Passer à la vitesse grand V

D’ici la fin de la nouvelle période de confinement, c’est-à-dire le 8 février prochain, tous les résidents ainsi que le personnel soignant des CHSLD seront vaccinés, du moins ceux qui accepteront de se faire vacciner, promet le gouvernement Legault qui y voit une importante étape.

Il faudra toutefois attendre fin février pour que tous les professionnels de la santé du réseau reçoivent leur dose du vaccin et que les locataires des résidences privées de personnes âgées (RPA) l’obtiennent aussi. C’est un échéancier raccourci de plusieurs semaines par rapport à celui rendu public au début de décembre.

Cette performance ne tombe pas du ciel. C’est qu’au lieu de garder, comme Pfizer-BioNTech l’exigeait au départ, les deuxièmes doses du vaccin pour les administrer 21 jours après les premières — la posologie du vaccin de Moderna comporte aussi deux doses successives —, on les inocule à d’autres personnes. C’est une façon de multiplier les pains, mais comme le ministre Christian Dubé n’est pas Jésus, c’est aussi tricher un peu.

Selon la Direction de la santé publique, le jeu en vaut la chandelle. La première dose du vaccin permet d’atteindre une efficacité à court terme de près de 90 %. La deuxième dose permet de faire grimper ce chiffre à 95 % et assurerait une immunité à plus long terme. Le report de la deuxième dose fait débat dans les milieux scientifiques. Mais le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, dispose d’un argument massue : vacciner d’ici la fin février plus de gens vulnérables permettra de sauver de nombreuses vies. Cette stratégie de la dose unique est maintenant adoptée par le Royaume-Uni, la France et le Danemark et par les autres provinces canadiennes. Le Québec ne fait donc pas bande à part.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l’injection de la deuxième dose peut attendre mais pas plus de six semaines. Au Québec, les résidents et le personnel des CHSLD attendront entre sept et neuf semaines avant d’obtenir la deuxième dose, selon l’échéancier actuel.

Mais au lieu des 650 000 personnes qui seront vaccinées d’ici le 31 mars comme on le prévoyait, c’est plus de 900 000 Québécois qui seront protégés.

C’est à la fin décembre que le gouvernement Legault a changé de stratégie et il s’est retrouvé avec un stock de vaccins à écouler rapidement. De 2500 doses administrées lundi, on est passé à un peu plus de 6000 mardi, à près de 10 000 mercredi et à 14 000 jeudi. La cadence de vaccination a maintenant dépassé la capacité du gouvernement fédéral de fournir les vaccins.

Certes, certaines provinces ont mis un certain temps avant de mettre en place la logistique de vaccination, qui s’avère plus complexe pour le vaccin de Pfizer-BioNTech.

Justin Trudeau peut bien critiquer la lenteur avec laquelle les provinces procèdent à la vaccination, mais c’est bientôt vers Ottawa que les yeux se tourneront. D’ailleurs, le premier ministre canadien a cherché à calmer le jeu vendredi. Tant François Legault que Doug Ford réclament davantage de doses. Au 31 mars prochain, le Québec en aura reçu 1,3 million, mais ce sont plusieurs millions de doses de plus dont il aura besoin au printemps pour protéger les personnes âgées de 65 ans et plus, jugés plus à risque.

Justin Trudeau a promis que les provinces disposeront d’ici septembre de tous les vaccins nécessaires pour inoculer l’ensemble de leur population. Pour le Québec, cela représente près de 11 millions de doses à recevoir en cinq mois à compter d’avril, soit près de sept fois plus que le rythme mensuel actuel. C’est toute une commande pour le gouvernement fédéral.

14 commentaires
  • Simon Grenier - Abonné 9 janvier 2021 07 h 10

    Ce que j'ai appris en 10 ans de travail à gérer des ordonnances de chimiothérapie, c'est qu'il n'est jamais favorable d'utiliser la médication en-dehors de ce qui a été testé plusieurs dizaines de milliers de fois et de plutôt opter pour faire ses propres expériences. J'ose penser que lorsqu'on fait de même à l'échelle de 900 000 personnes plutôt qu'une seule, cette observation s'applique toujours.

    Surtout quand on agit ainsi pour éviter de prendre ses responsabilités ailleurs (dépistage, traçage, faire respecter les consignes). Encore une fois, le "pragmatisme" prend le bord.

