Voeux pieux

La ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a rendu public son document, intitulé Français et anglais : vers une égalité réelle des langues officielles au Canada, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles, plus d’un demi-siècle après son adoption, et à prendre des mesures administratives ou autres visant le soutien des locuteurs des deux langues en milieu minoritaire.

Le gouvernement Trudeau s’est toutefois donné la responsabilité de protéger et de promouvoir le français au Québec même. Comme le discours du Trône du mois de septembre le mentionnait, Justin Trudeau reconnaît maintenant que la situation du français au pays est « particulière ».

Le document rappelle que « la transmission du français est insuffisante pour assurer le maintien du poids démographique des communautés francophones hors Québec », tandis qu’au Québec, « particulièrement à Montréal, les données démographiques révèlent que le maintien de la place du français comme langue d’intégration, de travail et de formation demande des efforts accrus », un bel euphémisme pour parler d’un recul.

Armée de bonnes intentions, la ministre Joly propose « un éventail de changements » afin « d’établir un nouvel équilibre en matière linguistique aux pays », comme si un quelconque équilibre existait déjà. D’une façon générale, le document maintient cette vision symétrique du français et de l’anglais. Jamais le document ne parle d’asymétrie.

Bien que le Canada soit officiellement bilingue, il n’est pas un pays bilingue. Il faut comprendre que la Loi sur les langues officielles n’a jamais eu comme objectif de changer cet état de fait. Elle impose à l’État fédéral de fournir aux citoyens, partout au pays, des services en français ou en anglais à leur choix, ce qui demeure « un défi » dans plusieurs régions du pays, de l’aveu même d’Ottawa. Accessoirement, la Loi affirme le droit des fonctionnaires de travailler dans leur langue, un droit qui, en réalité, ne peut être pleinement exercé s’ils sont francophones.

Le gouvernement Trudeau reconnaît d’ailleurs que l’adoption de la Loi en 1969, si elle a « transformé le visage des institutions fédérales […] n’a pas mis un terme à l’évolution du paysage linguistique au Canada ». De même, l’enchâssement en 1982 dans la Charte canadienne des droits et libertés du droit de la minorité linguistique à l’éducation dans sa langue n’a pas permis de maintenir ou d’augmenter le poids de la population francophone à l’extérieur du Québec. Ainsi, on ne comptait que 3,9 % de francophones dans le reste du Canada en 2011 — contre 6,6 % en 1971 — et Statistique Canada prévoit que cette proportion chutera à 3 % dans 15 ans, rappelle le document.

Ottawa compte sur l’immigration francophone pour contrer cette tendance. Or, c’est la stratégie qu’il déploie à l’heure actuelle et les résultats ne sont pas au rendez-vous.

En ce qui a trait aux entreprises à charte fédérale établies au Québec, Ottawa confirme qu’il ne laissera pas le gouvernement caquiste les soumettre à la Charte de la langue française. En vertu de nouvelles règles fédérales, les employés de ces entreprises auront le droit de travailler en français et sera interdite la discrimination envers ceux qui ne connaîtraient que le français. Quant au commissaire aux langues officielles, une instance édentée, il jouira de pouvoirs d’intervention accrus.

Nous cherchons encore dans le plan dévoilé par la ministre Joly ce qui pourrait renverser la tendance de fond. Certes, le gouvernement Trudeau reconnaît l’évidence, mais sans se montrer convaincant quant aux solutions qu’il pourrait apporter. Les vœux pieux, aussi sincères soient-ils, ne peuvent servir de politique.

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