Le racisme à l’envers

Les débats entourant les propos incendiaires du professeur de l’Université d’Ottawa Amir Attaran démontrent encore une fois la logique du « deux poids, deux mesures » qui s’applique au Canada anglais lorsqu’il est question du Québec francophone. Nos voisins ont l’indignation facile lorsque des manifestations de racisme émergent de la nation québécoise. Ils se réfugient dans une docile complaisance lorsque cette même nation est la cible du racisme des autres. Le « Québec bashing » se porte plutôt bien dans la Confédération.

Le professeur Attaran ne sera pas sanctionné par l’Université d’Ottawa pour ses propos débiles sur le Québec. Celui-ci a qualifié le gouvernement Legault de « suprémaciste blanc » parce qu’il refuse de reconnaître le racisme systémique. Le Québec est aussi l’équivalent d’un « Alabama du Nord » pour le « lynchage médical » des Autochtones morts dans les hôpitaux. Et la fondation du Parti québécois par René Lévesque est une autre manifestation de la « suprématie blanche des pure laine ». Qu’un soi-disant intellectuel se vautre dans les grossièretés, les amalgames et les jugements à l’emporte-pièce est un spectacle désolant. La « pensée » d’Attaran ne vaut pas plus que celle d’un militant de La Meute. C’est bien de racisme à l’envers qu’il a fait preuve.

Encore une fois, le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, s’est montré à la hauteur de son incurie. Si prompt à larguer la professeure Verushka Lieutenant-Duval pour avoir utilisé le mot en n dans son cours, il se montre plus réservé à l’égard d’Attaran. Tout en condamnant ses propos, il juge qu’il a droit à sa liberté d’expression. En réalité, ni Lieutenant-Duval ni Attaran ne méritent de sanctions si la liberté d’enseignement et la liberté d’expression veulent encore dire quelque chose. Sauf que le recteur aurait pu soutenir la première avec plus de conviction, et condamner le second avec moins de pudeur. Son indignation à géométrie variable indispose.

Ramenons Attaran à ce qu’il est : un trublion en mal d’attention qui en a obtenu beaucoup. Le plus intéressant dans la controverse, c’est ce qu’elle révèle sur nos leaders politiques. Plus le temps passe, plus le chef du NPD, Jagmeet Singh, fait la démonstration qu’il ne comprend rien au Québec. Ainsi, le chef Singh a refusé de rabrouer un de ses députés, Matthew Green, qui a appuyé le professeur Attaran. Puisque le député « racisé » a vécu des situations de racisme, Singh a jugé important qu’il puisse s’exprimer librement. Faut-il en conclure qu’il existe une hiérarchie parmi les citoyens qui ont le droit de salir ? Jagmeet Singh reconnaît-il aux minorités racisées le privilège de calomnier le Québec francophone sans le moindre discernement ?

Le Québec et ses institutions ne sont pas à l’abri des critiques. Le refus du gouvernement Legault de reconnaître l’existence du racisme systémique amenuise sa crédibilité auprès des groupes minoritaires et il contribue au délitement du lien de confiance avec eux. Ils ont parfaitement le droit de crier haut et fort leur indignation. Ce débat nécessaire serait moins stérile s’il n’était pas mené à l’enseigne du « Québec bashing » par les Attaran de ce monde.

Les propos d’Attaran et la réaction timorée de l’Université d’Ottawa ont incité l’Assemblée nationale à adopter une motion unanime condamnant « les fréquentes attaques haineuses, discriminatoires et francophobes dont fait l’objet la nation québécoise au sein du Canada ». Cette motion revêt une valeur symbolique tout en posant un dilemme aux élus.

À la suite de la multiplication des incidents portant atteinte à la liberté d’enseignement et à la liberté d’expression dans les campus québécois, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer les appels à la censure de cette nouvelle gauche militante. Le gouvernement Legault vient de confier à un comité indépendant, piloté par l’ex-député péquiste Alexandre Cloutier, le mandat de produire un état des lieux sur le phénomène. Il ne faudrait pas que les travaux mènent à une intervention accrue de l’État pour encadrer la liberté universitaire, sans quoi, elle ne voudra plus rien dire.

