La Génération COVID

Sur le front dévastateur de la COVID-19, la jeunesse ne cesse de s’enfoncer dans la cale des grands perdants. Dans le grand plan de reconfinement exposé mercredi par le premier ministre François Legault, les jeunes du secondaire perdent encore au change, avec des conséquences que nous paierons longtemps : une première fois en étirant la fermeture des écoles secondaires ; une deuxième fois avec l’application d’un couvre-feu qui semble plus que tout autre groupe d’âge viser la jeunesse tentée de pratiquer l’art interdit — mais nécessaire — de la socialisation, sans la moindre étude soutenant cette stratégie de « l’électrochoc ».

Le verdict est tombé, avec promesse de précisions à venir vendredi en provenance du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge : pour les élèves du primaire, on pousse un soupir de soulagement, le retour est prévu lundi prochain comme convenu, mais les masques chirurgicaux font subrepticement leur apparition dans le décor ; pour les élèves du secondaire, une semaine de pénitence s’ajoute au plan convenu, et les voilà condamnés un peu plus au sous-sol ou à l’étage jeux vidéo. Cette mise sous verre de l’école secondaire contredit ce que la science semble nous enseigner, et elle s’ajoute à tout ce qui constitue depuis des semaines l’écroulement lent, mais certain, du tandem éducation socialisation si vital à la constitution des jeunes.

Dans une lettre ouverte publiée sur nos plateformes numériques, une centaine de médecins ajoutent leur voix à celle des pédiatres pour demander que les écoles rouvrent à compter du 11 janvier, comme convenu, cela leur paraissant « éthiquement et scientifiquement la meilleure décision, peu importe la situation épidémiologique ». Nous souscrivons entièrement non seulement à leur cri du cœur mais aussi aux arguments qui le soutiennent : la fermeture des écoles n’a pas été ciblée comme une mesure efficace pour contrôler la transmission du virus (d’ailleurs, elles sont fermées depuis trois semaines sans le moindre effet sur une diminution des cas quotidiens) ; les cas de COVID dans les écoles — car il y en a — ne sont pas associés à des cas sévères ; et les fermetures d’écoles peuvent entraîner des effets pervers graves, comme la pénurie de personnel dans les hôpitaux et la contamination de grands-parents appelés en renforts pour garder les élèves reclus à la maison.

Mais les effets délétères les plus graves de ces interruptions de service scolaires se trouvent dans les champs de la réussite scolaire, de la persévérance, de la santé mentale et de la socialisation, quatre axes majeurs qui peuvent faire la différence entre une jeunesse écorchée vive ou au contraire droite et fière. Comme le rappellent les experts revendiquant le maintien des écoles ouvertes, les données scientifiques et les indicateurs ne manquent pas dans ces champs pour rehausser les niveaux d’inquiétude, et même d’alerte. Y aura-t-il une génération COVID ? La question semble grossière, mais plusieurs s’inquiètent des assauts multiples visant la jeunesse et craignent des effets à long terme.

Les premiers bulletins sont attendus pour la fin janvier, et le ministre Roberge a déjà avancé qu’il attendrait cette « information » avant de crier au drame, mais une première évaluation effectuée par les directions d’école laisse croire que les taux d’échec au secondaire sont trois fois plus importants qu’en temps normal. Dans les années charnières du secondaire, la persévérance est aussi attaquée en plein cœur, avec des taux de décrochage qui seront très certainement préoccupants, tant cette valse-hésitation entre l’école et la maison a envoyé tous les signaux contraires à l’importance de fréquenter l’école. Pour tous les élèves dont les acquis dans les matières de base comme le français et les mathématiques sont fragiles, les derniers mois n’auront pas permis la stabilité et la récurrence indispensables pour solidifier les acquis.

