L’école est l’affaire de tous

Il est de notoriété publique que le monde de l’éducation est un univers foisonnant — hors pandémie — de colloques, de conférences, d’allocutions, de documents à déchiffrer, de concepts à définir et de propositions à débattre. Les acteurs de l’éducation sont souvent, par définition, des abonnés à ces événements que l’on nomme forums, sommets, états généraux ou autres rencontres d’initiés réunis autour d’une même passion pour l’éducation déclinée sous des enjeux distincts. Pour titiller l’appétit des affamés de l’éducation, il n’y avait donc rien de mieux que cette invitation du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à participer au « Rendez-vous pour la réussite éducation : l’éducation au-delà de la pandémie ».

L’objectif de cette rencontre de deux jours est plus que louable : dresser les grands constats qui affligent un réseau de l’éducation que la pandémie a littéralement balafré en l’espace d’un an et surtout, surtout, réfléchir à l’après : comment reprendre le cours des apprentissages perdus, des motivations écorchées, des élèves tourmentés ? Cette normalité à laquelle tout le monde aspire, on peut la souhaiter d’abord aux élèves et aux étudiants, entre autres groupes prioritaires, ne serait-ce qu’en raison de leur bien-être et d’une santé mentale qu’on dit chancelante dans bien trop de cas. La dernière année, faite d’interruptions de service, d’enseignement hybride, de contacts restreints, a éprouvé la résilience des petits et des grands. Et ce n’est pas fini : dans trois grandes villes du Québec, comme le premier ministre l’a annoncé mercredi, les écoles subissent une autre fermeture dans l’espoir de stopper l’élan des variants.

Le « Rendez-vous » de M. Roberge gagne donc plusieurs points dans l’échelle de la pertinence, ainsi qu’on vient d’en juger. La déception est donc d’autant plus vive de constater que ces grandes réflexions au sommet, qui concernent la réussite de tous et pour tous, ont lieu en circuit fermé. Le huis clos aurait été décrété pour préserver les âmes de certains partenaires sensibles peu habitués au débat public. Le trio infernal de l’opposition — Christine Labrie (QS), Marwah Rizqy (PLQ) et Véronique Hivon (PQ) — s’indigne avec raison de la tenue de ce huis clos pour une discussion qui aurait pu être « nationale » tant l’enjeu est d’importance. Cette fermeture détonne, on doit le dire, avec la grande tradition des débats collectifs de l’éducation. Après une année comme celle qu’on vient de traverser, il eût été plus que souhaitable que la transparence côtoie la pertinence.

En mêlée de presse préalable au Rendez-vous pour la réussite, M. Roberge a annoncé mercredi matin que son gouvernement doublerait la mise pour soutenir les efforts de tutorat (11 millions deviennent 22), une des mesures qui ont été mises en place pour aider les élèves éprouvant des difficultés scolaires. Toute aide est la bienvenue, mais il nous tarde de savoir exactement de quels retards on parle ; dans le document soumis par Québec pour lancer la discussion, le ministère évoque encore le fait que la réussite éducative « ne serait pas, dans l’ensemble, trop compromise par la crise ».

Ce n’est pas militer pour le pire que d’avancer qu’un tel constat est pratiquement impossible, compte tenu du poids des écueils de la dernière année. Espérons donc que cette rencontre, dont on saura ce qu’on voudra bien nous divulguer, aura eu en circuit fermé le courage des véritables constats et des données probantes. Sans cela, les solutions mises en marche risquent de ne pas être à la hauteur des besoins.

