Budget fédéral: étourdissant!

Personne ne pourra dire que le premier budget déposé par la ministre fédérale des Finances, Mme Chrystia Freeland, est insignifiant. Pandémie aidant, voilà probablement le budget fédéral le plus touffu et le plus coûteux des dernières décennies.

Avec des dizaines de mesures et de milliards, le budget 2021-2022 du gouvernement libéral tire dans toutes les directions : des poupons aux aînés en passant par les Autochtones, les PME, les entreprises vertes et les chômeurs, les minorités raciales et de genre, il y en a pour tous les goûts. Certains apprécieront, d’autres moins, comme les fumeurs qui devront payer plus cher pour leur vice et les riches qui seront taxés un peu plus pour se procurer une voiture ou une embarcation de luxe, mais bon.

Lors de la mise au point de novembre, Mme Freeland avait annoncé qu’Ottawa investirait entre 70 et 100 milliards de plus sur trois ans pour relancer l’économie. Alors que plusieurs s’attendaient à des investissements en infrastructures en construction, on a plutôt profité de l’occasion pour budgétiser plusieurs dépenses de nature sociale, dont plusieurs sont récurrentes.

On pense évidemment au nouveau programme de garderies auquel Ottawa consacrera autant que 30 milliards de dollars d’ici cinq ans et 8,3 milliards annuellement par la suite. On pense aussi à la prolongation des améliorations en vigueur depuis peu à l’assurance-emploi et à l’ajout de semaines de prestations pour maladie. Puis, il y a la bonification de l’Allocation canadienne pour les travailleurs au coût de 1,7 milliard de dollars par année et la bonification de 10 % de la prestation de Sécurité de la vieillesse à partir de l’an prochain en remplacement du chèque de 500 $ que les plus de 75 ans auront encaissé en août prochain, soit quelques semaines avant les élections.

En effet, si ce budget n’hésite pas à prolonger les mesures d’aide temporaires pour soutenir les individus et les entreprises à un coût de 26 milliards supplémentaires, et même s’il n’est nulle part question d’élections dans ce document budgétaire, la présence du prochain rendez-vous démocratique transpire de ses 840 pages.

On nous avait promis un plan de relance vert et il en est aussi question puisque Ottawa annonce qu’il fait passer de 30 % à 36 % la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Pour y parvenir, le gouvernement Trudeau consacrera 17,6 milliards de dollars à divers programmes, mais on l’aura compris, cela ne constitue qu’une fraction des dépenses envisagées d’ici trois ans. Quant au transfert en santé pour les provinces, il faudra attendre.

Pour financer tout cela, on a bien introduit cette nouvelle taxe sur les biens de luxe, mais elle ne rapportera que 140 millions par année, ou cette autre taxe sur les propriétés non habitées appartenant à des non-résidents canadiens (170 millions). Par contre, le resserrement des règles de déduction des intérêts par les multinationales qui empruntent de leur propre filiale semble plus prometteur puisqu’on prévoit en tirer 5 milliards de dollars d’ici cinq ans. Une très bonne chose, mais bien insuffisante pour financer autant de dépenses.

Le résultat global est ce déficit de 354 milliards au 31 mars dernier qui sera encore de 155 milliards cette année. Et la dette fédérale qui passera de 31 % du PIB l’an dernier à 51 % cette année. Heureusement que les taux d’intérêt sont encore très bas, mais cela n’augure rien de bon pour le jour où l’économie se rapprochera de sa pleine capacité productive.

Soyons francs : jamais en temps normal un gouvernement fédéral n’aurait osé présenter autant de mesures nécessitant autant d’argent, et ce, même en période électorale. C’est la pandémie qui sert aujourd’hui de véhicule, pour ne pas dire de prétexte à un tel exercice. Jamais élections et crise n’auront fait aussi bon ménage.

À voir en vidéo