  • Pierre Labelle - Abonné 9 janvier 2021 08 h 06

    Les babines et les bottines!

    Justin et ses babines, accompagné de ses éternels "E" après chaque mot, aura-t'il les bottines pour livrer ce que ses babines nous disent?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 janvier 2021 09 h 02

    Le fiasco assuré de la campagne de vaccination au Québec

    Si tout va bien — c'est-à-dire si on manque ni de vaccins ni de personnes pour l'administrer — la Santé publique prévoit que 900 000 Québécois auront reçu une des deux doses de vaccin dans trois mois.

    Pour atteindre l'immunité grégaire, au moins 70% de la population québécoise doit être immunisé (et non seulement vacciné). La nuance, c'est que l'effet de la vaccination doit encore être présent de manière importante chez ceux qui auront reçu le vaccin.

    Or quelle est la durée de la protection des vaccins anti-covid ? On ne le sais pas. Les experts américains l'estiment à huit mois.

    Au rythme de 900 000 vaccinés en trois mois, on devrait avoir vacciné 6 millions de Québécois (70% de la population) en vingt mois, soit un peu moins de deux ans.

    Ce qui veut dire qu'à la fin de la campagne de vaccination, 3,6 des 6 millions de vaccinés ne seront plus immunisés depuis longtemps. Au bout de vingt mois, la pandémie continuera de faire des victimes parmi les 3,6 millions de vaccinés dont l'immunité aura disparue, auxquels s'ajouteront les 2 millions de Québécois qui n'auront pas encore été vaccinés en raison de la lenteur de la campagne de vaccination, soit 5,6 millions de personnes (70% de la population québécoise).

    Car toute campagne de vaccination qui dure plus longtemps que la durée de protection du vaccin est perpétuellement à recommencer.

    Bref, avec une certitude absolue, on peut déjà prédire que la campagne de vaccination au Québec sera un fiasco comme tout ce qu'ont entrepris jusqu'ici ceux qui dirigent la lutte sanitaire contre la pandémie au Québec.

    • Serge Pelletier - Abonné 9 janvier 2021 17 h 43

      Hé oui, M. Martel nous avons des bonimenteurs au GV-Q-Legault. Ils mentent effrontément à la population, et à force de répéter les mêmes mensonges, ils finissent eux-mêmes par les croire véridiques. Et quand cela "branle de manche", ils traitent les "porteurs d'ombre" de menteurs... et font toujours porter les manques sur tout le monde et toutes les bébelles possibles...

    • Louise Saint-Pierre - Abonnée 10 janvier 2021 12 h 24

      Quelle est votre sollution, Messieurs?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 janvier 2021 14 h 29

      Mme Saint-Pierre, les mesures que je prendrais sont les suivantes :
      - confier la lutte sanitaire à des dirigeants qui s'appuient directement sur la science et non sur l'interprétation qu'en font des institutions lourdes, lentes et technocratiques comme l'OSM,
      - faire adopter dans les plus brefs délais une règlement de délégation d'actes qui autorise de simples préposés - formés rapidement mais adéquatement - à procéder à la vaccination (plutôt que des professionnels de la santé plus utiles ailleurs),
      - passer des contrats d'approvisionnement directement auprès des fabricants de vaccins plutôt que de dépendre du fédéral,
      - embaucher un nombre de préposés permettant de vacciner six millions de Québécois (70% de la population du Québec) en moins d'un mois,
      - une fois cela fait, tester toute la population du Québec aux 15 jours pendant 45 jours à la recherche des foyers d'infection résiduels (la Slovaquie a testé toute sa population en deux jours),
      - pour ces dépistages généralisés, utiliser des tests dont les résultats sont connus en 15 minutes (mais dont la fiabilité est de l'ordre de 75%, d'où les trois campagnes de dépistage dont je viens de parler),
      - confier la recherche de contacts à une armée de 8,500 personnes (mille par million d'habitants) au lieu de 750 personnes comme actuellement,
      - louer des hôtels complets pour loger les personnes en quarantaine obligatoire et les y nourrir gratuitement à partir du menu de l'hôtel, vin compris (raisonnablement),
      - mettre en quarantaine tous les voyageurs qui entrent au Québec et ne libérer le lendemain que ceux dont la charge virale aura été démontrée nulle d'après de vrais tests de laboratoire (beaucoup plus fiables que les tests en 15 minutes).

