Priorité au logement abordable

De nombreux médias, Le Devoir en tête, ont fait état des difficultés de trouver un logement à prix raisonnable. Alors que la date fatidique du 1er juillet approche, les groupes de défense des droits des locataires sonnent l’alarme sur la crise du logement, bien réelle pour certains ménages.

Le Devoir a consulté plus de 3000 annonces de logements qui ont été publiées entre le 1er janvier et le 17 mars sur le site de petites annonces Kijiji. La moyenne des loyers offerts sur l’île de Montréal est d’environ 1300 $ par mois. C’est l’équivalent de 15 720 $ par année, soit plus de 30 % du revenu annuel brut des Montréalais (47 400 $). Le seuil de 30 % est préoccupant. La situation observée dans notre enquête contraste avec les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), qui évalue le loyer mensuel moyen à 893 $ sur l’île et à 891 $ dans la grande région de Montréal, mais cette étude tient compte de tous les appartements.

Le marché locatif est en situation d’équilibre lorsque le taux d’inoccupation est de 3 %. À l’échelle montréalaise, il est présentement de 2,7 %. La situation s’améliore, du moins en apparence. Selon la SCHL, les taux d’inoccupation ont fortement augmenté dans les grands immeubles des secteurs centraux, pour demeurer stables ailleurs dans la métropole. Plusieurs facteurs temporaires résultant de la crise sanitaire sont en cause : la diminution du bilan migratoire international, l’absence des cours universitaires en personne, le retour sur le marché locatif d’appartements destinés aux touristes. Autant de facteurs appelés à s’estomper avec la fin de la pandémie et la reprise de l’activité économique. C’est donc maintenant qu’il faut penser à la politique d’habitation de demain.

La crise du logement frappe les ménages d’une manière asymétrique. À Montréal, c’est d’abord et avant tout une crise pour les familles avec des enfants et une crise du logement social et abordable. Les familles peinent à trouver des logements de deux chambres ou trois chambres, pour lesquelles les taux d’inoccupation sont de 2,1 % et de 2,6 %. Et elles se heurtent à l’une des formes les plus répugnantes de discrimination qui soient par les propriétaires, si horrifiés par le bruit des enfants.

Pour les ménages moins fortunés, il y a une rareté des appartements à prix raisonnable. À titre indicatif, un ménage avec un revenu inférieur à 25 000 $ ne devrait pas payer plus de 625 $ par mois pour demeurer sous le seuil de 30 %. Dans ce segment, il n’y a qu’un peu plus de 92 500 logements sur le marché montréalais (15 % de tous les appartements) et le taux d’inoccupation est de 1,6 %. À l’inverse, plus les ménages sont fortunés, plus la disponibilité des logements est grande.

Un autre problème vient de la répartition des mises en chantier et du type d’habitation privilégié. En 2020, pas moins de 10 600 appartements locatifs neufs sont venus s’ajouter au parc locatif de la région métropolitaine de recensement, du jamais vu en 30 ans, selon la SCHL. Mais 80 % de l’offre est en banlieue. À Montréal, la moitié des nouveaux logements étaient situés au centre-ville et dans Griffintown. Les loyers mensuels moyens y sont prohibitifs : 1400 $ pour un 3 1/2, et 2300 $ pour un 5 1/2. Ces distorsions dans le développement n’aident pas.

La semaine dernière, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a demandé à Québec d’adopter des mesures urgentes pour limiter les effets de la crise du logement. La CMM recommande le renversement du fardeau de la preuve devant le Tribunal administratif du logement en cas de reprise du logement, et la création d’un registre des loyers. Ces mesures viendront pénaliser indûment les propriétaires qui agissent de bonne foi, et les décourager de procéder aux travaux majeurs sur leurs immeubles. Si l’on respecte les barèmes du Tribunal administratif du logement, il faut des décennies pour recouvrer les dépenses d’entretien majeures.

Si la crise découle de la rareté des logements abordables, c’est à ce problème qu’il faut s’attaquer ! Le dernier budget Girard prévoit plus de 400 millions sur cinq ans pour la construction de 500 nouveaux logements sociaux et abordables et pour accélérer la construction de 5000 appartements promis mais non livrés. Aux yeux de la CMM, le rattrapage est insuffisant. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, aurait souhaité 1500 nouveaux logements dans sa ville seulement.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, qui nie l’existence d’une crise du logement en plus de banaliser la crise immobilière, pourrait s’intéresser davantage au dossier.

