Les élues écopent

Pour accéder au cabinet de Paul Martin, une condition prévalait: «Être un candidat-vedette plutôt qu'un bon soldat». La formule vient de députés libéraux dépités, mais elle tient bien la route quand on observe les choix ministériels du nouveau premier ministre.

À ce jeu du star system, il était inévitable que ce soit surtout les élues libérales qui écopent. Les femmes ont beau se retrouver dans toutes les sphères de la société, bien peu d'entre elles apparaissent encore incontournables. C'est vrai en politique comme ailleurs. C'est une affaire de notoriété (on ne voit pas le jour où se distinguera une Ken Dryden), de réseaux (y a-t-il un pendant féminin à Jean Lapierre?), d'un certain panache que les hommes maîtrisent toujours mieux que les femmes.

Les compétences, pourtant, y sont. Ainsi, le Parti libéral du Canada a sa Philippe Couillard: elle s'appelle Carolynn Bennett, médecin de son état, récipiendaire de prix, auteure d'un essai sur le système de santé. Mais elle n'est que ministre d'État à la Santé, derrière la vedette Ujjal Dosanjh, ex-premier ministre de la Colombie-Britannique qui n'a pourtant pas brillé à ce poste...

Bien sûr, chaque gouvernement peut compter sur sa forte femme: Sheila Copps pour Jean Chrétien, Anne McLellan pour Paul Martin, Monique Jérôme-Forget pour Jean Charest... Mais ce sont celles qui complètent l'équipe qui font la différence. Et, à ce chapitre, parce que les femmes forment la moitié de l'électorat, parce que les électeurs n'ont pas peur de les choisir, tout recul prend une importance considérable.

Or, il manque deux femmes à l'imposant cabinet de 39 membres de M. Martin, par rapport à il y a six mois. De plus, sur les neuf qui restent, seules quatre sont à la tête de «vrais» ministères, ceux qui comptent. C'est deux de moins qu'à l'époque de M. Chrétien qui, parce que son cabinet était plus petit, avait aussi proportionnellement plus de femmes ministres.

Avec M. Martin, on est aussi loin de ce qui se passe au Québec, où le cabinet de M. Charest compte près du tiers de femmes, qui occupent plusieurs postes clés. À Ottawa, à part le cas de Mme McLellan, toutes les priorités de M. Martin — santé, municipalités, autochtones, services de garde — ont été confiées à des hommes. Le premier ministre donne une bien piètre excuse quand il se retranche, derrière ses huit nominations de femmes (sur 28!), à des postes de secrétaire parlementaire. Ça n'a rien à voir avec le vrai pouvoir!

D'ailleurs, on dit bien des choses sur la présence féminine en politique. Selon le dernier mantra en vogue, une réforme du mode de scrutin permettrait à davantage de femmes d'être élues. Les travaux de chercheurs comme Manon Tremblay, de l'Université d'Ottawa, et Kristoff Talin, de l'Université du Québec à Montréal, apportent un puissant démenti à ce cliché. Les femmes, au Canada, arrivent bien plus facilement à se faire élire que dans bien des pays qui ont un mode de scrutin proportionnel. Le succès de celui-ci dépend plutôt d'une foule de facteurs.

En fait, ce qui compte vraiment, partout, c'est la volonté politique des partis de féminiser leur représentation — ce qui passe par le chef. M. Martin, visiblement, ne s'en est pas soucié et il faut s'en désoler.

jboileau@ledevoir.ca

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