Les vrais progrès restent à venir

Ce devait être l’année de la mise en œuvre de la grande réforme caquiste en immigration, mais la pandémie en a décidé autrement. Avec la fermeture quasi complète des frontières ainsi que des bureaux d’immigration à l’étranger, il est difficile de sélectionner les candidats et de les accueillir au Québec. Il faudra attendre à plus tard pour savoir si le nouveau programme Arrima de sélection des nouveaux arrivants, si l’effort de régionalisation de l’immigration et si les investissements accrus en francisation pourront porter leurs fruits.

Il est aussi impossible pour l’heure d’évaluer l’impact du resserrement des critères du Programme de l’expérience québécoise, cette voie rapide réservée aux travailleurs temporaires et aux étudiants étrangers pour obtenir un certificat de sélection du Québec, puis leur statut de résident permanent.

Depuis le début de la pandémie — et même avant puisque le programme n’était pas rodé —, Arrima n’a permis de sélectionner que bien peu de candidats. Ce programme repose sur le dépôt par les candidats d’une déclaration d’intérêt, suivie, le cas échéant, d’une invitation transmise par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). En juin, celui-ci a invité 7 personnes, puis en septembre et en décembre 365 et 233 personnes respectivement. On doit comprendre que tous ces candidats à l’immigration étaient déjà au Québec, et certains d’entre eux détenaient une offre d’emploi validée. C’est une très faible proportion des 20 100 travailleurs qualifiés que Québec entendait sélectionner en 2020. C’est une preuve de plus qu’Arrima connaît un enfantement difficile, que la pandémie n’a fait que prolonger.

L’année devait être celle du rehaussement massif de l’offre en francisation. Pour ce faire, le MIFI a pu compter sur un budget augmenté de 146 millions, ce qui comprend des mesures pour soutenir l’intégration des nouveaux arrivants, notamment le Programme d’appui aux collectivités, qui permet aux municipalités en région et à des groupes communautaires de mieux accueillir les familles immigrantes.

Les cours de francisation sont désormais offerts aux travailleurs étrangers temporaires et aux immigrants établis au Québec depuis plus de cinq ans. Les inscriptions ont augmenté, et une aide financière accrue, tout comme la prise en charge des frais de garde, a contribué à ce résultat. En revanche, la pandémie a forcé la tenue de ces cours à distance, ce qui a rendu l’apprentissage plus ardu et moins efficace. Il est évident que les cours en personne donnent de bien meilleurs résultats, tant pour la connaissance du français que pour l’intégration.

Le gouvernement Legault s’est engagé à corriger une injustice qui perdure à l’égard des nouveaux arrivants, c’est-à-dire les barrières, dont certaines sont carrément corporatistes, qui entravent la reconnaissance de leurs diplômes et de leurs compétences par les ordres professionnels. C’est une des recommandations du Groupe d’action sur le racisme auquel a participé la ministre de l’Immigration, Nadine Girault. Cela fait plus d’une décennie qu’on parle de remédier à cette situation inique, qui cause un gaspillage de talents dont, pourtant, le Québec a besoin.

D’aucuns soupçonnent le gouvernement caquiste de vouloir serrer la vis aux immigrants. Ce serait plutôt le contraire : plusieurs des mesures qu’il a mises en place leur facilitent la vie et leur permettront — du moins c’est l’objectif visé — d’occuper de meilleurs emplois correspondant davantage à leurs aspirations. Le laisser-faire du gouvernement libéral, notamment en matière de francisation, avait nui à nombre d’entre eux.

L’été dernier, François Legault acceptait qu’on accueille comme immigrants les réfugiés en attente de statut qui se sont dévoués au printemps dans les CHSLD à titre de préposés aux bénéficiaires. C’est un bon geste qui, de toute façon, ne remet pas en cause le système canadien d’immigration. Or le premier ministre refuse maintenant, après avoir ouvert la porte, d’étendre cette mesure bienveillante à tous les réfugiés qui ont travaillé dans les CHSLD — préposés à l’entretien, concierges ou aides-cuisiniers. Il appréhende un effet d’entraînement ? C’est une crainte injustifiée.

En se montrant magnanimes, François Legault et la ministre confirmeraient — à peu de frais puisqu’il ne peut s’agir d’un nombre démesuré d’individus — que leur gouvernement a à cœur de traiter les nouveaux arrivants avec égard et humanité. C’est une bien meilleure politique que cette indifférence, qui peut passer pour de la mesquinerie envers des hommes et des femmes parmi les plus mal pris.

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