La mémoire de Laurin

Le refus de la Ville de Montréal de nommer une rue piétonnière en l’honneur de Camille Laurin, à Outremont, provoque un vigoureux débat sur le devoir de mémoire qui fait bien mal paraître l’administration de Valérie Plante, au point de s’attirer de vives critiques du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

Le Journal de Montréal rapportait vendredi qu’un projet piloté par l’arrondissement d’Outremont et la Société d’histoire d’Outremont s’est heurté à une fin de non-recevoir. Ceux-ci voulaient nommer un passage piétonnier du nouveau campus des sciences de l’Université de Montréal du nom de Camille Laurin. Le père de la Charte de la langue française a résidé à Outremont, en plus d’avoir dirigé le département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est défendue de reléguer Laurin au rayon des souvenirs poussiéreux. Elle dit ne pas avoir été impliquée dans la décision prise par la Commission de toponymie. Selon les comptes rendus publiés dans plusieurs médias, la proposition aurait été refusée au bureau de la mairesse parce qu’elle ne permettait pas d’intégrer des femmes et des représentants des minorités dans la toponymie montréalaise.

En outre, un segment de rue porte déjà le nom du Dr Laurin dans l’arrondissement de Pointe-aux-Trembles–Rivière-des-Prairies. Il s’agit d’un ridicule bout de rue sans issue dans un quartier résidentiel qui a poussé près du Club de golf de l’île de Montréal.

Camille Laurin est l’une des figures les plus marquantes dans la longue marche vers l’émancipation de la nation québécoise. Sa loi 101 a permis aux Québécois de s’affranchir de leur sentiment d’infériorisation et de faire du français la langue officielle du Québec. C’est déjà profondément choquant de constater que nous n’avons rien trouvé de mieux qu’un bout d’asphalte perdu dans l’Est pour lui rendre hommage. Alors que le français recule, en particulier à Montréal, et que le gouvernement Legault s’apprête à moderniser la loi 101, le moment est pourtant bien choisi pour que les hommages à Laurin soient à la hauteur de son importance.

La mairesse Plante dit n’y être pour rien dans la décision, et elle réitère son ouverture à étudier des propositions visant à mettre en valeur l’héritage de Camille Laurin. Son bilan en matière de défense du français est peu reluisant. Son enthousiasme manque de conviction.

L’argument selon lequel il manque de femmes et de représentants des minorités dans la toponymie est spécieux. Pourquoi faudrait-il enlever à l’un pour commémorer l’autre ? Il y a de l’espace pour honorer les bâtisseurs du Québec moderne tout en essayant d’accroître la diversité de la toponymie. C’est une question de vision et de volonté politique. À la mairesse Plante de prendre les devants au lieu de se poser en spectatrice d’un devoir de mémoire.

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