12 commentaires
  • Jean-François Laferté - Abonné 1 avril 2021 06 h 37

    « L'éducation, c'est la famille qui la donne ; l'instruction, c'est l'Etat qui la doit. » Victor Hugo

    Bonjour,

    Retarité de l'éducation depuis 5 ans déjà, les débats entourant l'école me passionnent toujours. Le constat est pitoyable et n'a pas changé.. L'éducation n'a été, n'est et ne sera jamais la priorité de ce gouvernement ou n'a été des gouvernements passés. Les élèves demeurent des cobayes de programmes élaborés par des fonctionnaires n'ayant jamais mis les pieds dans une classe, la supervision pédagogique des profs par les directions est laissée de côté car celles-ci croulent sous la paperasse, les profs sont laissés à eux-mêmes faute de support professionnel, les parents (certains) sont peu collaborants mais plutôt critiques et la population est mi-figue mi-raisin face tout cela. On s'occupe peu ou pas du sort des garçons face à la réussite et on s'étonne du départ du public vers le privé: avouez que c'est désolant... Les quelques initiatives portées à bout de bras par des profs engagés sont peu publicisés parce qu'elles n'ont pas eu l'aval du ministère qui n'a pas eu l'audace de les appuyer. On fait quoi? On fait rien.. La santé se "vend" mieux aux yeux du public et ce n'est pas deux jours qui changeront tout: pauvres enfants..

    Jean-François Laferté
    Terrebonne

    • Jean-François Laferté - Abonné 1 avril 2021 09 h 25

      Oups coquille:retraité..

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 avril 2021 10 h 24

      Suis retraité de l'Éducation au niveau secondaire depuis plusieurs années.

      Je déplore la disparition des commissaires d'écoles ÉLUS démocratiquement qui étaient les *pendants* des conseillers municipaus de quartiers ÉLUS démocratiquement. Comme je déplore la disparition du président de commission scolaire ÉLU démocratiquement...comme mon maire.

      On a remis la gestion de nos écoles entre les mains des fonctionnaires; comme en sanét avec les CISSS et les CIUSSS.

      Vous connaissez les membres du Centre de services scolaire ayant remplacé la Commission scolaire? Les gens se nomment entre eux et tout se passe en vase clos!

    • Christian Roy - Abonné 1 avril 2021 14 h 06

      @ M. Laferté,

      Et pourtant, l'éditorialiste écrit: "Cette fermeture détonne, on doit le dire, avec la grande tradition des débats collectifs de l’éducation."

      Où ont donc mené. tous ces "débats collectifs" ?

      À plus de privé ?!!!

  • Pierre Grandchamp - Abonné 1 avril 2021 07 h 51

    Le ministre est logique avec lui-même: il n'aime pas être dérangé!

    Le ministre est logique avec lui-même. Il applique en éducation le même mode de gestion que les CISSS et les CIUSSS en santé. Il n’aime pas être dérangé.

    Ci-dessous extrait d’une lettre ouverte récente signée, notamment, par un ex président du Conseil supérieur de l’Éducation.

    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/594722/libre-opinion-un-an-apres-la-fin-des-commissions-scolaires-des-constats-s-imposent
    "La place d’un discours indépendant dans l’espace public n’existe plus.

    L’organisation citoyenne devenue silencieuse peut aussi s’expliquer par le vacuum des responsabilités des conseils d’administration. Des délégations de pouvoirs revues à la faveur des directions générales, souvent avant la mise en place des conseils d’administration (conséquence inévitable et prévisible du projet de loi 40), la disparition des comités exécutifs, la forte réduction du nombre de réunions des C.A. auront vite réduit au rang de murmure l’influence des conseils d’administration sur la réussite des élèves. Et pourtant, l’école publique, c’est 11 milliards de dollars, provenant des impôts et de la « taxe sans droit de vote scolaire » des contribuables. C’est une chose d’abolir les élections scolaires telles qu’on les a connues pendant plus d’un siècle et demi, c’en est une autre de créer des CA muets et sans pouvoir."

    • Pierre Cardinal - Abonné 1 avril 2021 08 h 50

      Et pourtant la santé passe avant tout par l'éducation.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 avril 2021 09 h 40

      En faisant disparaître les commissaires d'écoles, élus démocratiquement, la CAQ remet tout entre les mains des fonctionnaires et du ministre; comme en santé!

      Maintenant la seule personne autorisée à aller sur la place publique: la personne occupant le poste à la Direction générale, soit un(e) employé(e). Comment cette personne peur aller sur la place publique à l'encontre de son ministre?

