Déshabiller la police

Les uns réclament le définancement de police, les autres demandent son désarmement. Ces groupes et militants de la gauche, bien imbriqués dans les débats internes au sein de Projet Montréal, devraient fusionner leurs luttes autour d’un terme unificateur : déshabiller la police. Le programme aurait le mérite d’être clair.

Lors de son congrès la semaine dernière, Projet Montréal a adopté une motion sur le désarmement de la police, selon la formule d’un projet pilote, au terme d’un débat à huis clos. La mairesse de Montréal et cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, voit l’idée d’un bon œil. Même si elle n’appuie pas le définancement de la police, les membres de son parti ont convenu de revoir le financement du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) afin de miser sur « des services de proximité adaptés aux besoins des citoyens et aux réalités communautaires ».

On peut se réjouir d’une participation accrue des représentants de la société civile aux débats sur la nécessaire réforme de l’organisation policière. Celle-ci envisage trop souvent son action en vase clos et se montre peu réceptive à la critique et à la surveillance des pouvoirs civils. Et oui, il y a tout lieu de revoir l’allocation des dépenses en fonction des réelles priorités d’enquête pour les citoyens. La violence conjugale, par exemple, ne reçoit pas sa juste part d’attention alors que c’est pourtant une forme de criminalité importante.

Le principal problème de la police de Montréal, ce n’est pas qu’elle soit armée ou trop financée. C’est qu’elle est incapable d’éradiquer le cancer du profilage racial en son sein. Les revendications pour définancer ou désarmer la police sont l’expression d’un ras-le-bol devant des décennies d’incurie et des réformes avortées, en même temps qu’elles sont des rejetons du mouvement de justice sociale américain. Il y a des problèmes de profilage et de discrimination dans la police, mais Montréal n’est pas Minneapolis. Les policiers québécois sont mieux formés, mieux outillés et beaucoup moins meurtriers que leurs homologues aux États-Unis. L’impunité et le déficit de formation qui caractérise l’organisation policière aux États-Unis sont sans commune mesure avec la réalité québécoise.

Cela ne revient pas à banaliser la situation ou à se vautrer dans l’inaction. La police de Montréal a fait des morts dans l’impunité, elle aussi, parmi les membres des minorités. Mais ce n’est pas au terme d’un débat antidémocratique à huis clos qu’un enjeu aussi important que le désarmement de la police doit être envisagé. Alors que la ministre de la Sécurité publique planche sur un projet de réforme de la police, à l’issue duquel il y aura certainement une mise en commun de l’expertise et des services administratifs entre les différents corps policiers, cette conversation doit être faite à l’échelle nationale, à partir de la réalité du Québec.

Déshabiller la police est l’équivalent d’un succédané à une réforme en profondeur. Nous n’avons pas besoin d’une police financée à 50 % de ses budgets actuels, au nom d’un marxisme primaire qui tient la police responsable de protéger la suprématie des Blancs et du capitalisme. Nous avons besoin d’une police qui se concentre sur les problèmes de criminalité contemporains, à commencer par la violence conjugale, les crimes contre la personne, la cyberfraude et l’exploitation sexuelle.

Nous avons besoin d’une police qui cessera de criminaliser la pauvreté, la dépendance, la marginalité et la maladie mentale. Certes, les policiers devraient être mieux outillés en intervention sociale, mais il est nettement préférable de recourir aux travailleurs sociaux et autres spécialistes de l’intervention clinique, dont il faut accroître la présence sur le terrain. Ce réinvestissement massif dans les services sociaux peut se faire en parallèle à un recentrage de la mission policière. Déshabiller la police ? C’est un raccourci qui ne réglera rien à ces enjeux sociaux de la première importance.

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