      Au 1er novembre, le Québec était _au troisième rang mondial_ quant au nombre de morts par million d'habitants (derrière la Belgique et le Pérou). Il est temps de mettre fin à l'amateurisme et qu'on passe maintenant à la vitesse grand V, comme le dit si bien M. Dutrisac.

    • Simon Grenier - Abonné 10 janvier 2021 14 h 50

      Mme Saint-Pierre, la solution est évidente: il faut attendre d'avoir suffisamment de doses pour accélérer la cadence AVANT d'accélérer la cadence. Donc, prolonger - voire augmenter - les mesures recommandées par la Santé publique jusqu'à ce qu'on soit prêts.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 janvier 2021 14 h 51

      D'ici à ce que le virus soit éradiqué du territoire national, il n'y aurait plus aucune restriction autre que l'obligation de porter le masque et de respecter la distance sanitaire.

      Quant aux écoles, le dépistage généralisé (aux 15 jours) s'opèrerait dès maintenant, sans attendre la fin du mois consacré à la vaccination généralisée. Chaque classe serait dotée d'un purificateur HEPA portatif placé au centre de la classe; les élèves seraient disposés de manière à ce qu'aucun élève ne soit traversé par le nuage de gouttelettes respiratoires émanant d'un autre élève.

  • Benoit Samson - Abonné 9 janvier 2021 11 h 30

    Improvisation dangereuse frisant l'ignorance crasse

    Les études sur l'efficacité des vaccins ont suivi des protocoles stricts de recherche et les conclusions de ces études scientifiques indiquent les doses et séquences requises entre ces doses pour que les vaccins aient les résultats espérés.
    Improviser maintenant sur une variation des doses et séquences de vaccination relève de l'incompétence crasse, peut importe combien de comités gouvernementaux en arrivent à cette conclusioin qui aura l'heure de plaire aux politiciens populistes, pris en flagrant délit d'imcompétence dans leur gestion de cette crise sanitaire depuis le tout début.
    Il serait plus prudent pour le gouvernement du Québec de se fier aux compétences du Dr. Anthony Fauci plutôt que de celles du Dr. Gaston De Serres qui l'invite à improviser dans la campagne de vaccination, sans base scientifique pour le faire.
    Le Dr. Fauci a clairement pris position contre cette approche. L'adopter pourrait être un autre épisode dans la gestion incompétente de cette crise par le gouverrnement. Malheureusement ce sera tentant pour le gouvernement de le faire, car advenant un fiasco à la suite de cette expérimentation imprudente, on criera sans hésitation; Haro sur le baudet,et le baudet sera le Dr. De Serres.

    • Serge Pelletier - Abonné 9 janvier 2021 18 h 08

      Exact. Généralement un microbes ou un virus succombe à un vaccin... Mais encore faut-il que le vaccin soit administré en doses, en séquences et non dillué pour en faire plus...
      La syphilis, le chlamydia, la gonorrhée, entre autres, en sont l'exemple flagrant... Pratiquement erradiés, elles refont un retour en force parce que "fin-finaux" ont décidé de passer outre aux recommandations d'injections optimales. Diliatations des doses, espacement des doses, etc. Les virus n'en demandaient pas autant dans la complaisance... Ils sont adaptés, se sont mutés... Et boum, le grand retour triomphe...
      C'est exactement ce qui risque fort de se produire avec ce virus...
      J'aimerais bien savoir qu'elle est l'effet d'attendre un deux semaines de plus avant d'avoir sa première dose... De toute manière, il ni a pas suffissament de doses pour couvrir tout le monde d'un coup... Pire qu'une fois vacciné avec la première dose séquentielle, cela ne signifie aucunement que la personne vaccinée est efficament protégée... et encore moins se passer d'un masque protecteur...
      Et que dire de la tracibilité du vaccin (une fois mélangé dans toutes sortes de biais d'injection) si un problème survient...

  • Dominique Lapointe - Inscrit 10 janvier 2021 03 h 22

    Improvisation ou imagination?

