De la mémoire à l’action

Le Québec a observé une minute de silence, jeudi sur le coup de 13 h, afin d’honorer la mémoire des 10 518 citoyens emportés par la COVID-19. Il y a un an, le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) décrétait l’état de pandémie, alors que nous peinions tous à imaginer, de la rue jusqu’aux plus hautes sphères gouvernementales, l’étendue du désastre qui nous attendait.

Un confinement qui devait durer initialement quelques semaines a été prolongé, en tout ou en partie, selon les régions administratives, pendant 24 des 52 dernières semaines. Notre résilience et notre solidarité ont été mises à rude épreuve. Notre santé mentale collective — celle de nos proches, de nos enfants, de nos conjoints, de nos parents, de nos pairs aidants, de notre personnel de la santé — est fragilisée. Certains s’en tirent mieux que d’autres, mais les statistiques sur la recrudescence des prescriptions d’antidépresseurs, en particulier chez les adolescents (en hausse de 15 %), nous procurent un bon indicateur des tendances lourdes à la déprime. Une déprime qui sera plus que passagère.

Des milliers de nos concitoyens ont dû faire 10 518 deuils bien concrets. La COVID-19 a sonné le glas pour leurs proches, laissant dans son sillage le vide et la tristesse là où il y avait la vie et la chaleur humaine. Ces deuils demeurent inachevés pour des familles qui n’ont toujours pas pu tenir de funérailles en raison des restrictions en place. Les blessures ne guériront pas tout à fait pour celles et ceux qui gardent le souvenir de leurs proches morts dans la plus ingrate des solitudes, seuls au monde.

D’autres deuils individuels et collectifs sont plus insidieux : la perte du lien social, l’isolement prolongé, le goût du rêve perdu, le glissement de la précarité vers la pauvreté pour des milliers de ménages ne faisant pas partie de cette proverbiale classe moyenne que cajolent les gouvernements élus. La pandémie aura accentué les lignes de fracture déjà bien présentes dans notre société entre les riches et les pauvres. En marge du Forum économique mondial, à Davos, Oxfam signalait que les 1000 milliardaires les plus riches du monde avaient déjà compensé leurs pertes liées à la crise sanitaire. Les 44 milliardaires canadiens ont augmenté leur actif de 63,5 milliards depuis le début de la pandémie. À l’inverse, 501 millions de personnes de plus dans le monde vivront avec moins de 5,50 $ par jour, en 2030, si les gouvernements laissent les inégalités augmenter de 2 % par an.

Le Québec et le Canada disposent de généreux filets de sécurité sociale contrairement à bien des nations dans le monde, mais ils sont à risque d’assister aussi à un accroissement des écarts et à une érosion de principes chers, en particulier au Québec : l’égalité des chances et la mobilité sociale.

Alors, oui, commémorons aujourd’hui les disparus et saluons les sacrifices de tous les travailleurs et professionnels qui ont tenu la barre en pleine tempête, en particulier dans les CHSLD, le réseau de la santé et les commerces essentiels. Mais attelons-nous dès maintenant à bâtir le monde de demain.

Le déconfinement est à notre portée. La campagne de vaccination permettra de protéger sous peu les 65 ans et plus, ceux qui sont les plus à risque de subir des complications reliées à la COVID-19 et de nécessiter une hospitalisation de longue durée. Le relâchement des mesures sanitaires est certes prématuré pour Pâques, mais il demeure envisageable en même temps que la floraison printanière.

Des choix difficiles viendront rapidement pour les gouvernements : relancer l’économie, redresser les finances publiques, faire l’examen, sous une forme qui reste à déterminer, des lacunes qui ont coûté la vie à plus de 10 000 personnes, dont près de la moitié vivaient en CHSLD. Pour honorer dignement la mémoire des disparus, il faudra veiller à ce que la relance contribue à la diminution de l’exclusion et des disparités de traitement que la pandémie a fait gonfler.

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