Des propositions de camps pédagogiques et de soutien additionnel fourni par des apprentis éducateurs sont à considérer sérieusement pour tous ces enfants pour qui l’école ne pourra rimer avec succès que s’ils réussissent la base avant de songer à franchir de nouvelles étapes. On a beaucoup parlé des élèves du primaire et du secondaire, mais au cégep et à l’université, les dommages collatéraux de la COVID seront aussi importants.

Les experts ont noté — une autre base documentée — une augmentation des troubles anxieux dépressifs chez les jeunes, un indicateur qui enseigne que la santé mentale, déjà le parent pauvre en période « normale », est fragile chez beaucoup. À l’expérience difficile de l’enseignement à distance, au stress de la pandémie, voilà qu’on ajoute le couvercle d’un mois de couvre-feu visant apparemment les résidus de socialisation des jeunes. Ce fardeau accablant ne pourra pas être sans conséquences.

12 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 7 janvier 2021 01 h 14

    Troubles anxieux dépressifs chez les jeunes???!!! (!)

    Nous les avons créés ces «petites bêtes» en leur offrant des appareils portables multifonctions (incluant la téléphonie sans fil - Heu! c'est quoi ça un téléphone?) Ils deviennent érémitophobes par négligence parentale puis nomophobes et finalement sont frappés du syndrome de l'anxiété du ratage. Misère. Grosse fatigue. On avance.

    JHS Baril

    • Pierre Bernier - Abonné 7 janvier 2021 17 h 13

      Eh oui !

      Chaque génération a à régler les problèmes de son temps.

      Il suffit d’avoir fréquenté celles qui ont connu la « grippe espagnole » (ou les guerres du XXe siècle) pour le comprendre.

  • Serge Pelletier - Abonné 7 janvier 2021 03 h 20

    À force de dire une chose, la chose devient "réelle"

    À force de dire une chose, la chose devient "réelle" semble-t-il. Hé que oui. Cela est encore plus vrai quand des "pseudo-spécialistes" répètent inlassablement les mêmes discours, qui sont basés sur les mêmes études, qui sont elles-mêmes reprises à l'avant des amphithéâtres universitaires, qui se retrouvent sous forme de questions/réponses dans les examens... Et pour mettre la cerise sur le sundae, les politiciens en font leur... En ajoutant de pompeux galimatias pour justifier des décisions qui sont dans le fonds très douteuses, mais de combien biens enrobées de n'importe quoi.

    Cela a pris combien de temps pour que le Arruda finisse par dire un petit "ouais, un masque pourrait peut-être...", Sa négation sur son utilisation comme barrière à une contamination était toujours basée sur des "études de pseudo-spécialistes"... Il tassait du revers de la main toutes les autres études qui affirmaient le contraire.... Puis maintenant, qu'il a fini de peine et misère admis que le port d'un masque était une protection minimale... Ce fut la "chicane" du type de masque... Et le politique, en la personne au Québec d'un Legault, était tout heureux d'en reprendre le refrain... C'est la science, c'est la science... s"pas moé qui le dit c'est la science.

    Pour la fréquentation scolaire, c'est le même cheminement... avec encore plus d'insistance. Ainsi semble-t-il que les enfants, les ados, et autres qui ne fréquenteraient pas l'école pendant un mois ou deux durant le calendrier scolaire "étatisé" et "conventionné" pour les enseignants, porteraient vie durant les stigmates de cette non fréquentation... et du retrard possible...

    Ouais! Mais savez-vous pourquoi la période estivale fut établie comme n'étant pas de fréquentation scolaire... Savez-vous qu'à l'époque où cela était établie que plus de 75% de la population était rurale, et que le monde rurale avait comme principales activités les semis et les récoltes... Pire, que les enfants participaient à 100% à ces deux activités.

  • Serge Pelletier - Abonné 7 janvier 2021 04 h 02

    Suite.

