Horreur au CHSLD (bis)

Dans la percutante enquête menée par notre journaliste Stéphanie Vallet, une résidente du CHSLD Saint-Laurent lance un cri du cœur : « C’est invivable. Ça fait plus de huit mois qu’on est enfermés, confinés dans nos chambres, entre quatre murs, sans droit de visite la plupart du temps, sans accès à l’extérieur. C’est comme si on était en cage. »

La « cage » dont parle cette femme, c’est l’univers renfermé de sa chambre en CHSLD, dans laquelle elle a été confinée des mois durant, une demi-porte empêchant quiconque de lui rendre visite et lui interdisant elle-même la moindre balade à l’extérieur. Au prétexte que le contexte de pandémie forçait des resserrements supplémentaires pour la clientèle des étages du CHSLD abritant des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, la résidence s’est littéralement transformée en prison. Des employés et des résidents ont confié au Devoir leur vive inquiétude devant les méthodes employées par le CHSLD, ainsi que leur colère et leur indignation devant des traitements ignobles et inhumains. En plus d’avoir été confinés à leurs chambres sans pouvoir se mouvoir — un confinement dans le confinement en somme —, certains d’entre eux ont été privés de soins de base pendant des semaines. Pas de bain, pas de douche, pas de sortie.

L’indicible horreur, encore une fois sur le thème archiconnu de la maltraitance et de la gestion inhumaine des CHSLD. Quelques semaines auparavant, un rapport dévastateur du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches confirmait plusieurs cas de maltraitance au Manoir Liverpool, une résidence privée pour personnes âgées de Lévis. L’insalubrité et la maltraitance en guise de pitance quotidienne pour les résidents de ce manoir mal nommé, et ce, depuis… 2016. Dans la liste des dénonciations récentes, comment oublier Herron, et ses 38 morts en une dizaine de jours en début de pandémie ? L’hécatombe de la honte.

La détérioration des services, la petite misère érigée en système, l’absence d’humanité dans ces tableaux d’horreur, tout cela n’est pas que le reflet d’une gestion barbare. Non, c’est aussi l’échec d’une société et le désengagement complet des gouvernements qui, tous autant qu’ils sont car à ce chapitre aucune administration ne présente une feuille de route impeccable, ont failli là où leur mission commandait qu’ils brillent. Cette clientèle vulnérable et sans voix ne devrait-elle pas mériter la plus précieuse des attentions ? D’autant plus qu’on connaît les pièges du laisser-faire accentué par le manque de ressources, l’épuisement du personnel, la détérioration de l’état des clientèles : la souffrance n’est pas moindre parce qu’elle se vit en silence, bien au contraire. Le devoir de vigilance des autorités, toutefois, devrait être inversement proportionnel à la capacité des citoyens de pourfendre ceux de qui ils dépendent.

C’est pourquoi on ne s’émeut plus des promesses de politicienne que formule la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, en promettant, une énième fois, d’« aller au fond des choses », d’expédier en urgence un évaluateur, de sommer les dirigeants d’expliquer leurs errements, de corriger les abominations sans cesse recrachées par les médias. La séquence des événements n’est pas la bonne. L’importance de sa fonction commanderait qu’elle soit la première informée des situations à corriger grâce à l’efficacité de ses sentinelles sur le terrain plutôt que de réagir à retardement, lorsqu’il est trop tard et que des CHSLD ont été transformés en cages.

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