Ottawa doit sortir de sa léthargie

Dix mois après le déclenchement de l’urgence sanitaire, le gouvernement Trudeau n’a toujours pas accouché d’un plan de sauvetage des transporteurs aériens, mais aussi du secteur de l’aérospatiale.

Pendant ce temps, les vols sont autorisés, mais Justin Trudeau s’évertue à décourager les voyageurs de prendre l’avion. D’une part, on incite les compagnies aériennes à reprendre leurs activités pour ainsi tenter d’éviter le crash financier et d’autre part, on fait la leçon aux citoyens qui n’ont pas de bonnes raisons de voyager. Les transporteurs, qui brûlent leurs liquidités depuis le début de la pandémie, agissent par instinct de survie en multipliant les efforts pour attirer des clients peu soucieux des risques sanitaires. Ottawa tient un double langage, ce qui en soi n’est pas une nouveauté, mais plutôt un atavisme.

En lui prêtant des intentions machiavéliques, on pourrait croire que le gouvernement Trudeau poursuit une savante stratégie visant à affamer les acteurs de l’industrie de façon à leur imposer plus facilement les mesures qui leur seraient éventuellement réservées. Mais il ne faudrait pas confondre stratégie et incurie.

Dès le mois de juin, la France, l’Allemagne et les États-Unis ont annoncé des plans de sauvetage destinés spécifiquement à leur industrie aérienne, des plans qui totalisent plus 30 milliards de dollars canadiens.

On allègue qu’avant que l’état d’urgence sanitaire ne soit décrété, les transporteurs canadiens affichaient un bien meilleur bilan que leurs principaux compétiteurs étrangers. Or une partie de cette santé financière vient des billets qu’ils n’ont pu honorer et qu’ils n’ont pas remboursés à leurs clients. Tandis que les compagnies aériennes européennes et américaines ont remboursé leurs clients, les transporteurs canadiens, à l’exception de WestJet, ont refusé de délier leurs goussets, prétextant que, ce faisant, ils menaceraient leur survie. Compte tenu de l’inaction du gouvernement fédéral, on ne peut les contredire. Pour Air Canada, c’est une somme de 2,6 milliards, appartenant à ses clients, que la compagnie a gardée dans ses coffres. Cautionnée par Ottawa, l’arnaque sur le strict point de vue du droit fait république de bananes.

La semaine dernière, Air Canada a annoncé qu’elle réduisait d’un autre cran ses activités, abolissant d’autres liaisons régionales et mettant à pied 1700 employés de plus, pour porter le total à 20 000 personnes, soit près de la moitié de ses effectifs. À Air Transat, qui, soit dit en passant, fait l’objet d’une offre d’achat de la part d’Air Canada, le portrait est pire : ses revenus ont chuté de 90 % et elle a perdu près de 500 millions de dollars lors de son dernier exercice clos le 31 octobre dernier. En fait, sans un apport d’un demi-milliard cette année, la compagnie ne pourra tout simplement pas poursuivre ses activités.

Plein de bonne volonté, l’ex-ministre des Transports, Marc Garneau, passant de la langue de bois à la langue de coton, s’est désolé pendant des mois pour les voyageurs et les transporteurs, sans apporter toutefois ne serait-ce que l’ombre d’une solution. La semaine dernière, pour remplacer Marc Garneau qui a abouti aux Affaires étrangères, Justin Trudeau a nommé son adjoint parlementaire, Omar Alghara, qui n’a aucune compétence en matière de transport.

De toute façon, c’est à la ministre des Finances, Chrystia Freeland, et à ses mandarins que revient la responsabilité de concevoir le plan de sauvetage tant attendu. Si son prédécesseur, Bill Morneau, a choisi de ne pas intervenir, il semble que la nouvelle ministre soit d’un autre avis.

En décembre, le gouvernement Trudeau a nommé, à titre de sous-ministre aux Finances, l’ancien président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, qui assumait depuis avril la présidence du conseil d’administration de la Banque de l’infrastructure du Canada. À ce poste, il coordonnera le plan fédéral de relance économique, doté de 100 milliards de dollars répartis sur trois ans. Mais auparavant, il aura pour tâche de redresser l’industrie du transport aérien, mais aussi — cela s’impose — le secteur de l’aérospatiale.

Au pays, le transport aérien régional est en perdition. Quant aux dessertes internationales, les grands transporteurs comme Air Canada et WestJet sortent affaiblis de la pandémie. Même si, contrairement à Air Transat, ils disposent encore de liquidités, ils devront affronter des concurrents qui, eux, ont été soutenus par leur État. Il est plus que temps que le gouvernement Trudeau sorte de sa léthargie.

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