En finir avec Trump!

Donald Trump ne peut pas ne pas être sévèrement sanctionné pour ce qu’il a fait. Et pourtant, la plupart des républicains, fuyant leurs responsabilités par absence de courage politique ou par souci de gains électoraux, continuent de l’épargner dans une stupéfiante (quasi-)unanimité, en dépit de ses appels à l’insurrection et au renversement de l’élection de Joe Biden. En fait, plusieurs élus républicains ne sont pas moins coupables que lui et mériteraient eux aussi d’en payer le prix.

Mercredi dernier, le spectacle ahurissant d’émeutiers prenant d’assaut le siège du Congrès a choqué le monde. La semaine écoulée depuis a permis de prendre la mesure, au-delà des seuls propos incendiaires de M. Trump, d’effrayantes collusions républicaines et du caractère organisé, réfléchi, prémédité et non anecdotique de ce qui s’est passé.

L’œuvre macabre de la présidence Trump aura été de légitimer d’une part et de coaliser de l’autre la nébuleuse des organisations et des idées d’extrême droite. Avec le résultat que, outre le fait qu’une large majorité d’électeurs républicains croit dur comme fer au mensonge de la présidentielle « volée », pas moins de 45 % d’entre eux, selon un sondage YouGov mené à chaud, ont approuvé l’attaque des partisans de Trump contre le Capitole !

Avec le résultat que c’est à visage découvert que des centaines de partisans suprémacistes se sont rués sur le Congrès — ceux facilement identifiables appartenant aux Proud Boys et ceux aussi, entre autres, des Oath Keepers, une milice vouée au déclenchement d’une seconde guerre civile ; ceux encore d’un groupe antigouvernemental appelé Boogaloo Bois, qui a été mêlé au projet de kidnapping, éventé en octobre dernier par le FBI, de la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer. Plusieurs étaient des manifestations suprémacistes de Charlottesville, en 2017, celles qui nous ont pour ainsi dire fait prendre conscience du monstre que Trump avait réveillé. Toutes ces organisations ont aggloméré leur action sur les réseaux sociaux autour de plateformes dont Parler est l’une des plus populaires.

M. Trump aura permis que la classe politique américaine redevienne par d’inquiétants côtés ce qu’elle était il y a plus d’un siècle, à l’époque où les rangs des élus étaient librement investis par des membres du Ku Klux Klan. Proche de la mouvance conspirationniste QAnon, la nouvelle représentante Marjorie Taylor Greene (Géorgie) en est l’exemple le plus frappant. Et c’est ainsi que des élus républicains de la Chambre des représentants — Mo Brooks (Alabama), Paul Gosar et Andy Biggs (Arizona) — auraient activement collaboré avec un dénommé Ali Alexander, leader d’extrême droite, à l’organisation des manifestations « Stop the Steal » de mercredi dernier. C’est dire encore une fois qu’il ne suffira malheureusement pas d’en finir avec Trump pour en finir avec le trumpisme.

Privé de Twitter, M. Trump a finalement rouvert la bouche mardi pour affirmer, avant de partir pour le Texas où il s’en allait rameuter sa base, que son discours du 6 janvier aux manifestants était « totalement approprié », le disant sur ce ton d’impunité que la complaisance républicaine à son égard lui permet d’afficher depuis quatre ans. Une complaisance qui s’inscrit au fond dans ce qu’est devenu le parti depuis au moins 20 ans, à savoir une organisation qui prend le pouvoir à l’aide de procédés antidémocratiques — par suppression de votes et « gerrymandering », entre autres moyens.

La Chambre des représentants à majorité démocrate devait voter mardi une résolution demandant à l’obséquieux vice-président Mike Pence d’évoquer le 25e amendement de la Constitution, lequel permet de démettre un président de ses fonctions. Ça n’arrivera pas.

Il est attendu, en revanche, que la Chambre votera mercredi la mise en accusation du président, ce qui fera de lui le premier président américain à faire l’objet, symbole fort, de deux procédures de destitution — ce dont il profitera, évidemment, pour se victimiser. Quelle que soit la façon dont se dessinera la suite des choses au Sénat, il ne faut surtout pas que ce crime politique reste impuni, comme l’ont été — le parallèle étant impossible à ne pas faire — ceux du Sud esclavagiste à l’issue de la guerre de Sécession, ouvrant la voie à cent ans de politiques ségrégationnistes. Trump a allumé le feu d’une régression sociale. Par-dessus la pandémie, le climat dans lequel M. Biden sera assermenté président mercredi prochain sera tout sauf ordonné — dans les rues comme dans la conscience nationale.

