Malaise au clergé

Quelle belle occasion de se taire la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a-t-elle manquée. Prétextant les failles « morales » des vaccins produits par AstraZeneca et Johnson & Johnson, la CECC a placé ses fidèles dans un dilemme amoral, les invitant à bouder ces vaccins lorsque « possible », le tout au nom de la lutte anti-avortement.

Petit rappel des faits : dans une note diffusée mardi sur son site Internet, la Conférence a remis en question l’acceptabilité « morale » de deux des quatre vaccins en circulation sur le territoire canadien. En plus d’être rétrograde, son argumentaire est échafaudé sur des faussetés : il a en effet été démontré que l’argument selon lequel les vaccins d’AstraZeneca et de Johnson Johnson « utilisent des lignées cellulaires dérivées de l’avortement dans leur développement, leur production et leurs essais cliniques » est faux.

Si des cellules d’embryons avortés dans les années 1970 ont en effet servi au développement de la technologie de création du vaccin, le vaccin lui-même ne contient pas la moindre cellule fœtale. Les « lignées cellulaires » peuvent être issues de fœtus avortés il y a des décennies, mais elles ne contiennent pas directement des cellules humaines. Voilà pour la rectification des faits.

Que dire maintenant du spectaculaire ratage dans la communication ? À 48 heures des commémorations entourant une année complète de douleurs, de souffrances, de décès et de maladies vécus par l’ensemble des Québécois et Canadiens, l’organisme abat sa morale arriérée sur une occasion grandiose de faire de la promotion du vaccin son message central. En lieu et place, elle somme les fidèles de faire le bon choix, lorsque c’est possible, en leur âme et conscience. Décodez : si le « bon » vaccin n’est pas disponible, passez votre tour ?

Au Québec, les citoyens n’ont pas le choix du vaccin qui leur sera administré. Cela n’a pas empêché le ministre de la Santé, Christian Dubé, de protester avec vigueur contre ce message à portée destructrice pour les opérations de santé publique et collective menées en ce moment autour des efforts de vaccination. « Tous les vaccins que nous administrons sont efficaces », a-t-il rappelé avec justesse. En pleine journée de commémoration des victimes de la COVID-19, l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, a lui aussi insisté jeudi sur l’importance de se faire vacciner, sans égard à la source.

Nul besoin d’être dans les officines du clergé pour deviner que cette note de service venant troubler les consciences et contrer les opérations de vaccination n’a pas rallié l’ensemble des troupes cléricales car, apparemment, certaines consciences sont plus éclairées que d’autres. Mais en haut lieu, à la CECC, l’urgence sanitaire n’a pas suffi à supplanter, dans l’échelle des priorités, le dogme anti-avortement. Belle leçon de charité !

15 commentaires
  • Annick Dupré - Abonnée 12 mars 2021 05 h 43

    Bon Dieu!

    Mon Dieu, éclaire-les!!

    • Jacques Légaré - Abonné 12 mars 2021 10 h 14

      Annick, un borgne, plus encore un Inexistant, ne peut éclairer des aveugles volontaires et multimillénaires...

  • Gilles Marleau - Abonné 12 mars 2021 06 h 36

    Les évêques du Québec ont corrigé le tir. Malheureusement, il existe surtout parmi les évêques anglophones du Canada un certain nombre très influent d'évêques qu'on pourrait qualifier de 'puristes' qui cherchent des punaises partout. Ceux-ci ont beaucoup de difficultés à accepter le leadership du pape François.

  • Romain Gagnon - Abonné 12 mars 2021 06 h 55

    La religion est l'ennemi du peuple

    En 2001, sous la pression de la droite chrétienne, le président américain Georges W. Bush a coupé le financement de la recherche sur les cellules souches; heureusement, le président Barack Obama a supprimé en 2009 les restrictions imposées sur cette recherche par son prédécesseur. La recherche sur les cellules souches a permis depuis de sauver d’une mort certaine des milliers de patients cancéreux à travers le monde. Tant mieux si elle peut aussi aider à la conception de vaccin.

    Qu’est-ce qui est plus important? Sauver d’une mort prématurée un parent ou un grand-parent aimé par ses proches ou sauver un fœtus qui est un tas de cellules sans valeur qu’on peut facilement reproduire en s’accouplant? Contrairement à la plupart des mammifères, un bébé humain à la naissance est encore légume; il ne peut ni marcher ni reconnaitre sa mère. Le défi n’est plus de mettre un enfant au monde, c’est plutôt de l’élever jusqu’à l’âge adulte.

    La religion est l’antithèse de la moralité.

  • Paul Drapeau - Abonné 12 mars 2021 06 h 59

    Et le don d'organe ?

    La position des évêques est contradictoire. Les évêques acceptent le principe du don d'organe : lorsqu'on reçoit un organe d'une personne assassinée par exemple, on n'est pas complice de son meurtre. On ne tue pas les gens volontairement pour prélever leurs organes ! De même, on ne provoque pas volontairement des avortements pour développer des vaccins. La mère décide d'avorter pour des raisons personnelles, et ensuite on prélève des tissus de l'embryon. Il s'agit d'un don d'organe d'un embryon au lieu d'une personne décédée.

    Je comprends toutefois qu'on n'utilise pas de cellules d'embryon pour ces vaccins. Quelle fausseté !!!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 mars 2021 07 h 37

    Pour l’indépendance de l’épiscopat québécois

    Si la Conférence canadienne des évêques fonctionne à majorité simple, en d'autres mots, si les évêques de l'ethnie dominante du pays écraseront toujours la voix particulière du Québec, il serait temps que l'épiscopat québécois quitte cet organisme influencé par l'intégrisme religieux de la droite américaine

    • Renée Lavaillante - Abonnée 12 mars 2021 09 h 43

      .... et qu'ils se prononcent pour l'indépendance du Québec.