Cette affaire nous rappelle que la liberté d’expression est un droit mal aimé et mal compris. La liberté d’expression englobe les propos choquants ou dérangeants. Elle protège la pensée dissidente. Elle s’arrête où commencent la diffamation ou les incitations à la haine. À ce chapitre, les élus québécois auraient intérêt à se replonger dans la jurisprudence s’ils veulent faire œuvre utile. Le recours en diffamation s’exerce pour une personne, et non pour un groupe. Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, peut bien dénoncer le caractère diffamatoire des propos d’Attaran envers le Québec et les Québécois à des fins politiques. Mais en droit, une telle chose qu’une poursuite en diffamation au nom d’un peuple en entier n’existe tout simplement pas.

Les propos dégradants d’Amir Attaran ont visé nommément le premier ministre Legault. Celui-ci pourrait faire œuvre utile en poursuivant le professeur, mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

40 commentaires
  • Loraine King - Abonnée 27 mars 2021 08 h 17

    A sujet de Jagmeet Singh

    Vous n'êtes pas seul à trouver que Jagmeet Singh fait la démonstration qu'il ne connaît rien du Québec. Ici en Ontario, il fait la démonstration qu'il ne connaît rien des francophones canadiens non plus:

    https://onfr.tfo.org/des-reponses-unilingues-de-la-part-de-jagmeet-singh/?fbclid=IwAR13hdmgH5i1POCgyUqeTfFqk0TNH_TTdWsEEksP-HefOWKUsNn94fuPU84

  • Pierre Labelle - Abonné 27 mars 2021 09 h 02

    Trop d'attention à...

    Si François Legault appliquait à la lettre ce que suggère la dernière phrase de votre dernier paragraphe, ce serait donner beaucoup trop d'importance et d'attention à quelqu'un qui ne le mérite pas. Ce petit monsieur en a déjà reçu beaucoup trop depuis ces derniers jours, pour moi la discussion est close si ce n'est que c'est à nous les québécois (es) à cesser de marcher comme des vaincus, des porteurs d'eau, ou pire, comme des N, blanc d'amérique.

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 27 mars 2021 10 h 16

      Vous faites semblant d'ignorer parce que vous ne pouvez rien y faire. C'est un signe d'impuissance refoulée.

    • Luc Bertrand - Abonné 27 mars 2021 13 h 28

      Justement, monsieur Labelle, le meilleur moyen de clouer le bec à cet hurluberlu se proclamant professeur et de mettre fin au "Quebec Bashing" est de répondre par ce que craignent le plus ces illuminés: canaliser toutes ces insultes pour rallumer les braises nationalistes et envisager à nouveau publiquement l'indépendance du Québec. Si nous sommes autant des indésirables que ça, pour le Canada anglais, qu'on nous laisse partir! Il y a bien des limites à ne pas savoir ce qu'ils veulent! En 1995, craignant de nous perdre, ils violent la Loi sur les consultations populaires du Québec pour venir nous montrer qu'ils "nous aiment" et, depuis que l'indépendance n'est plus sur l'écran radar, ces têtes fêlées ne cessent de nous accuser de tous les maux (corruption, racisme, profiteurs, xénophobie, égoïsme, etc.).

      Et quand nous recommencerons à parler d'indépendance, il ne faudra surtout pas oublier, dans notre pédagogie, de démanteler ces accusations non fondées en démontrant concrètement en quoi elles sont fausses et comment, au contraire, c'est le Québec qui est le dindon de la farce depuis aussi loin que la Conquête de 1760, en passant par les décisions politiques et économiques qui ont été prises par le régime colonial anglais et la majorité anglophone, à Ottawa, depuis 1867, et qui ont systématiquement avantagé l'Ontario, les provinces de l'ouest et les autres provinces au détriment du Québec. Et l'échec de toute tentative de faire reconnaître la différence québécoise, au sein du Canada, ou d'obtenir les pouvoirs nous permettant de préserver notre langue et notre culture.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 mars 2021 14 h 50

      Justement monsieur Bertrand, à propos d'Indépendance, cessons d'en parler et faisons-là !