    Et nous avons de biens beaux discours, tels ceux du Dre Catherine Dea et copains qui noient le tout dans "la science", généralement basée sur la métode quantitative... Un pourcentage de ci, un pourcentage de ça, des études très biens documentées (mais de la même source, mais sur cela on se la ferme) démontrent que NOUS AVONS RAISON. Et comme cela va dans le même sens que les politiciens désirent... ces dires de ces pseudo-spécialistes avec un DR en avant de leur nom sont répétés à l'infini en leine TV et dans les autres médias de masse (incluant les réseaux qui sont liés aux nouvelles technologies de communication).

    Tous ces beaux discours sont enrobés de qualificatifs emplifiants d'un bord ou de l'autre la décision "gouvernementale": "si les élèves n"ont pas d'école après le xx et que la rentrée est rapportée de plus d'une semaine les Stigmates pour les enfants seront terribles". Nous le gouvernement prenons une décision très très dure, un électochoc: tient toé un couvre-feu... mais après 20 heures et pas pour tous, et pas partout, et pas pour ci et pas pour ça... Mais cela est un électrochoc... Ben oui, c'est l'électrochoc, il l'a dit à la TV, les journalistes le disent, les médias l'écrivent en grosses lettres en "frontispage"...

    Que voulez-vous, de la propagande, c'est de la propagande... Et elle devient réalité pour plusieurs de par les effets stipulés et argués depuis un bon bout de temps par les politiciens: des pleures, de l'anxiété, des "comment j'fa faire moé", mes enfants... mes enfants y vont être marqués à vie, etc.

    • Alain Roy - Abonné 7 janvier 2021 09 h 47

      Honnêtement M. Pelletier, je ne comprends pas votre discours. Que cherchez-vous à dire justement? Vous parlez de propagande, sérieusement? Donc pour vous, ce virus est une invention et ces résultantes de pures lubies scientifiques? Ill me semble que plusieurs articles du Devoir vous offre la possibilité de vous instruire et surtout ouvrir, voir même enlever vos ornières. Nous vivons dans une pandémie, chacun tente du mieux qu’il le peut à se rattacher à quelque chose qui fait un semblant de sens. Je vis avec des ados, et le texte de Mme Chouinard est d’une justesse humaine et réelle. Nos jeunes ados vivent déjà des bouleversements, l’adolescence est un fait, pas une invention. Il est donc facile de comprendre que ado en crise existentielle soit encore plus déstabilisé en situation de crise planétaire. Vous ne croyez pas?

      Pour cette nouvelle année 2021, je vous souhaite, M. Pelletier beaucoup d’amour et de gens autour de vous pour vous accompagner vers un quotidien plus doux.

  • François Beaulé - Inscrit 7 janvier 2021 07 h 15

    La détresse des jeunes s'est accentuée avant l'épidémie de COVID-19

    « L'Association des médecins psychiatres du Québec note avec inquiétude que le taux de détresse psychologique élevée chez les jeunes atteint les 37 % et est en hausse constante. Ainsi, elle souligne le fait que les troubles anxieux ont doublé en six ans au sein de cette clientèle.
    En contrepartie, les psychiatres n'arrivent déjà plus à répondre adéquatement aux besoins de services en santé mentale alors que la demande augmente de façon exponentielle », L’anxiété chez les jeunes en très forte hausse, Le Devoir, 26 octobre 2019.

    https://www.ledevoir.com/societe/565718/l-anxiete-chez-les-jeunes-en-tres-forte-hausse
    Et : https://lactualite.com/societe/le-nouveau-mal-des-ados/ (24 mai 2017)

    La fréquentation de l'école n'est donc pas une panacée. Il faudrait une profonde remise en question de notre culture et de nos croyances. L'anxiété des jeunes est un symptôme de plus d'une société en crise.

