Le massacre des infidèles

Amnistie internationale l'assure, Human Right Watch le confirme: les exactions commises au Soudan par des milices musulmanes relèvent du crime contre l'humanité. Aux Nations unies, on n'attend plus que les États-Unis achèvent leur analyse juridique pour imposer une série de sanctions à un gouvernement réputé être abonné aux mensonges. Espérons que le tout se fera avec diligence.

De prime abord, on pourrait croire que les Noirs animistes ou chrétiens concentrés dans la province du Darfour sont tués, violés, dépecés, déplacés depuis le début de l'an dernier. En réalité, cela fait vingt ans qu'ils subissent le joug des gouvernements musulmans qui se sont succédé à la faveur de coups d'État ou d'élections frauduleuses. C'est après l'imposition, par le président Nemeiri, de la charia comme système juridique en 1983 que les non-musulmans ont été confrontés aux premiers délires des exaltés du Coran. En février 2003, ce processus d'expulsion, ce mécanisme de ségrégation a atteint son point d'orgue.

Depuis cette date, une stratégie de nettoyage ethnique, que l'on commence à qualifier de plus en plus fréquemment de génocide, est menée par des milices arabes armées par le gouvernement, commandées par ce dernier, payées par celui-ci. Leurs cibles? Les Africains, Zaghawa, Massalit et Four, qui présentent aux yeux des premiers deux tares. Puisqu'ils sont chrétiens ou animistes, ce sont des infidèles. Puisqu'ils sont noirs, ils sont de race inférieure dans un pays qui, il est bon de le rappeler, s'est distingué dans l'histoire du monde en «inventant» l'esclavagisme.

Sur cet aspect du dossier, celui de l'esclavagisme, il faut s'arrêter un instant. Dans les années 80 et 90, les musulmans avaient ranimé, pour ainsi dire, cette tradition. Ils enlevaient et réduisaient à l'esclavage les infidèles. C'est d'ailleurs à cause de cette remise à jour de l'horreur dans son sens le plus absolu que ces tribus africaines ont décidé de former des groupes d'autodéfense. Il n'en fallait pas plus pour que le gouvernement se sente libre d'agir à sa guise qui, elle, loge à l'enseigne de l'abject.

Le propos du gouvernement de Khartoum était clair comme de l'eau de roche: puisqu'ils disposent de groupes d'autodéfense, l'État a le devoir de riposter. Ainsi, les dirigeants ont mis sur pied les «Jenjawids», les milices en question, afin qu'elles traduisent dans les faits une politique de la terre brûlée. Aujourd'hui, on estime que plus de 10 000 personnes ont été tuées, certains avancent le chiffre de 30 000, des centaines de femmes, peut-être des milliers, ont été réduites à l'état d'esclaves sexuelles, des enfants meurent de malnutrition chaque jour. Quoi d'autre? On compte un million de déplacés.

Parmi ces derniers, beaucoup ont traversé la frontière pour trouver refuge au Tchad. Un phénomène qui fait craindre aux autorités de ce pays une déstabilisation à moyen terme de leur pays. Car ces chers miliciens n'hésitent plus à poursuivre ces infidèles là où ils se trouvent. Ce n'est pas sans rappeler ce qui avait été constaté au Rwanda.

Pendant que ces miliciens font la sale besogne, les autorités de Khartoum feignent l'innocence. À tous les émissaires envoyés sur place, les notables soudanais font des promesses qui ne durent que le temps qu'il faut pour les formuler. Loin d'agir de manière à désarmer ces milices, Khartoum... Depuis plusieurs mois maintenant, on a constaté que des tueurs et des violeurs qui brandissaient l'étendard des Jenjawids s'étaient intégrés aux forces policières avec la bénédiction, bien évidemment, du gouvernement.

Dans un rapport qu'elle vient tout juste de publier, l'organisation Human Rights Watch affirme, à la lumière des preuves qu'elle détient, qu'il est «absurde de faire la distinction entre les forces gouvernementales soudanaises et les milices — elles ne font qu'un [...]. Dans une série de documents officiels [...], des fonctionnaires réclament une mobilisation et un soutien militaire, et notamment que soient livrées des provisions et des munitions à des chefs de milice bien connus.» Pour sa part, Amnistie internationale vient de communiquer un rapport de 35 pages. Son intitulé? Le Viol comme arme de guerre dans le Darfour.

Cela étant, le département d'État américain est en train de compléter toute une série d'entretiens avec des réfugiés afin de disposer de suffisamment d'éléments pour saisir le Conseil de sécurité de la question. Espérons que cette étape sera menée rapidement. S'il est vrai que nécessité fait loi, ce n'est vraiment pas le temps de se traîner les pieds.

