La lente marche du progrès

Près de six ans après en avoir fait la promesse, le gouvernement Trudeau a enfin proposé d’abolir en majeure partie les peines minimales pour des infractions criminelles, vestiges insensés de l’ère Harper que les tribunaux supérieurs effaçaient cause après cause depuis quelques années.

Le ministre de la Justice, David Lametti, a aussi profité de l’occasion pour proposer la déjudiciarisation de la possession simple des drogues, au nom de la santé publique et de la lutte contre le racisme systémique. Bien que les Noirs comptent pour 3 % de la population canadienne et les Premières Nations pour 5 %, ils représentent respectivement 9 % et 25 % des personnes incarcérées. Cette anomalie statistique a un nom : la criminalisation de la pauvreté, de la marginalité, de la dépendance. Autant de problèmes sociaux que la répression amplifie au lieu de régler.

Il était temps d’y voir. Depuis une vingtaine d’années, le consensus ne cesse de s’élargir autour de l’idée que la dépendance aux drogues est un enjeu de santé publique, et non un problème de criminalité. Le premier ministre de la Colombie-Britannique, la directrice des poursuites pénales du Canada, l’Association canadienne des chefs de police, l’administratrice en chef de l’Agence de santé publique au Canada, la directrice de Santé publique de Montréal, la mairesse de Montréal, le maire de Vancouver et une imposante communauté de chercheurs et de cliniciens appuient la décriminalisation.

Le ministre Lametti fait un pas dans la bonne direction avec son projet de loi, mais il s’arrête en chemin en refusant d’envisager la décriminalisation.

L’un des écueils à ce pas de plus dans la lente marche du progrès vient des provinces. Mis à part la Colombie-Britannique, elles sont excessivement frileuses à envisager l’encadrement des drogues selon une approche de santé publique. Cela nécessiterait de recadrer le travail de la Couronne et de la police et de repenser leurs budgets en conséquence. Il faudrait aussi donner au personnel de la santé les moyens d’assumer de nouvelles responsabilités. Un cauchemar de réformes et de tiraillements.

Les provinces doivent participer malgré tout à la réflexion sur les moyens d’assurer l’épanouissement et la santé des citoyens aux prises avec des problèmes de dépendance. À ce chapitre, le Québec fait bien mauvaise figure. Le gouvernement Legault refuse même la tenue d’un débat sur la question, comme l’avait proposé cet automne Québec solidaire dans une motion rejetée. La CAQ, ce parti qui voulait tout bouleverser et tout réinventer à sa fondation, est d’une plate prévisibilité lorsqu’il est question de drogues et de santé publique.

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