    • Serge Pelletier - Abonné 7 janvier 2021 08 h 13

      Le corporatisme de cette branche dites "de la santé" enlève toute crédibilité à leurs dires et affirmations... Et cela s'emplifie quand ces mêmes discours corporatismes se basent sur des données statistiques... qui sont elles directement chapeautées par ces mêmes corporatives dites profesionneles. Malheureusement, comme le tout est repris allégrément par différents médias, et qu'aucune vérification réelle et approfondie des dites "affirmations" par les journalistes supposément eux aussi "professionnels"... les résultats sont depuis toujours les mêmes auprès de la population en général.
      Souvenez-vous des études qui concluaient "hors de tout doute raisonnable" que les enfants (écoliers) étaient de plus atteintd de troubles "TA..." passant successivement au cours d'une décennie 10%, 20% puis à plus 50%. Ouais... Ce qui expliquait le pourquoi "le pourquoi" des difficultés des écoliers à l'école, et les "burns out" des enseignants (généralement finissant par des "tes - car se sont elles généralent dans le devant de classes des petits enfants)... Vitement des pilules pour les petits écoliers "pas fins"... Certains journalistes , très peut nombreux, ont relevé des "irrigularités" dans ces attributions de "troubles"... et des "burn out" allégués... Et ce fut un silence presque complet.
      Porter à vos souvenirs les affirmations moultes fois reprises par les journalistes de résultats de sondages qui comportaient une quantité phénomènale de personnes qui se disaient avoir été agressées sexuellement à l'Université Laval (plus de 50%, et ce dès leur entrée là la première année). Tout était y passait comme questions/réponses des sondages, allant d'un mot entendu furtivement en passant dans le passage, au yeux vicieux, etc. Ouais. Et dernièrement, pour ne pas demeurer en reste, le personnel enseignant et adminitratif de certains CÉGEP s'y mettaient... avec des résultats quantitatifs frisant le ridicule absolu. En fait, il fallait pratiquement trouver qui n'avait pas été harcelé.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 7 janvier 2021 09 h 08

    Lorsqu'il est question de vie et de mort, l'intérêt public ne peut plus se résumer à la somme des intérêts particuliers à un moment et à un endroit donnés.

    Vous avez raison de souligner l'énorme fardeau supporté ici par les jeunes et le manque de données scientifiques à l'appui de certaines mesures gouvernementales provinciales,nationales et mondiales, surtout au détriment de ceux et celles ayant des difficultés d'apprentissage, habitant des maisons surpeuplées ou vivant dans la pauvreté: face à ses conséquences, nous ne sont pas tous égaux et la pandémie renforce les inégalités. Nous le savions, nous le saurons lorsque la pandémie sera terminée et qu'il faudra alors se préparer pour celles à venir: le ferons-nous? Une peu comme pour l'environnement? Espérons mieux.
    Jusqu'ici, collectivement, nous étions majoritairement très suffisamment préparés pour affronter une pandémie fort contagieuse et mortelle: manque de l'équipement de protection requis, réseau de santé fragilisé par des années d'austérité, écoles délabrées ou mal ventilées, autorités civiles et politiques habituées à prendre leur temps et à réagir en retard etc...L'on ne s'attendait pas à ce que l'État nous demande autre chose que de faire notre rapport d'impôt. À qui la faute? À nous tous, les gouvernements occidentaux successivement élus depuis des décennies ne pouvant que nous représenter tels que majoritairement nous sommes collectivement, occidentaux des pays riches.
    Aujourd'hui, l'État québécois nous demande collectivement autre chose que de payer notre impôt; il hésite parce que c'est nouveau pour nous et pour lui. Dans les demeures, ses moyens sont limités; dans les écoles, il peut rapidement faire très facilement beaucoup plus parce qu'elles lui appartiennent en grande partie. Quand la pandémie aura cessé, il et nous pourrons faire beaucoup plus et autrement. Le ferons-nous pour nous tous, ici et ailleurs? D'ailleurs, que se passe-t-il maintenant ailleurs, par exemple en Afrique? Le savons-nous? C'est important,

    • Marc Pelletier - Abonné 7 janvier 2021 16 h 09

      Grand merci M Lusignan pour votre analyse de la situation qui pousse à la réflexion et qui élève notre vision à un niveau supérieur.