 
 

Une version précédente de cet éditorial, qui identifiait erronément la ville de Virginie où ont eu lieu des manifestations suprémacistes en 2017, a été modifiée.

43 commentaires
  • Robert Morin - Abonné 13 janvier 2021 07 h 31

    Le narcissisme étasunien

    Plus je regarde ce qui se passe chez nos voisins du Sud, plus je me dis qu'ils font tout ce qu'ils peuvent pour être le centre d'intérêt mondial, pour occuper toute la place dans l'actualité, les médias et les écrans numériques, bref pour qu'on les «like» et qu'on les «suive». Serait-il possible qu'une nation entière soit atteinte du même syndrome narcissique que son faux président? À voir les émeutiers du Capitole se prendre systématiquement en autoportraits tout au long de l'assaut, on comprend que ce que ces personnes dérangées recherchaient avant tout, c'est une sorte de célébrité éphémère dans les réseaux sociaux. Bon nombre d'entre elles et d'entre eux se sont sentis comme des super héros ce jour-là, comme de nouveaux «influenceurs» investis d'une «mission» dont ils comprennent à peine les enjeux, comme les vedettes manipulées d'une téléréalité malsaine.
    La pandémie a en effet aussi apporté cette nouvelle tendance toxique qui consiste à voir la VRAIE VIE (que certains réduisent dorénavant à l'affreux terme péjoratif de «présentiel») comme une simple modalité, une sous-catégorie de la vie en virtuel sur les écrans numériques. Malheureusement pour l'humanité et pour la diversité culturelle, la monoculture des GAFAM fait en sorte que, pour utiliser une phrase vide bien à la mode, mais si utile pour tenter de justifier l'injustifiable folie du «paraître» : «On est rendus là!».
    Il va falloir trouver rapidement une thérapie à cette dérive, car elle nous mène déjà à des débordements non maîtrisables et à de sérieuses psychoses collectives.

    • Bernard Terreault - Abonné 13 janvier 2021 09 h 44

      Narcisssisme des ÉU? Normal! Les Romains de l'époque impériale, les Chinois de l'Empire du Milieu, les Espagnols et les Anglais du temps de leurs Empires, se sont crus pour des siècles, Napoléon, Hitler, Staline pour une décennie, maîtres et modèles du Monde.

    • Nadia Alexan - Abonnée 13 janvier 2021 10 h 55

      En effet, le Trumpisme est le résultat de décennies d'oppression du bon peuple au nom d'une poignée d'oligarques. On récolte ce que l'on sème. La politique américaine depuis l'accession de Reagan au pouvoir a supprimé les syndicats, réduit les impôts pour les riches et les grandes entreprises, augmenté les écarts et les inégalités, en fin, selon Reagan: «le gouvernement est le problème, pas la solution.» Donc, les républicains ont pratiqué «le socialisme pour les riches, et le capitalisme pour les pauvres. Une idéologie basée sur les mensonges pour favoriser les milliardaires au dépend de la majorité.

  • Pierre Rousseau - Abonné 13 janvier 2021 07 h 47

    Trump n'a rien inventé

    Le président Trump n'a pas allumé le feu d'une régression sociale, il a surfé sur un feu qui était déjà bien allumé et y a ajouté de l'huile. Le fascisme est bien vivant aux ÉU depuis fort longtemps et la différence c'est qu'il s'est retrouvé au pouvoir. Il prend de l'expansion depuis quelques décennies à partir du Tea Party et est devenu « mainstream ». Où cela va-t-il les mener ? À lire le livre « La servante écarlate » de Margaret Atwood, ça pourrait donner une réponse !

    • Bernard Plante - Abonné 13 janvier 2021 09 h 51

      Effectivement Trump n'a rien inventé. Pour le comprendre, à visionner sur TV5: "La fabrique du mensonge" (https://www.tv5unis.ca/la-fabrique-du-mensonge/saisons/2020).

