Santé Canada inféodé à l’industrie

Santé Canada a récemment fait volte-face en autorisant l’usage de deux pesticides néonicotinoïdes qu’il avait pourtant interdits en 2018. S’il fallait une autre preuve que le système d’homologation des pesticides au Canada est à la botte des fabricants, cette dernière décision de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), qui relève de Santé Canada, est particulièrement éloquente.

Appelés tueurs d’abeilles, les néonicotinoïdes s’attaquent au système nerveux de tous les insectes pollinisateurs. Ce sont des insecticides systémiques, c’est-à-dire qu’ils s’insinuent dans l’ensemble des tissus de la plante à partir de la graine qui en est enrobée. Comme ils persistent longtemps dans l’environnement, ils peuvent s’accumuler dans les sols et les cours d’eau. Leurs effets sont également délétères sur les insectes aquatiques et les larves qui se transforment en insectes volants, autant de sources de nourriture pour les oiseaux et les batraciens.

Il y a deux ans, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a publié un rapport sur la présence de pesticides dans quatre rivières situées dans des zones de cultures de maïs et de soya. Pour ce qui est des néonicotinoïdes, on a relevé, dans 79 % à 100 % des échantillons, des dépassements du critère de toxicité chronique, c’est-à-dire un état de nocivité permanent imputable à une pollution répétée sur une longue période.

Après avoir reçu 47 000 commentaires, l’ARLA, au terme d’un processus opaque, a jugé « acceptable » l’usage à grande échelle des deux molécules toxiques, le thiaméthoxame et la clothianidine, tout en restreignant leur utilisation pour certaines cultures. L’ARLA base ses évaluations de la toxicité des pesticides sur des études émanant de l’industrie. Les évaluations ne tiennent compte que de la molécule active. Elles occultent les effets de l’ensemble des composants du produit — les adjuvants ou l’arsenic qu’on peut y ajouter, par exemple. Les risques cumulatifs ou les effets combinés avec les autres pesticides ne sont pas sérieusement analysés.

L’Union européenne a banni les néonicotinoïdes en 2018. Surtout, elle interdit toutes les substances apparentées dont le mode d’action est similaire, ce qui n’est pas le cas ici. Le système d’homologation au Canada, qui favorise « l’innovation » toxique des fabricants, est à revoir de fond en comble.