L’air fou

Au début de la pandémie, il y a de cela 13 longs mois, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, répétait que le port du masque était non seulement peu utile, mais qu’il pourrait se révéler néfaste en raison des manipulations auxquelles il pourrait être soumis et de la contagion dont il pouvait être le vecteur. Il faut dire qu’au début de la pandémie, on ne savait pas que le coronavirus se transmettait par aérosols, par voie aérienne.

Au printemps dernier, on notait que dans plusieurs pays asiatiques où le port du masque était généralisé, l’épidémie était mieux contrôlée. Le principe de précaution aurait voulu qu’on suggère aux Québécois de porter des masques chirurgicaux.

Mais il y avait une pénurie de masques au Québec, à commencer par le fameux N95, que le personnel soignant s’arrachait dans les hôpitaux, tellement qu’on mettait les masques sous clé.

Il était donc difficile de dire si la consigne, adressée à la population, de ne pas porter de masque était véritablement une mesure de santé publique ou si c’était parce qu’ils étaient une denrée rare et qu’il fallait les réserver aux professionnels de la santé.

Nous sommes un peu dans la même situation quand il s’agit de la ventilation dans les écoles. Est-ce parce qu’il n’existait pas de solution à ce problème de circulation d’air, hormis d’ouvrir les bonnes vieilles fenêtres ou de pousser à fond la ventilation mécanique, lorsque présente, que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a surtout voulu gagner du temps, tout en se montrant rassurant ? On n’installe pas des systèmes d’aération dans des écoles qui en sont dépourvues en criant ciseau.

Le ministre s’est fait prendre en flagrant délit d’avoir induit la population en erreur — certains diront d’avoir menti, à moins que le principal intéressé préfère qu’on dise qu’il a pris des libertés avec la vérité. En janvier dernier, Jean-François Roberge a rendu public un bilan des tests réalisés dans 330 classes d’écoles primaires et secondaires pour mesurer le taux de gaz carbonique. À plusieurs reprises, il a affirmé que la méthodologie de ces tests avait été « validée » par la Direction générale de la santé publique. Or, jamais celle-ci n’a donné son aval à cette méthodologie, selon des documents obtenus par Radio-Canada. Les protocoles pour ces tests n’ont pas été établis conjointement avec la Santé publique, comme le déclarait le ministre. En fait, la méthodologie était douteuse, jugeait-on.

Jeudi, Jean-François Roberge nous apprenait que l’an prochain, les tests seraient « améliorés ». C’est déjà une admission : comme leur méthodologie est bancale, elle sera revue. Mais c’est reconnaître qu’on ne peut pas vraiment se fier aux données qui ont été colligées à ce jour. La science, à cet égard, est muette.

Sur son site, l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) se prononce sur le rôle de la ventilation dans la transmission du virus et sur les mesures pour éviter sa propagation. Dans les écoles dont les systèmes de chauffage et de ventilation sont « désuets », le moyen de se protéger n’a rien d’original : c’est d’« assurer la protection individuelle et la limitation des contacts », avance platement l’INSPQ. Et de croiser les doigts, pourrait-on ajouter.

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