      L'épisode sur le Brésil permet de voir à quel point la mécanique qui soutient la montée Bolsonaro est la même que celle utilisée par Trump aux États-Unis. Des usines de fabrication de mensonges à grande échelle sont à la base de ce que nous voyons apparaître sous nos yeux aujourd'hui.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 janvier 2021 11 h 28

      M. Rousseau, depuis 1980, les États-Unis cherchent une voie pour assurer leur hégémonie. L’ère Reagan-Bush-père s’y est investi jusqu’à la chute du mur de Berlin. L'ère Clinton modela alors l’économie américaine pour tirer avantage de la mondialisation.

      Cette ère modifia les assises économiques de États-Unis de l’après-Deuxième Guerre mondiale. En revoyant ses ancrages internationaux, elle suscita des réactions mondiales qui ont eu pour incidences le renforcement militaire sur la scène internationale sous Bush-fils et les attaques des Tours en 2001.

      L’ère Obama eut une approche internationale moins belliqueuse et, à l’interne, des changements sociaux qui irritèrent les habitants du centre, des entreprises dirigées par des républicains et des riches Américains.

      L’élection de Trump en 2016 s’explique en grande partie par le rejet des vues démocrates de Mme Clinton. Ce président entreprit de renforcer le nationalisme américain et de faire revivre la présence américaine de l’après guerre de 1945 basée sur les ententes de Yalta.

      Ce président s’est construit en affaire en un gagnant qui refuse la défaite et en spécialiste des communications télévisuelles. Il a modelé ainsi sa présidence et s’investit à rétablir les liens entre le monde des affaires, ses intellectuels organiques et un monde du travail exclu du pouvoir d’antan.

      Le 6 janvier révéla son rejet de l’échec que sa capacité mobilisatrice d’Américains en tenant un discours de victime qui a moins rejoint le monde des affaires et des élus républicains. Que se passera-t-il avant et après le 20 janvier 2021 ?

      Il est probable qu’il y ait des faits d’armes et une riposte militaire d’ici le 20. Après, l’ex-président paraîtra isolé au parti républicain. Comme il sera objet de procès, ses choix seront l’exil, la création d’un parti ou d’une antenne pour poursuivre sa lancée. Demeureront par contre des tensions majeures aux États-Unis parce que ce pays a perdu son aura le 6 janvier.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 janvier 2021 14 h 36

      M. Bariteau, votre commentaire est très intéressant!

      Ce qui me frappe: la réaction des gens du monde des affaires et de l'économie. Cela en dit beaucoup. Mais où étaient des gens-là il y a 6 mois?

      Je blâme SURTOUT tous ces représentants et sénateurs républicains ayant supporté un tel président. Au dernier décompte, plus de 28 000 mensonges en 4 ans. Surtout ceux qui ont refusé de reconnaître les résultats électoraux mercredi passé.

      C'est très préoccupant dans cette période de pandémie où les emplois disparaissent à vue et où des tas d'entreprises vont faire faillite. Dans ce désordre politique et économique, tout peut arriver!

  • Michel Lebel - Abonné 13 janvier 2021 07 h 55

    Décadence!

    Honte aux élus républicains qui ont appuyé Trump pendant quatre ans et qui l'appuient toujours. Qui peut nier maintenant que les États-Unis connaissent une grande décadence? Quand le mensonge et l'argent sont aussi dominants dans un pays, celui-ci ne peut connaître que de sérieux problèmes. Et ce n'est pas Dieu qui va le sortir de ce merdier!! Pauvres États-Unis que j'aime en dépit de tout.

    M.L.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 janvier 2021 08 h 11

      "Et ce n'est pas Dieu qui va le sortir de ce merdier!"

      La majorité des évangéliques américains ont appuyé ceh homme au comportement aux antipodes des valeurs évangéliques.

      On a vu un évêque catholique apputer ouvertement les théories complotistes trumpises et QAnonistes.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 13 janvier 2021 09 h 21

      "Et ce n'est pas Dieu qui va les sortir de ce merdier!!" Malheureusement, celui que plusieurs prennent pour Dieu, en l'occurrence Donald, les y a déjà bien enfoncés...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 janvier 2021 09 h 47

      "Et ce N'est pas Dieu qui va le sortir de ce merdier".

