Piètre performance

Nous avons commémoré, cette semaine, la triste disparition de plus de 10 503 personnes au Québec, soit 47 % des 22 335 décès de Canadiens victimes du coronavirus.

S’il est trop tôt pour procéder à une radiographie exhaustive des actions entreprises pour prévenir et combattre cette pandémie, plusieurs analyses comparatives incitent déjà à la réflexion. Ainsi en est-il du COVID Misery Index (Indice de performance des nations quant à la COVID-19 [traduction libre]), publié cette semaine par le professeur Richard Audas, chercheur associé à l’Institut Macdonald-Laurier (IML) d’Ottawa.

Construit à partir de données publiques dont plusieurs sont encore bien incomplètes, l’indice compare seize facteurs classés en trois grandes catégories (intensité de propagation du virus, réponse des autorités à la pandémie et coûts économiques) pour quinze pays développés, dont le Canada, les États-Unis, les pays d’Europe de l’Ouest, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Japon.

Sans être le pire au classement général, le Canada arrive au 11e rang sur les 15 pays de référence, devant l’Italie, la France, le Royaume-Uni et l’Espagne, mais loin derrière les trois pays les plus performants qu’ont été la Norvège, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

  

En ce qui a trait à la propagation du virus et à la réponse des autorités, la Nouvelle-Zélande, qui a rapidement fermé ses frontières, n’a connu que 50 cas positifs par 100 000 habitants depuis le début de la pandémie, contre 242 pour le Canada et 883 pour les États-Unis.

Grâce aux 680 tests de dépistage administrés pour chaque cas confirmé contre seulement 9 en Suède, 11 aux États-Unis et 28 au Canada, cette même Nouvelle-Zélande et sa sœur australienne ont pu restreindre le nombre de décès à moins de 5 par 100 000 habitants contre 7 pour le Japon, 12 pour la Norvège, mais 60 pour le Canada (incluant les 129 pour 100 000 au Québec, comme en Suède…), 134 pour la France, 160 pour les États-Unis et 188 pour le Royaume-Uni (dernières données du NYT).

Le nombre de jours pendant lesquels les pays ont enregistré un indice de transmission supérieur à un (RR>1) nous en dit beaucoup sur l’efficacité des mesures adoptées. Avec seulement 90 jours depuis un an pendant lesquels la transmission a été de plus d’une personne par individu positif en Nouvelle-Zélande, on comprend que ce pays soit parvenu à mieux contrôler la maladie que la Suède et ses 322 jours avec un facteur RR>1, l’Espagne (242 jours) et le Canada (228 jours). Ce qui s’est reflété dans la capacité des pays les moins affectés à retrouver plus rapidement une vie proche de la normale.

L’adoption de contraintes plus ou moins sévères a aussi fait l’objet de comparaisons. Si l’Italie, par exemple, a pris des mesures très restrictives peu de temps après avoir constaté l’étendue de l’épidémie, l’auteur souligne qu’elles n’ont souvent pas été suivies. Au contraire, un pays comme le Japon a pu profiter de l’habitude déjà présente dans sa population de porter le masque, un trait culturel qui, associé à la fermeture précoce des frontières, a permis d’éviter l’adoption de mesures aussi contraignantes que le couvre-feu et la fermeture prolongée des commerces.

Toujours au chapitre de la réponse des autorités, si certains pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni ont très mal paru tout au long de l’année, ils se sont repris en fin de parcours grâce à un taux de vaccination rapide bien supérieur à la moyenne.

  

Troisième catégorie d’observations, la performance économique (Economic Misery) compile les données du PIB, du chômage et de la dette. Là encore, on retrouve en tête du classement les pays qui ont le mieux performé pour contrôler rapidement l’épidémie. Ce qui fut le cas de la Norvège, de l’Australie et du Japon, mais aussi de la Suède, qui a cependant payé le prix fort en matière de décès (129 par 100 000 habitants contre 12 pour la Norvège et 60 pour le Canada) pour son laisser-faire.

Pour éviter la misère causée par une récession prolongée, certains pays parmi les plus affectés par la crise, comme le Canada et les États-Unis, ont choisi de dépenser sans compter. Une approche justifiée, mais coûteuse qui explique en partie leur mauvaise position au classement.

Ainsi, alors que la Norvège a vu sa dette diminuer en 2020, celles du Canada et des États-Unis ont grimpé de 27 % et de 28 % et, selon toute vraisemblance, elles auront augmenté de plus de 40 % d’ici 2022. Comme si, parce qu’ils étaient mal préparés et qu’ils n’ont pas su prendre les mesures les plus efficaces pour contrôler l’incendie dès les premières semaines, ces pays ont été forcés de faire fonctionner la planche à billets à plein régime.

On ne refait pas l’Histoire, mais l’Histoire elle-même et la science nous enseignent à tirer des leçons.

14 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 13 mars 2021 06 h 32

    Pitié M. Legault

    La performance du Canada a été plombée par celle du Québec. La performance du Canada _sans le Québec_ a été parmi les "moins pires" de tous les pays riches d'Occident.

