Les contours de l’espoir

Les députés de l’Assemblée nationale reprennent mardi la joute parlementaire les uns en présence des autres. À elle seule, cette symbolique chargée d’espoir revêt les habits d’une certaine normalité, dont tout le monde — politiciens compris — a besoin. Double couche d’espoir pour insuffler un semblant de sens à la reprise de ces travaux, lundi marquait le retour sous la barre des 1000 du nombre de nouveaux cas d’infection à la COVID-19, pour une première fois depuis la fin d’octobre. Tambour !

Le premier ministre, François Legault, a fait part cette fin de semaine dans une publication Facebook de certains des émois qui traversent le dirigeant d’une nation aux prises avec une pandémie. Décider en ces temps troubles, disait-il en substance, est un exercice de haute voltige qui impose de devoir trancher tout en n’ayant qu’une portion des réponses. Naviguer à vue dans un certain brouillard demande au capitaine un instinct à toute épreuve, et c’est dans un contexte où Québec ne sait pas combien de vaccins il recevra au cours des prochains mois ni non plus quels chemins pernicieux pourraient emprunter des variants du virus que le premier ministre doit décider de la suite des choses. Prions pour que son instinct soit robuste.

Il annoncera aujourd’hui selon toute vraisemblance une reprise partielle des activités commerciales pour redonner aux commerçants un peu de cet « oxygène » perdu au gré des mois. Enfin ! La reprise d’une partie de l’activité économique donne elle aussi un reflet concret à une forme de normalité. Sans ce feu vert donné aux commerces, les faillites en cascade sont à nos portes, ce qui évidemment viendrait plomber une partie de l’économie en plus d’engendrer des mises à pied non souhaitables. Les commerces de petite et de moyenne taille ont montré dans les phases de confinement précédentes qu’ils étaient aptes à allier heures d’ouverture et respect des mesures sanitaires. Espérons toutefois que les centres commerciaux resteront encore sous le coup de certaines restrictions, car le magasinage des Fêtes de hordes d’acheteurs pressés demeure un souvenir pénible.

Dans ses confessions de la fin de semaine, François Legault pose toutefois une douloureuse question qui ne vient pas faciliter sa tâche de décideur : « Combien de temps encore les Québécois vont-ils être capables d’endurer les restrictions sanitaires ? » Cette interrogation est lourde de sens, et elle tombe à point nommé. Partout où on pose une certaine attention, les signes de découragement et de lassitude ne manquent pas. Le spleen n’est plus un mal qui affecte ici et là quelques âmes esseulées, mais il touche une large portion de la population. Combien de temps le Québec tiendra-t-il encore ?

Dans une lettre ouverte publiée récemment dans La Presse, les dirigeants du Collège des médecins préviennent qu’« une pandémie peut en cacher une autre ». En première ligne, des soignants tombent au combat. Souvent cordonniers mal chaussés lorsque vient le temps de demander de l’aide, des soignants succombent à une vague d’impuissance. La belle énergie des premiers mois de la pandémie, ayant entraîné dans son sillage des gestes de solidarité, des bouffées de créativité, des trésors d’inventivité pour pallier les effets néfastes d’un train de mesures sanitaires, a cédé le pas à un désespoir crasse. Qui aurait cru que, presque un an après la première salve pandémique en sol québécois, on en serait encore à calculer ses sorties de fin de journée en fonction d’un couvre-feu ?

Une dernière étude de l’INSPQ montre que cette mesure draconienne qui a plombé le moral des Québécois contribue toutefois, avec d’autres mesures, à l’aplanissement de cette courbe sur laquelle les yeux du Québec sont rivés. Prolonger le couvre-feu jusqu’à ce qu’il ait permis de produire les effets combinés d’une baisse des hospitalisations et des présences aux soins intensifs est une bonne idée, mais en faire une mesure destinée seulement à des régions jugées plus rouges que d’autres ne pourrait que créer le chaos.

Dans le réseau scolaire primaire et secondaire, un des rares pans de la vie en société que le gouvernement a cherché à préserver d’une fermeture complète, les prochains mois seront ceux de la vérité sur les effets concrets des ruptures de service et de l’enseignement à distance. Dans l’agenda parlementaire, un bilan de la réussite éducative doit être au menu. En enseignement supérieur, la recherche de formules hybrides permettant des présences ponctuelles en classe doit être envisagée sérieusement par les dirigeants des établissements, car les jeunes montrent des signaux de détresse et de désintéressement sévères. L’équilibre fin que le gouvernement doit manœuvrer au cours des prochaines semaines sera déterminant : insuffler de l’espoir à la hauteur des résultats observés, sans bercer le Québec d’illusions.

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