Enfin, la sortie de la CMM n’est pas sans susciter un léger malaise. C’est à Montréal que sont concentrées 36 % des interventions en logement social et abordable au Québec. À Laval ? 3 %. En Montérégie ? 9,5 %. Il est anormal qu’une part aussi disproportionnée de l’effort en matière de logement social et abordable se fasse à Montréal. La concentration des problèmes de pauvreté sur l’île n’est plus une excuse valable pour que les villes voisines de Laval et de Longueuil se dérobent à cette responsabilité collective. Il faut viser la mixité des initiatives à l’échelle de l’agglomération.

16 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 27 avril 2021 02 h 35

    Et si le problème n'était pas la construction de logements sociaux et "abordables"...

    Et si le problème n'était pas la construction de logements sociaux et "abordables" et encore moins l'injection de par le GV-Q "de plus de 400 millions sur cinq ans pour la construction de 500 nouveaux logements sociaux et abordables et pour accélérer la construction de 5000 appartements promis mais non livrés". De tels montants monétaires du GV-Q qui s'additionnent à ceux du GV-F,ne bénifient qu'aux corporations d'entrepreneurs qui se lancent dans les projets, ou aux structures bureaucratiques qui gèrent les HLM. Cela fait décénnies que ces deux ordres de GV et que les grandes villes (pour le QC entre autres Montréal et Québec) y injectent de l,argent, pour toujours plus de logements dits sociaux et "abordables" sans que le problème de la spéculation immobilère et le manque de logements à "coûts normaux" soient le moindrement corrigés. Pire, ces injections monétaires ne font qu'accroitrent les problèmes en la matière.

    DE plus, ce n'est certainement pas en maintenant la législation actuelle et le type de recours devant la "Régie du logement" qui améliorent la situation... Une législation qui devrait être calquée sur celle de la ville de Berlin (elle a été jugée hors de la compétence des villes, mais des lands) règlerait grandement plusieurs des irrégularités actuelles. Donc, c'est au GV-Q d'y voir.

    Le GV-Q ne doit surtout pas perséver en reprenant ces vieilles habitudes: elles n'ont rien donner pour la population - la plèbe comme l'on disait sous l'ancien régime. Quand à l,inclusion de x% en logements abordables et du x% de logements sociaux dans les grands développements résidentiels cela ne donne absolument rien de significatif. New-York (la ville) a fait cela... le résultat est catastrophique (exemple: deux portes d'entrée, un mur mitoyen, etc. un côté entretenu et ciré, l'autre bord? Bof! où sonr les subventions. Cela est grandement étudié dans les universités américaines avec des conclusions similaires: ne surtout pas faire cela.

    • François Poitras - Abonné 27 avril 2021 10 h 04

      Nous sommes d'accord avec plusieurs des points que vous soulevez. Par contre, la spéculation immobilière résidentielle est un phénomèene relativement marginal. Sur les 870,235 logements privés recensés à Montréal, 348,235 sont occupés par leurs propriétaires et 522,140 par des locataires. La très grande part du parc résidentiel est le fait de propriétaires occupants. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=68,67885745&_dad=portal&_schema=PORTAL

    • Serge Pelletier - Abonné 27 avril 2021 16 h 45

      Quand l'on veut noyer une information ou la manipuler en regard d'une situation les GV, ou tout autre organisme incluant les recherches post doctorales, et bien l'utilisation des statistiques sont d'un grand secours... Churchill en personne l'écrivait et le disait: "les seules statistiques que je crois sont celles que je manipule moi-même".

    • François Poitras - Abonné 27 avril 2021 20 h 12

      Ce sont les statitique de la Ville, Je ne les ai pas "créées moi-même", Vous pouvez laisser Churchill tranquille.

  • François Poitras - Abonné 27 avril 2021 07 h 20

    « Crise du logement » : qui dit vrai ?


    À chaque printemps, les activistes tempêtent alors que les médias font leurs choux gras d’une crise annuelle du logement. Mais quelles sont les données réellement fiables ? M. Myles source très peu ses chiffres et plusieurs d’entre eux semblent de l’ordre de la mésinterprétation. En voici quelques-uns qui offrent une perspective différente.