    • Luc Bertrand - Abonné 27 mars 2021 21 h 41

      S'il n'en tenait qu'à moi, monsieur Théberge, le Québec serait déjà souverain depuis longtemps, mais, malheureusement, nous ne sommes pas seuls à décider quand elle arrivera! Et plus ça va prendre du temps pour qu'une majorité de Québécois y adhère, plus le Québec sera affaibli et plus dure sera la côte à remonter. Et, contrairement à nous qui ne faisons que parler et se diviser, les fédéralistes, eux, n'en manquent jamais une, profitant des moyens du pouvoir pour légiférer pour nous mettre encore plus d'embûches, faire entrer encore plus d'immigrants de plus en plus difficilement intégrables, démanteler notre État national ou le détourner à leur profit et à celui de leurs bâilleurs de fonds. Il faudrait d'abord corriger le vice de fond qui persiste toujours dans le programme du Parti québécois, depuis 1974: éliminer définitivement l'obligation de tenir un référendum pour autoriser le gouvernement à réaliser l'indépendance. C'est ce boulet qui plombe les chances d'élection du PQ, depuis 1995, et qui fait en sorte que le parti fait croire qu'il peut régler tous les problèmes sans avoir besoin de faire du Québec un pays. En effet, la voie référendaire est bloquée par Ottawa depuis 1995, car il refuse toujours d'envisager une défaite et même le principe de parité des moyens pour les deux camps.

      En absence d'interlocuteur pour négocier, il faut opposer la légitimité de la démocratie québécoise à l'illégitimité du cadre constitutionnel canadien actuel, imposé au Québec malgré son refus et sans consultation populaire. Or, l'élection d'un gouvernement majoritaire donne toute la légitimité au parti qui l'emporte de réaliser son programme, fusse-t-il de rompre le lien de subordination du Québec au Canada.

      Malheureusement, depuis 1995, la coalition du changement s'est désintégrée suite au virage néolibéral du PQ et à son abandon de la promotion et de la réalisation de l'indépendance. Et les partis (QS et CAQ) qui en ont résulté ne reviendront jamais au bercail.

  • François Poitras - Abonné 27 mars 2021 09 h 08

    Contradiction, mésinterprétation, acculturation

    Contradiction, mésinterprétation, acculturation

    Concernant le refus du gouvernement Legault de communier à la notion de « racisme systémique », Brian Myles écrit : « Ce débat nécessaire serait moins stérile s’il n’était pas mené à l’enseigne du « Québec bashing » par les Attaran de ce monde »

    « Débat nécessaire… moins stérile » ? S’il est stérile, le débat ne présente la moindre pertinence. Peu importe les inepties proférées par les Attaran de ce monde.

    Concernant le comité aviseur du gouvernement, l’éditorialiste sermonne : « Il ne faudrait pas que les travaux mènent à une intervention accrue de l’État pour encadrer la liberté universitaire, sans quoi, elle ne voudra plus rien dire »

    Doit-on rappeler que l’État réagit aux actes de censure, d’intimidation et de mise en danger de carrières universitaires par des groupuscules activistes et des coteries professorales par un comité aviseur pour protéger la liberté d’enseignement ?

    Quant au titre de l’édito, « Le racisme à l’envers », on ne peut qu’être perplexe. « À l’envers » de qui, de quoi ?

    D’un racisme fabriqué de tout pièce par le néocolonialisme canadien qui multiplie les accusations d’ethnocentrisme, de tribalisme et d’atavisme xénophobe à l’égard de l’État québécois depuis 100 ans ?

    • Claude Bernard - Abonné 27 mars 2021 17 h 17

      M Poitras
      Je ne puis être d'accord avec vous quoi que j'en aie et malgé la qualité de vos arguments.
      Un débat qui n'aboutit pas à reconnaitre la réalité ou du moins la possibilté que le racisme au Québec envers les «non blancs» soit d'une nature telle qu'un mot doit le qualifier pour souligner qu'il est davantage que le racisme ordinaire du raciste individuel et que, tant qu'à faire, aussi bien utiliser le même mot que le reste de l'Amérique, on peut affirmer sans démériter qu'il (ce débat) est stérile.
      Les universités du Québec ont le devoir de trouver la manière d'encadrer la liberté universitaire sans avoir besoin de l'État, au salaire versé aux personnes en charge, qu'elles le justifient.
      Oui, on peut tiquer sur le titre qui se comprends possiblement comme le contre racisme ou le racisme envers les soupçonnés de racisme ou le racisme envers les effectivement racistes etc... quant à moi, je l'interprète comme le racisme de ceux qui accusent les autres (i.e. les Québécois) de racisme.

