Remède de cheval

Le gouvernement Legault confirmera mercredi l’imposition d’un confinement sévère, comme ce fut le cas au printemps, pendant trois ou quatre semaines, dans l’espoir de reprendre le contrôle d’une épidémie qui ne connaît pas de répit.

Le gouvernement Legault croyait que les mesures de confinement durant le temps des Fêtes — fermeture des écoles, des commerces non essentiels et de plusieurs lieux de travail — produiraient leurs effets. Il n’en fut rien.

Avec 194 patients traités pour la COVID-19 aux soins intensifs, on s’approche dangereusement du maximum atteint lors de la première vague de la pandémie. La différence, c’est que le nombre de nouvelles hospitalisations dues à l’épidémie avait commencé à se stabiliser tandis qu’aujourd’hui, il est toujours en croissance. Les éclosions se produisaient surtout dans les établissements de santé, dont les CHSLD, ou dans des milieux circonscrits. La contagion est maintenant devenue communautaire, le coronavirus est répandu un peu partout et il est désormais inutile bien souvent de remonter la piste des personnes infectées. Bref, nous avons perdu le contrôle.

Dans la plupart des régions du Québec, notamment à Montréal, les hôpitaux se retrouvent dans une situation critique. Ils n’ont pratiquement plus la capacité d’accueillir des patients supplémentaires. Au printemps, le réseau avait pu compter sur le report des chirurgies non urgentes, mais cet hiver, nombre de ces interventions reportées ne peuvent plus l’être. Si la croissance des hospitalisations se maintient, les malades de la COVID-19 vont prendre la place d’autres patients dont la survie est aussi en jeu.

On peut rappeler que le réseau québécois de la santé est sous-financé, que réformes et compressions l’ont mis à mal, que l’obsession comptable d’en réduire les coûts, dont les bonis de leurs p.-d.g. dépendent presque uniquement, a nui à son efficacité et certainement à sa capacité de faire face à une pandémie. Il faut maintenant prendre tous les moyens pour protéger notre système de santé.

Ce n’est pas sans compliquer les choses : dix mois après le premier confinement, une certaine lassitude a gagné la population et les consignes de la Santé publique, scrupuleusement observées par une grande majorité de la population au printemps, ne sont plus respectées avec autant de rigueur ou alors elles sont carrément ignorées.

Selon un sondage Léger publié par La Presse canadienne, un peu moins de la moitié des Québécois — les données sont les mêmes pour l’ensemble des Canadiens — ont fait fi des règles de la santé publique en rendant visite à des membres de leurs familles qui n’habitent pas avec eux ou encore des amis. Les données actuelles sur les nouveaux cas de contagion, qui se maintiennent au-dessus des 2500 par jour malgré la fermeture des écoles et de la plupart des commerces, témoignent de ce relâchement.

C’est pourquoi la Santé publique et le gouvernement Legault ont décidé d’imposer un strict confinement assorti de mesures coercitives. Les vertus de solidarité tant vantées au printemps se sont quelque peu émoussées. On demandera aux forces policières de montrer plus de zèle et de sévir contre les contrevenants. On envisage même de décréter des couvre-feux afin de permettre aux policiers d’intercepter des automobilistes qui circuleraient sans justification.

Évidemment, l’activité économique en souffrira de nouveau. Mais le plus désolant, ce sont ces enfants qui ne fréquenteront pas l’école pendant encore des semaines, particulièrement les élèves du primaire, mais aussi les adolescents du secondaire qui suivront leurs cours et feront leurs examens à distance. On sait que les situations d’échec scolaire se multiplient sans qu’on voie poindre l’ombre d’une stratégie pour contrer ce phénomène.

La Santé publique croit qu’avec un confinement aussi sévère qu’au printemps, on obtiendra des résultats semblables. Croisons les doigts.

Mais au-delà de ce détestable mais nécessaire confinement, il importe que la vaccination s’accélère. Certes, le gouvernement fédéral distribue chichement — et sporadiquement — les doses de vaccins, mais le gouvernement Legault doit s’assurer que les doses déjà reçues sont administrées prestement. Ce n’est pas à coup de 2500 doses par jour — le piètre volume actuel — qu’on y parviendra. Après tout, s’il y a une chose que le réseau de la santé québécois est capable de faire, c’est de vacciner la population. D’ici la fin mars, ce sont 650 000 personnes — les personnes âgées vulnérables et tout le personnel du réseau de la santé — qui doivent être vaccinées, a-t-on promis. C’est un strict minimum : les deux ordres de gouvernement doivent faire mieux.

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