    Selon la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), le taux d’inoccupation des logements à Montréal est actuellement de 6 % (La Presse, 20 janvier 2021)

    Par ailleurs, les taux d’inoccupation sont beaucoup moins élevés, dans les régions entourant la métropole, comme la Montérégie (1,4 %), Laval (1,4 %) et Lanaudière (1,2 %).

    « La mairesse de Montréal, Valérie Plante, aurait souhaité 1500 nouveaux logements dans sa ville seulement. » Ha bon ! Pourtant la mairesse assurait l’automne dernier avoir livré 70 % de sa promesse de 12,000 logements abordables en 4 ans ! https://www.projetmontreal.org/logement_social_abordable

    Alors que Chantal Rouleau, ministre responsable de la métropole avance : « Depuis qu’on est en poste, ce sont 460 millions qu’on a accordés à la Ville de Montréal dans le cadre [de l’entente] Réflexe Montréal, a-t-elle dit. À ce jour, on n’a vu que 80 logements sortir de terre. Ça fait cher la porte. » (La Presse, 27 mars 2021)

    Qui dit vrai ?

  • Raynald Rouette - Abonné 27 avril 2021 09 h 11

    Pourquoi la demande de logement abordable est-elle plus forte que l’offre?


    En plus des besoins locaux, il a été mentionné récemment que Montréal reçoit depuis de nombreuses années plus de 35000 nouveaux arrivants de tous genres et de toutes provenances. N'y a-t-il pas là une partie de manquante l'équation. Ou alors, ne serions-nous pas devant un autre sujet tabou...

    • Raynald Rouette - Abonné 27 avril 2021 10 h 42


      Lire: Montréal reçoit par année 35000... N'y a-t-il pas là une partie manquante de l'équation?

    • Serge Pelletier - Abonné 27 avril 2021 16 h 55

      Effectivement les "environ" 35,000 personnes de plus (provenance extérieure du Québec) semblent influer sur le nombre de logements disponibles à MTL, mais cela doit être amoidrit par le nombre des habitants de MTL qui quittent pour la banlieu, et ceux de la banlieu qui quittent pour plus loin.

  • Bernard Terreault - Abonné 27 avril 2021 09 h 30

    Le problème c'est la pauvreté

    Tout le monde trouverait un logement s'il n'y avait pas de pauvres. Donc, salaire minimum plus élevé pour les gens capables de travailler, formation gratuite pour les moins instruits, et aide gouvernementale pour les personnes malades ou handicapées.

    • Serge Pelletier - Abonné 27 avril 2021 17 h 14

      Et le personnes âgées, M. Terreault, vous les oubliez. Quand à la sacro-sainte formation qui est un discours à la mode ces temps-ci... Il est d'une fausseté abolue que cela permet une quelconque amélioration des condituions de vie pour tous. Le Québec a beaoucoup plus besoin de main-d'oeuvre "manuelle" que d'ingénieurs, de travailleurs sociaux, etc. Or, les grandes annonces des GV-Q successifs sont toujours les subventions à coups de centaines de milions pour les "supposées nouvelles entreprises technologiques"... Legault aimant bien le crier "je veux des jobs payantes". L'exemple de la super subvention à une entreprise de St-Jérôme en est marquante: cela va faire 200 gros salaires dont la majorité seront de ingénieurs.
      En fait, l' obsession du GV-Q de bien paraitre dans les statistiques en regard du niveau de vie, du niveau de scolaritité, du niveau d'environ tout ne fait qu'empirer la situation - inlation des diplômes en tous genres et déflations des conditions de vie. En fait, la situation devient intolérable comme cela c'est produit dans la majeure partie des pays qui ont pris cette voie: France, Égypte, etc.

  • François Beaulé - Inscrit 27 avril 2021 10 h 59

    « La CMM recommande le renversement du fardeau de la preuve [...] et la création d’un registre des loyers »

    Avec raison, puisque la motivation des rénovictions est une augmentation excessive des loyers. La demande de la CMM est la meilleure manière de mettre fin à cette pratique malhonnête.

    Brian Myles s'y oppose prétextant que les augmentations permises par le TAL relativement à des rénovations sont insuffisantes. Si celles-ci sont insuffisantes, il faut permettre de les rehausser et non pas s'opposer aux propositions sensées de la CMM. L'éditorialiste manque de jugement sur ce point important.