    Celle du Québec a été une suite continue de décisions stupides : campagne contre le port du masque, testage grossièrement insuffisant, ignorance crasse de la contagion asymptomatique, cours au primaire sans mesure compensatoire à l'absence de masque et de distance sanitaire, vaccination broche-à-foin, interdiction des purificateurs HEPA, déconfinements prématurés, etc.

    La pire erreur a été, dès le départ, d'avoir confié la lutte sanitaire à un capitaine qui pense que la grippe ordinaire est plus dangereuse que le Covid-19 et qui part en vacances au Maroc alors que l'iceberg de la Covid s'avance vers le Titanic québécois.

    Quand on nous dit qu'il faut laisser se développer l'immunité "naturelle" — en d'autres mots, il faut laisser les Québécois attraper le Covid — voilà la renonciation au combat de l'impotent.

    Alors que l'administration Biden se fixe comme objectif de vacciner tous les Américains d'ici le 4 juillet prochain, la compagne de vaccination du Québec prendra près de deux ans au rythme actuel et ce, selon un protocole de vaccination totalement dépourvu de base scientifique (espacement des doses à trois ou quatre mois).

    Pitié, monsieur le Premier ministre, délivrez-nous des incompétents qui dirigent depuis trop longtemps la lutte sanitaire au Québec.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 13 mars 2021 08 h 12

    Et le Québec...et surtout, à l'avenir....

    Ce que j'aurais aimé lire, c'est aussi ceci: la place du Canada sans le Québec et la place du Québec, sans le Canada...Espérons que les chiffres viendront bientôt parce qu'il faudra prendre conscience d'une situation et de ses causes pour espérer raisonnablement la corriger, les regrets ne suffisant généralement pas. Jadis, nous faisions de « très beaux services religieux, 1ère classe » à la famille d'un personne décédée au travail ou sur la route; par contre, tout se compliquait lorsqu'il était question d'améliorer la sécurité au travail et sur la route. Famille immédiate exceptée, la vie recommençait alors comme avant.
    Aujourd'hui, la visite au salon a remplacé le service religieux; même le langage officiel a changé : « à ceux qui sont partis trop vite »... Pourquoi pas aussi « trop mal »? Et les autres qui « ont seulement passé proche de partir »? Et à ceux qui « ont souffert et vu souffrir, mourir ...? » Il faudrait aussi au moins le rappeler officiellement....

  • Claude Bernard - Abonné 13 mars 2021 09 h 05

    Le syndrome de Ceaussescu

    L'autarcie recherchée à tout prix, sans rime ni raison, «Québec sait faire», d'où vient cette propension qui subsiste non pas au Québec mais à Québec chez les hauts fonctionnaires qui vivent en circuit fermé.
    Normand Baillargeon en donne un exemple probant ce matin dans sa chronique sur l'éducation.
    Je crois en voir les racines dans la Révolution tranquille qui fit table rase du passé dans les ministères.
    Nous trainons ce complexe de tout réinventer, de ne jamais aller voir ce qui se fait ailleurs, surtout dans le ROC haï de tout bon grand commis de l'État.
    À une certaine époque, il était bien vu de ne pas parler ou lire l'anglais pour ne pas être colonisé sans le savoir.
    Ça semble être le cas de notre premier ministre pour qui cette langue est à moitié apprise.
    Conséquemment, il s'en suit trop souvent une piètre performance quand ce n'est pas une catastrophique résultante en éducation, santé, transport, infrastructure, traitement des ainés, informatique, patrimoine etc...
    Incapable de planifier quoi que ce soit, le mot même n'existe pas dans le vocabulaire de nos décideurs.
    On pourrait dire: il s'agit là d'une lacune systémique chez eux.

  • Bernard Terreault - Abonné 13 mars 2021 09 h 44

    À noter, tout de même

    Australie et Nouvelle-Zélande ont profité de leur éloignement pour boucler facilement leurs frontières. On ne pouvait pas faire la même chose avec notre gros voisin de 340 milllions d'habitants, avec 5000 km de frontière commune, et de loin notre plus gros partenaire économique.
    Mais un paradoxe bien plus grand me tarabuste: pourquoi les pays asiatiques ont-ils apparement bien mois souffert? Discipline de leur population? Ou immunité innée codée dans leur ADN ou dûe à des infections apparentées dans le passé? Ou statistiques mensongères de la part de leurs gouvernements?

  • Marc Therrien - Abonné 13 mars 2021 10 h 36

    Piètre performance...dans "La société malade de la gestion" (Vincent de Gaulejac)...épuisée de performer


    « On ne refait pas l’Histoire, mais l’Histoire elle-même et la science nous enseignent à tirer des leçons. » Je ne sais pas si M. Sansfaçon a lu le « Devoir de philo » de samedi dernier intitulé « Les leçons à tirer de la pandémie demeurent insaisissables ». On y lit le passage suivant :
    « Au début du XIXe siècle, Hegel, dont nous célébrions tout récemment le 250e anniversaire de naissance, formule une mise en garde contre l’illusion d’une valeur intrinsèquement pédagogique de l’histoire : « ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire et n’ont jamais agi suivant des maximes qu’on en aurait pu tirer » (Leçons sur la philosophie de l’histoire, 1822). »

    La complexité du système dynamique créé par la pandémie de la Covid-19 fait en sorte qu’il n’y a pas de solution magique standardisée efficace pour tous qui puisse être développée tant il y a de variables qui peuvent en déterminer les résultats. Compte tenu de la part d’insaisissable qui demeure la plus grande, tout jugement et explication sur les résultats observés pour ces indicateurs de performance demeurent partiels et partiaux.

    Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 13 mars 2021 13 h 59

      "tout jugement et explication sur les résultats observés pour ces indicateurs de performance demeurent partiels et partiaux." MT

      Vrai que les chiffres de la pandémie sont pris différemment selon les juridictions et que plusieurs facteurs peuvent expliquer ces chiffres, les politiques et pratiques de la santé publique étant une variable, mais pas la seule, et pas évident pondérer le poids de chacune des variables.

      On peut par contre regarder si ce qui a été fait constitue des bonnes pratiques. M. Martel, ci-dessous, donne plusieurs exemples de mauvaises pratiques de la part du Québec, et on pourrait en rajouter.

      Dans son rapport sur son passage au Québec, l'armée a indiqué que souvent les directives n'étaient pas suivies dans les CHSLD.

      En comparaison, très tôt, la Colombie-Britannique avait adopté et appliqué l'étanchéité des zones rouges et froides. Pendant ce temps au Québec, l'étanchéité n'était pas là, on envoyait des équipes volantes d'un CHSLD à l'autre, et on tassait les surnuméraires, différents à chaque fois, dans des camionnettes. Et ça a pris longtemps avant de cesser de faire ces erreurs grossières. Employés qui retournaient chez eux faire de la contamination communautaire. Que l'on ne sorte pas l'argument du rétrospectif. Ça fait des siècles, littéralement, que l'on sait que de minimiser le contact est la chose à faire.

      Le refus obstiné pendant des mois après les avoir obtenus, d'utiliser les tests rapides pour vérifier l'état des lieux, dans les écoles ou les CHSLD par exemple.

      Le refus d'utiliser les services offerts par le gouvernement fédéral d'utiliser des employés de Stat Can pour faire des appels de traçage.

      Se scandaliser en évoquant sa "compétence" quand le gouvernement fédéral a parlé de rendre conditionnel certaines assistance à l'étanchéité des zones froide et chaude en CHLSD, alors que l'on savait que c'est ce manque qui avait été la cause première du désastre que l'on sait. Petite gêne peut-être.

      Et j'en passe.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 mars 2021 15 h 54

      Dans les CHSLD, on a commis deux erreurs en même temps : laisser les gens sans assistance par manque de personnel et leur porter assistance en envoyant des équipes volantes. Qu'est-ce qu'on aurait pu faire d'autre ? Lancer des appels à l'aide. Ce fut fait.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 mars 2021 16 h 03

      "Qu'est-ce qu'on aurait pu faire d'autre ?"

      Assigner les gens que l'on envoit à un endroit et à cet endroit seulement.

      Même nombre de personnes.

      Rien ne force à envoyer une personne qui va à un endroit à aller à un autre ensuite remplacer une autre qui va à un autre endroit. C'est d'ailleurs ce qu'on a fait plus tard. Beaucoup plus tard, trop tard.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 mars 2021 19 h 59

      Autre suggestion: Ne pas coller dans camionnettes collés les uns contre les autres travailleurs qui vont dans les lieux les plus contaminés du Québec pour aller de l'un à l'autre et retourner dans son milieu ensuite. En fait, on voudrait le faire exprès pour répandre le virus, que l'on aurait de la difficulté à trouver meilleure manière.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 mars 2021 20 h 31

      Vous croyez vraiment que ce sont les directions qui se sont amusées entre elles à jouer à la chaise musicale? Je n'en reviens pas de la facilité qu'on a à traiter tout le monde de conconmbres.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 mars 2021 21 h 09

      Pas les directions entre elles, je n'ai jamais parlé de ça. J'explique autrement

      Envoyer des surnnuméraires dans CHSLD. Surnuméraire 1, va dans CHSLD A un jour et dans CHSLD B le lendemain et CHSLD C le surlendemain. Et ainsi de suite jusqu'à lettre donnée (disons "L" par exemple). Dans CHSLD A et B (et les autres), longtemps, peu d'étanchéité entre zones froide et chaude, directives non suivies. CHSLD, foyers de contamination au Québec. Comme ça pour plusieurs surnuméraires. Lesquels sont entassés dans des camionnettes pour aller se faire déposer d'un CHLSD à l'autre.

      C'est vraiment arrivél comme ça. À vous de trouver le qualificatif qui convient si vous tenez à en utiliser un, je n'ai fait que décrire pour ma part.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 mars 2021 21 h 10

      Et il faut voir l'ensemble de ce que M. Martel et moi-même avons écrit ici.

      Lectrices et lecteurs, ne perdez pas la vue d'ensemble.