      "À travers les drapeaux « Texas for Trump », « Women for Trump » ou encore du mouvement Blue Lives Matter — soutenant les policiers —, Arnaldo Garza retournait en fin d’après-midi à sa voiture avec ses amis. « Je vais continuer à le soutenir. Il suit la Bible plus que tout autre président. C’est pour ça que je l’aime. »
      https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/593216/le-devoir-aux-etats-unis-un-dernier-pelerinage-pour-donald-trump

    • Louise Melançon - Abonnée 13 janvier 2021 11 h 16

      Vous êtes très vertueux de continuer de les aimer.... Je ne réussia pas cela.. encore....

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 janvier 2021 14 h 00

      Chez ces religieux évangéliques, « les bottines ne suivent pas les babines! ». Ils appuient un homme au comportement immoral, un escroc au comportement grossier et trop souvent vulgaire; un homme qui a couché avec des tas de femmes. Maisl il a nommé une juge conservatrice à la Cour suprême; il a déménagé l’ambassade à Jérusalem. Un menteur professionnel!

      Moi, je dis que ces gens *religieux » sont sincères une heure par semaine; pis le reste de la semaine, « au diable le reste! »
      Il faut donner à Trump le génie d’avoir su embarquer ces gens illogiques dans sa stratégie.L’idiot ce n’est pas lui; mais le religieux qui appue honteusement un homme qui ne pratique pas les valeurs de la Bible.

      Et quel mauvais exemple pour la jeunesse!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 13 janvier 2021 14 h 23

      Me Lebel,vous aimez les Etats-Unis malgré tout de la façon que vous aimez Ottawa et vous n'aimez pas vraiment vos compatiotes

      les Québécois malgré tout. Etrange !

      Je n'ajoute rien,je ne jette pas d'huile sur le feu....

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 13 janvier 2021 08 h 33

    On ne sait trop d'où et comment la balle est arrivée??

    Donald Trump,sur son terrain de golf en Floride,vêtu d'un bermuda étoilé au drapeau américain,terminait un
    parcours décevant,gêné qu'il aura été par un inhabituel amoncellement de nuages grisâtres l'accompagnant
    jusqu'au 18 ième trou.Il en était à son sixième coup d'une normale quatre quand une balle de golf étrangère,
    comme venue insidieusement de nulle part,l'atteignit drette dans son large front!!L'encore président des
    U.S.A vaçilla d'abord,puis s'écroula mollement,quasiment au ralenti,mais spectaculairement tout de même!
    Pas de chance,le bois de son bâton se coinça dans le tout dernier trou et le manche fracassa son partiel avant de l'éperonner jusqu'au fond de la gorge comme un maquereau à braiser.Il mourrut à genoux aux pieds de ses
    trois caddys accourrus et impuissants à lui sauver la face!
    Tiger Wood aura été interrogé;au moment des faits,il avait un alibi...mais pas son fils.

    • Christian Roy - Abonné 13 janvier 2021 16 h 56

      En parlant du fils de Tiger... c'est tout un joueur de golf pour son âge... pas de farce.

  • Cyril Dionne - Abonné 13 janvier 2021 09 h 21

    Questions rhétoriques

    Quelques questions seulement.

    Depuis quand l’extrême droite compte plus de 75 millions d’électeurs aux États-Unis?

    Est-ce que cela sous-entend que tous ceux qui ont voté pour Donald Trump et qui l’ont fait en connaissance de cause en connaissant ses frasques et ses propos souvent disgracieux, sont tous des racistes?

    Est-ce que tout cela et de loin, dépasse Trump?

    Est-ce que les États-Unis, qui sont depuis leur existence une coalition d’états, forment-ils véritablement un pays? Des mauvaises langues disent qu'il y a autant de pays aux États-Unis qu'il y a d'états.

    Les USA, qui ont connu deux guerres civiles en commençant par la guerre d’indépendance, forment-ils véritablement un peuple qui partage les même affinités et valeurs communes?

    • Christian Roy - Abonné 13 janvier 2021 16 h 58

      @ M. Dionne,

      Ils partagent en tout cas le même billet de banque.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 janvier 2021 17 h 34

      Tout comme pour les Québécois avec le dollar canadien. Plusieurs préféraient avoir le dollar américain ou mieux, leur propre monnaie. Le dollar canadien ne vaut pas grand chose ces temps-ci.