    • François Poitras - Abonné 27 mars 2021 21 h 40

      M. Bernard, La volonté des québécois d’établir une réelle démocratie républicaine est unique en Amérique, mais ne comptez pas sur Brian Myles pour faire un tel constat.

      La locution « racisme systémique » change de sens selon son locuteur, de là, la confusion et la déliquescence sociale et politique du monde anglo-saxon.

      Enfin, les universités ont failli à défendre leur raison d’être

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 27 mars 2021 09 h 12

    Le racisme intéressé des anglos.

    "Nos voisins ont l’indignation facile lorsque des manifestations de racisme émergent de la nation québécoise. Ils se réfugient dans une docile complaisance lorsque cette même nation est la cible du racisme des autres." - Brian Myles

    En effet, Monsieur Myles, au Canada le racisme est à géométrie variable et la communauté francophone en fait toujours invariablement les frais.

    Un hurluberlu diplômé comme Amir Attaran ne pourra être officiellement condamné pour ses propos racistes tant et aussi longtemps que sa vision tordue sera tacitement soutenue et partagée par nombre de ses concitoyens qui, imbus de leur supériorité morale, peuplent l'anglosphère canadienne. Cela fait de lui un intouchable qui est tout à fait conscient de son invulnérabilité. La mansuétude obligée du recteur de l'université d'Ottawa à son égard en est la preuve.

    Pour le malheur des francophones, il est à craindre que rien ne changera tant que les protestations ne proviendront que des victimes. Dans cette perspective, les hauts cris du directeur du Devoir n'y changeront pas grand-chose. Ce serait bien différent si ces derniers venaient de son vis-à-vis du "Globe and Mail" mais il y a fort à parier que cela ne se produira pas.

  • Gaétan Cloutier - Abonné 27 mars 2021 09 h 33

    Non seulement ça en vaut pas la peine

    mais en plus, ça ne va pas cesser. On parle de Québec bashing aujourd'hui, mais ça fait des lunes que ça existe et la plupart du temps je n'y peux rien et d'autres fois j'y contribue par mes impôts.

    Don Cherry a sévit à la télé de la nation tout près de 40 ans et m'a insulté en direct toute sa carrière mais, il a suffit que son racisme soit dirigé vers une autre communauté canadienne pour qu'il se fasse virer. Rick Mercer m'a fait la morale en direct et sans gêne, comme si ça renforçait la fierté et/ou l'estime canadien?! Le privé n'est pas en reste avec les différentes pages "idées" dans les presses du pays.

    2 points me chicotent..

    1- À voter Non à 2 reprises à des référendums sur notre indépendance, on ne peut dire qu'on a démontré un grand estime National. Certains se sont réjouis qu'en 95, le Oui a recueillit 65% du votre francophone; où étaient la balance? L'attraction de l'anglais va en augmentant (à bien des endroits dans le monde) depuis des années et qu'un individu qui ne comprend rien à cette langue ne sera sûrement pas touché par ces sottises. Les jeunes eux ne sont pas réfractaires à l'anglais. Ils comprennent cette langue et ce n'est pas plus rose sur les réseaux sociaux. Excellent pour le futur de la marque "Québec".

    2- Cette manie d'insulter des gens dans une langue qui n'est pas la leur est préoccupant pour le canadien moyen adhérant à cette mouvance. Je suppose qu'il y a un prix à payer lorsqu'on "partage" la langue d'un voisin aussi imposant; ces gens veulent probablement exister aussi

    Comme on n'a pu le faire, on devra s'en remette à ce qu'Ottawa avise certains de ces sujets de nous laisser tranquille (bravo Justin..). Je ne crois plus en l'indépendance, mais la flamme nationaliste, notre langue, notre culture (j'en passe) qui nous distingue, doivent toujours être préservées et ça, ça les embêtent.