Le défi de durer

C’était il y a 15 ans : l’Union des forces progressistes (UFP) et Option citoyenne fusionnaient pour former Québec solidaire. Deux ans plus tard, en 2008, Amir Khadir, à la faveur d’une élection générale, en devenait le premier élu à l’Assemblée nationale, rejoint à l’élection générale de 2012 par Françoise David, puis par Manon Massé en 2014. Puis en 2018, avec une récolte de dix députés, tous les espoirs étaient permis pour les solidaires.

L’émergence de ce parti d’union de la gauche avait quelque chose de rafraîchissant. L’absence de chef, remplacé par deux co-porte-parole, une femme et un homme, apparaissait incongrue il y a 13 ans. Mais l’électorat s’y est habitué. Les sorties d’Amir Khadir étaient souvent décapantes tandis que Françoise David, posée, ne manquait pas de bon sens.

Le programme environnemental de QS, qui semblait parfaitement utopique il y a trois ans à peine, a été repris pour une bonne part par les caquistes et les libéraux, les péquistes étant déjà aussi ambitieux que les solidaires. Qui l’eût cru : le gouvernement caquiste a fait sien l’engagement de QS d’interdire la vente de voitures neuves à combustible fossile d’ici 2030 ; enfin presque, puisque l’échéance est fixée à 2035. Même chose pour la carboneutralité en 2050.

La proposition de QS de créer Pharma-Québec, cette idée chère au microbiologiste Amir Khadir, n’apparaît plus farfelue. Avec la pandémie, tant à Québec qu’à Ottawa, on se rend compte de la dépendance du Canada à l’égard des pharmaceutiques étrangères et de la vulnérabilité de son approvisionnement. QS dispose d’un argument d’actualité pour soutenir que cette société d’État chargée de produire des médicaments génériques et des vaccins, tout en finançant en amont la recherche universitaire, pourrait suppléer aux lacunes des entreprises privées.

Si, à l’issue de l’élection de 2018, QS semblait parti pour la gloire, les derniers sondages ne sont guère réjouissants pour ses troupes. À un maigre 11 %, le parti a glissé de 5 points de pourcentage par rapport à l’élection de 2018. Mais les appuis en faveur de tous les partis d’opposition ont reculé tandis que la situation d’urgence sanitaire favorise les caquistes qui sont aux commandes.

Comme l’ensemble de la gauche, QS est traversé par le radicalisme des « identity politics », très Concordia. Mais il tente de résister à cette poussée qui mine les solidarités traditionnelles et à terme la démocratie. Si une femme comme Françoise David ne peut plus parler du sort des femmes immigrantes, souvent les plus démunies, parce qu’elle fait partie de la « majorité blanche », comme certains se plaisent à le dire, c’est que la gauche a un sérieux problème.

Comme l’a écrit récemment Gabriel Nadeau-Dubois dans L’actualité, QS table sur l’effritement de ce qu’il décrit comme les certitudes économiques du capitalisme québécois : le déficit zéro, le recours au privé et le libre-échange. Aux prises avec un imposant déficit, le gouvernement Legault pourrait renouer avec l’austérité. Pas sûr qu’il tombe dans ce piège qui minerait les services publics et la reprise, mais si c’est le cas, QS est fin prêt à proposer une solution de remplacement à l’électorat.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait qu'Amir Khadir a été élu lors d'une élection partielle en 2008, a été modifiée.

 

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