      Maintenant on ne sait plus ce qui se passe au scolaire chez les francophones. Les anglophones, eux, ont gardé le contrôle de leurs écoles et de leurs commissions scolaires.

      Je me désole d'avoir perdu mon commissaire d'écoles de *quartier* et mon président de la commission scolaire ÉLU démocratiquement.

    • Christian Roy - Abonné 1 avril 2021 14 h 18

      @ M. Grandchamp,

      Vous écrivez: "Le ministre est logique avec lui-même: il n'aime pas être dérangé!"

      Voyons voir comment "L'Élu" s'en sortira avec cette histoire de ce matin au sujet de la qualité de l'air dans les classes. Une autre tuile qui lui tombe sur la tête suite à ses propres déclarations, En éliminant des commissaires, il devient Celui qui prend toute la chaleur. Avait-il prévu un tel niveau de dérangement ? Au moins, il ne peut plus envoyer la patate chaude à quelqu'un d'autre. C'est quand même ça de bon.

  • Emmanuel LYNG-SABATIER - Abonné 1 avril 2021 09 h 39

    Le solution de l'école pour la réussite des garçons serait d'en finir avec la mixité.

    Revenons avec l'école des garçons avec 4-6 heures de sports hebdomadaire.
    L'apprentissage des arts martiaux dès la primaire serait très bénéfique pour l'apprentissage de la discipline, de la persévérance,du respect et de la confiance en soi. La danse est aussi très bénéfique avec un aspect ludique et un développement de l'oreille musicale, du respect de l''espace vital de l'autre.

    Les garçons ont besoin d'être cadré avec un routine claire, ils doivent travailler plus régulièrement que les filles car ils ont moins de facilité.
    Le développement de l'autonomie très tôt est une nécessité..

    Est-il normale que de nombreux québécois ne sachent pas aller tout seul à l'école à 11 ans, ni faire ses lacets, ni aller à l'épicerie ou à la boulangerie tout seul?

    Ce n'est pas à 16 ans qu'ils seront autonomes, à partir de 3 ans il faut commencer graduellement l'autonomie, plus les enfants grandissement plus ils demanderont de l'autonomie.

    Autant les parents que l'école sont fautifs, tous gouvernés par la peur.
    Ce n'est pas en ayant peur que nous protégeront les enfants contre les pédophiles ou les autres dangers de la vie.

    • Sylvie Demers - Abonnée 1 avril 2021 18 h 29

      Tout à fait d'accord avec votre commentaire: la mixité dans les classes n'a pas servi les garçons...bien au contraire...et personne n'a eu le courage,l'audace ou simplement le désir d'en parler sur la place publique afin de corriger le tir...! Qui osera faire face à ce désastre qui dure depuis trop longtemps déjà?!? Qui osera "sauver" les garçons,leur redonner confiance en eux et...sans faire d'amalgame...si une des sources des féminicides commençait ici....???

      S.Demers
      Orthopédagogue retraitée

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 1 avril 2021 15 h 02

    « Revenons avec l'école des garçons […] L'apprentissage des arts martiaux dès la primaire serait très bénéfique» (Emmanuel LYNG-SABATIER)


    Parce que la dialectique ne peut casser des briques?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 1 avril 2021 17 h 57

    Faut-il quelqu'un qui vient de l'Éducation pour porter le chapeau de ministre?

    En santé, il y a eu 4 personnes venant du réseau : les médecins Bolduc,Couillard et Barrette et Mme McCann qui était gestionnaire dans le milieu.Cela nous a donné le manque de préposés dans les CHSLD.

    En éducation, le ministre Roberge vient du milieu.On voit ce que ça donne.

    M. Paul Gérin Lajoie, en éducation, était un petit avocat. M. Claude Castonguay, le père de l’assurance maladie était un actuaire.
    Faut-il être agriculteur pour porter le chapeau de ministre?Non, peu importe le ministère, il faut un gestionnaire mais entourés de gens du milieu pour le conseiller.

    On le voit avec le ministre Dubé en santé: un comptable.