L’accélération

On peut certes se scandaliser de l’inconséquence de ces 5000 zigotos qui, le week-end de Pâques, ne se sont tout simplement pas pointés à leur rendez-vous pour recevoir le vaccin contre la COVID-19. Ou encore du nombrilisme de ces individus qui ont pris plusieurs rendez-vous pour d’obscures raisons, occupant des plages dont d’autres citoyens auraient pu profiter.

En conférence de presse, mercredi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, s’est voulu rassurant, précisant que toutes les doses ont été redistribuées et qu’aucune n’a été perdue. Il s’agit de moins de 2 % des doses qui ont été administrées la semaine dernière, a-t-il souligné. Quant à ceux qui multiplient la prise de rendez-vous, il est certainement assez simple de mettre un terme à cette pratique puisque toutes les inscriptions doivent être accompagnées d’un numéro de carte d’assurance maladie. Comme dirait l’autre, le gouvernement doit aussi gérer la bêtise.

Somme toute, le ministre, qui était accompagné du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, et du directeur de la campagne de vaccination, Daniel Paré, avait de bonnes nouvelles à livrer. La semaine prochaine, l’opération entame une autre étape avec la réception de 700 000 doses de vaccins, soit plus du double de la quantité de la semaine en cours. Avec un système de prise de rendez-vous, on en administre quotidiennement entre 30 000, les mauvais jours, et 50 000, quand tout baigne, pour une moyenne hebdomadaire d’environ 300 000.

Jeudi commence l’administration sans rendez-vous aux personnes de 55 à 79 ans du vaccin mal-aimé d’AstraZeneca. Tout compte fait, les risques qu’il présente sont minimes, sinon pratiquement inexistants, pour cette tranche d’âge. Comme le vaccin ne se conserve pas longtemps, il faut espérer qu’il trouve preneur rapidement. C’est quelque 300 000 personnes de plus qui pourront être protégées à court terme par une première dose, ce qui n’est pas négligeable.

La cadence devra s’accélérer. En mai, le gouvernement fédéral devrait acheminer au Québec 1,6 million de doses, ce qui représente une moyenne quotidienne de 52 000 doses. En juin, c’est 4 millions de doses qui doivent nous parvenir, ce qui portera le nombre de doses administrées à plus de 130 000 par jour en moyenne. Christian Dubé a donné l’assurance que son équipe sera à la hauteur de la tâche et que tous les Québécois qui le souhaitent auront reçu leur première dose pour la Fête nationale, la promesse solennelle de François Legault.

À Montréal, la campagne de vaccination s’étend la semaine prochaine aux personnes souffrant de maladies graves, notamment celles qui sont traitées pour le cancer. Un pas majeur sera franchi pour contrer la propagation communautaire : le personnel des écoles, des services de garde, les pompiers et policiers, les travailleurs dans les abattoirs — un milieu de travail particulièrement à risque — ainsi que les travailleurs agricoles étrangers pourront se faire vacciner. Dans les autres régions du Québec, cette opération débutera dès que les 60-64 ans auront reçu leur dose.

Même si la campagne de vaccination a connu quelques ratés — surtout au début — et que son rythme a dépendu d’arrivages limités et fluctuants, les stratégies choisies ont été les bonnes. Il fut judicieux de commencer par les personnes âgées les plus vulnérables dans les CHSLD, puis dans les résidences privées pour personnes âgées (RPA), et par le personnel soignant exposé au virus. La décision de la Santé publique d’administrer une seule dose dans un premier temps a permis de protéger beaucoup plus de personnes, une stratégie qui fut imitée par les autres provinces.

Certaines études mettent toutefois en lumière le fait que les personnes les plus âgées et les plus vulnérables, dont le système immunitaire est faible, ne peuvent attendre trop longtemps avant de recevoir leur deuxième dose. C’est un aspect sur lequel la Santé publique devra se pencher.

Parmi les provinces canadiennes, c’est le Québec qui affiche le pourcentage de personnes vaccinées le plus élevé. Mais à près de 15 % — et moins de 12 % en Ontario —, c’est encore bien peu.

D’ici quelques semaines, la vaccination pourra s’étendre sur l’île de Montréal aux gens de 60 ans et moins. Ce sera pour plus tard dans le reste du Québec. Ensuite, une opération de vaccination générale, avec et sans rendez-vous, pourra se déployer, et le rythme, s’accélérer. Mais un grand suspense subsiste. La troisième vague, propulsée par les variants, nous submergera-t-elle avant que la vaccination ne nous en protège ? À cette question, le gouvernement Legault n’a pas de réponse. C’est que la réponse revient aux citoyens eux-mêmes qui devront continuer à respecter les consignes et se faire vacciner dès que leur tour viendra.

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