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6 commentaires
  • T. R. RAFFA - Inscrit 22 juillet 2004 11 h 27

    M.Truffault et ses "infidèles" : un amalgame dangeureux

    Une simple recherche vous aurait permis de constater l'évidence qui se trouve dans tous les journaux et les dépêches des agences de presse, à savoir que les populations du Darfour victimes des milices Janhawids sont musulmanes!
    La répression au Soudan est donc dirigée contre tous, et n'est pas réservée aux seuls "infidèles" animistes et chrétiens.
    Un amalgame aussi grossier vous permet de casser davantage de bois sur "les" musulmans que vous accusez d'avoir réintroduit l'esclavage...
    Quelle probité journalistique!

  • Karim FARHAT - Inscrit 22 juillet 2004 15 h 11

    Votre meilleur ami du net

    Monsieur Truffaut,

    Avant d`écrire un article que j`estime dangereux, vu le contenu excessivement faut, je vous demande de respectez votre profession et je vous invite a lire ce lien afin de comprendre les vrais enjuex et la composition religieuses et ethnique de la province de Darfour

    http://www.enjeux-internationaux.org/articles/num4

    Vous transmettre un lien d`une autre source d`information dans un journal aussi respectueux que Le devoir m`écoeur, mais integralité journalistique oblige

    Bonne travail

  • Marie-Hélène Bonin - Inscrit 22 juillet 2004 16 h 28

    Amalgame injustifié et contre-productif

    Quel dommage que l'appel à l'action du Devoir face à la tragédie du Darfour soit chapeautée d'un titre aussi insidieux qu'injustifié. Mais il n'y a pas que le titre: Serge Truffaut contribue lui-même à entretenir l'idée fausse que le conflit actuel soit entre musulmans et "infidèles", soit chrétiens ou animistes. Or, bien que cette caractéristique coincide peut-être avec les groupes en conflit ailleurs au Soudan, dans la région occidentale du Darfour presque tout le monde est musulman.

    Et dans tous les cas, les causes profondes de ces conflits soudanais résident plutôt dans la discrimination et la marginalisation économique et politique, le mal-développement sous toutes ses formes, et la longue tradition du gouvernement soudanais d'armer et d'appuyer les milices des tribus arabes nomades contre les communautés africaines sédentaires. Il est donc juste de condamner l'alliance meurtrière entre ces milices et le gouvernement soudanais, mais injuste et contre-productif de le faire pour des motifs erronés qui risquent de retarder encore les timides efforts de paix de la commaunauté internationale. Car il faudrait aussi condamner l'appui ouvert ou tacite dont le gouvernement soudanais a longuement disposé dans la communauté internationale, en Afrique, dans les pays arabes et dans les pays occidentaux.

  • Karim FARHAT - Inscrit 23 juillet 2004 00 h 02

    second souffle

    Salut,

    Une première intervention fût censurée, mon second message est un petit conseil a monsieur le journaliste truffault, il suffit de faire des recherches de 10 minutes sur le net pour comprendre la vraie nature des ethnies a Darfout, toutes musulmanes.
    C`est grave ce que vous avez écris monsieur

    Au plaisir de te lire de nouveau

  • Youssef Nassiri - Inscrit 23 juillet 2004 04 h 02

    Le massacre par Serge Truffaut

    La région du Darfour est peuplée presque exclusivement de musulmans et ce sont ces musulmans qui subissent les massacres, les viols et les déportations. Ce n'est donc pas une guerre de religions mais une guerre purement ethnique.

    Des conflits ont toujours existé dans cette région de l'Ouest du Soudan. Ils n'opposaient pas toujours des miliciens "arabes" aux autres ethnies "noires". Les ethnies "arabes" ont donc également goûté au massacre. Ainsi, si on parle des vingt dernières années on ne peut résumer le conflit du Darfour à un massacre de race inférieure par une race supérieure.

    L'auteur a fait preuve d'une grave méconnaissance de son sujet. Chose qui est difficile à croire car pour un journaliste ça doit être un réflexe de vérifier ses informations. Aussi, je pense que l'auteur a délibérément manipulé l'information pour dénigrer encore les musulmans, qui sont présentés comme des racistes, des esclavagistes et des tueurs de chrétiens.

    Le génocide du Darfour n'est que la conséquence de gens qui font comme l'auteur de l'article. Ils stigmatisent une population et ameutent les esprits faibles. Ces derniers finissent par passer à l'acte.