    Le niveau de confiance à l'endroit des autorités a baissé à un niveau critique qui nous amène aux chiffres que nous subissons actuellement. De là sans doute les dernières mesures plus coercitives, quand la persuasion fait défaut. Comme on peut lire ici, beaucoup de gens croient que la décision d'accélérer la vaccination avec les doses 2 n'est que le fruit de l'improvisation d'un directeur national de santé publique en mal de solution à la crise actuelle. Plusieurs experts ont fait une analyse minutieuse des risques/bénéfices d'une telle décision avant de la proposer au gouvernement. Si le Québec, d'autres provinces et pays ont fait de même, c'est que le contexte de crise change de jour en jour et que la hausse des courbes hors contrôle force les autorités à "imaginer“ des solutions inusitées. Il n'y a pas de livre pour la gestion de crise car s'il y avait un livre, il n'y aurait pas de crise. Les excellents papiers de Castonguay du Devoir sont d'ailleurs fort éloquents à cet égard.

    • Benoit Samson - Abonné 10 janvier 2021 13 h 02

      Madame Dominique (monsieur?) Lapointe présente un argument important et valable sur l'état sérieux de crise nécessitant de l'imagination pour régler la situation. Effectivement, plusieurs juridictions font présentement cet exercice pour accélérer la solution devenue de plus en plus urgente tous les jours même au prix de tataouinner avec les programmes et prescriptions de vaccinations établis selon les données scientifiques recueillies à date. On entend peu de suggestions créatives pour l'accélération des injections aux bras des patients.
      Même si les situations de crise peuvent parfois être à l'origine de solutions originales, elles peuvent aussi être à l'origine d'initiatives catastrophiques.
      Comme nous le rappelle le Dr. Anthony Fauci, la seule certitude que nous avons présentement à propos des vaccins est que l'orsqu'ils sont administrés avec les doses indiquées et répétés à des intervales précis qui ont été vérifés par les études scientifiques, ils sont efficaces à plus de 90%. Il ajoute que l'on a aussi la cerftitude de ne pas connaitre encore la durée de cette immunisation, en mois ou années.
      Tous les comités tentés de modifier les paramètres d'utilisation de ces vaccins déterminés par les études cliniques devraient considérer que ces modifictions empiriques, plutôt que scientifiques pourraient résulter en une perte de l'efficacité d'intensité inconnue, ou de la duration d'action du vaccin. Ces modifications pourraient favoriser l'apparition d'une quatrième vague à l'automne 2021 que nul ne voudrait voir arriver avec en bonus le gaspillage de millions de doses que la science nous avait démontré être efficaces si seulement on les avait employés tel que prescrites.
      C'est le risque que ces comités doivent peser avant de se tirer dans une aventure remplie de bonnes intentions mais qu'ils pourraient regretter comme la cigale de La Fontaine l'automne venue.

    • Simon Grenier - Abonné 10 janvier 2021 15 h 07

      Il n'y a effectivement pas de livres pour la gestion de crise mais la pharmacologie, elle, est solidement documentée. De tous les risques calculés à prendre, celui-ci est le moins indiqué, ne serait-ce que parce qu'on n'en connaît qu'un seul scénario: celui de la conformité aux paramètres testés plusieurs dizaines de milliers de fois.

      Considérant le nombre de doses disponibles, le gain potentiel à accélérer la vaccination maintenant est minime. Pour une question de 2 mois, il aurait été bien plus rassurant pour le bon peuple blotti dans ses chaumières de resserrer la vigilance autour des personnes vulnérables.

      Pas certain que la conversation actuelle fasse augmenter le taux d'adhésion aux consignes - bien au contraire. Quand le gouvernement décide de botcher ce qu'il a présenté comme la panacée et la solution infaillible, quel est le message? Pour plusieurs, ce sera assurément: "on nous a encore menti et remplis de boulechnoute pour faire passer la pilule, pcq Mononque et Mononque ont décidé que le petit peuple est trop crétin pour comprendre quoi que ce soit".

      Par ailleurs, le (ou les?) processus de décision du gouvernement et de la santé publique, depuis le début de la crise, est TRÈS ésotérique et ne correspond en rien - mais absolument rien - aux bonnes pratiques de gestion, peu importe le domaine. Même qu'on a tout fait jusqu'ici pour nous instiller de force l'impression qu'aucune décision n'est vraiment catholique, cachère, scientifique ou même raisonnée. Si on avait des résultats similaires à ceux de la Nouvelle-Zélande, il n'y aurait pas de problème. Mais woups, c'est pas le cas pantoute.

      Le fait que les communications entre les deux décideurs principaux soient ENCORE exclusivement verbales et qu'ils persistent à n'en laisser aucune trace est on-ne-peut-plus louche. En particulier pour un prétendu pragmatique et pour un scientifique.