie la mission journalistique tout en démontrant son caractère essentiel. Dans ce contexte d’abondance et de dérives possibles, médias et public demeurent plus que jamais engagés dans une relation basée sur la confiance, la crédibilité et le respect.

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