​Forces armées: dans de beaux draps

Les Forces armées canadiennes (FAC) et le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, lui-même un ancien lieutenant-colonel de l’armée, sont empêtrés dans des affaires d’inconduite sexuelle qui touchent les plus hauts gradés. Il semble bien qu’il soit très difficile de trouver un chef d’état-major capable de montrer patte blanche.

Le 24 février dernier, Harjit Sajjan a annoncé dans un communiqué le limogeage du numéro un des FAC, le chef d’état-major Art McDonald, qui était en poste depuis un mois et demi à peine. Des allégations de nature sexuelle remontant à une dizaine d’années le visent. Le hic, c’est qu’il avait pris la relève de Jonathan Vance, qui a quitté officiellement ses fonctions en janvier après avoir annoncé sa retraite. Grâce à Global News, on apprenait le 2 février que M. Vance, chef d’état-major depuis juillet 2015, faisait l’objet d’une enquête pour des allégations d’inconduite sexuelle. M. Vance aurait entretenu pendant plus de dix ans une relation avec une subalterne, relation qui s’est poursuivie pendant qu’il était chef d’état-major. Une allégation veut aussi qu’il ait envoyé en 2012 un courriel salace à une autre militaire beaucoup plus jeune que lui.

Dès son entrée en fonction en août 2015, Jonathan Vance a lancé une opération appelée Honour afin d’éradiquer « la culture de sexualisation » qui règne au sein de l’armée, un phénomène décrit par l’ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps dans un rapport déposé quelques mois auparavant. Il faut croire que M. Vance savait de quoi il parlait.

Harjit Sajjan fut informé dès 2018 qu’une allégation d’inconduite sexuelle pesait contre M. Vance. Devant le comité permanent de la défense de la Chambre des communes qui cherche à faire la lumière sur cette affaire, l’ancien ombudsman militaire Gary Walbourne a affirmé, mercredi dernier, que le ministre avait refusé de voir les preuves qui lui étaient soumises lors de cette réunion, en mars 2018, qualifiée par l’ombudsman de « très hostile ». Harjit Sajjan a choisi de remettre l’affaire entre les mains du Bureau du Conseil privé, qui représente le premier ministre, tout en continuant de cautionner l’exercice par M. Vance de ses hautes fonctions.

Comparaissant au comité de la défense, Marie Deschamps s’est plainte du peu de progrès accompli par les FAC pour contrer sa « culture sous-jacente de la sexualisation », comme elle l’écrivait il y a six ans. Les militaires semblent s’habituer à cette culture à mesure qu’ils gravissent les échelons, constatait-elle. Elle ne croyait pas si bien dire.

L’ancienne juge a déploré que la plupart des recommandations de son rapport n’aient pas été mises en œuvre, dont la principale consistait à créer un organisme indépendant et civil pour traiter des plaintes d’inconduite et de harcèlement sexuels au sein des FAC. Or, quand le ministre choisit de ne rien entendre, il préfère peut-être se plier à l’esprit de corps qui anime les militaires plutôt de soumettre ses frères d’armes à l’examen d’un organisme qui ne relèverait pas ultimement de l’état-major. En cela, il n’est sans doute pas la personne la mieux placée pour inculquer le profond changement de culture qui s’impose.

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