​Retour des voyageurs: le mal est fait

Le gouvernement Trudeau multiplie les faux pas dans sa gestion des voyages à l’étranger. C’était déjà trop de permettre aux avions de décoller malgré les avis contraires, étant donné que les urgences sont au point de saturation et que le personnel de la santé arrive au bout de ses réserves d’énergie. Mais apprendre en plus que les voyageurs en quarantaine pourraient bénéficier de la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE), à raison de 1000 $ pour deux semaines, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Ottawa semble disposé à modifier les critères de la PCMRE pour exclure les voyageurs en quarantaine, mais le mal est fait. Les milliers de voyageurs de retour au pays feront peser un risque accru sur la santé publique. Les tests exigés avant qu’ils montent à bord de l’avion du retour seront futiles. D’une part, cette mesure sera exigée beaucoup trop tard, à partir du 7 janvier. D’autre part, elle fera porter la responsabilité du dépistage sur des pays étrangers qui n’ont ni l’intérêt ni les capacités médicales (dans certains cas) de s’acquitter de cette tâche d’une manière à inspirer confiance.

Vraiment, les libéraux de Justin Trudeau sont plus frivoles et insouciants que dans la caricature du dernier Bye bye. Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a justifié la position du gouvernement sur les voyages au nom de la Charte des droits et libertés. « La Constitution canadienne nous empêche de légiférer une restriction de ne pas quitter son pays. Ça ne se fait pas », a-t-il dit sans blague.

En voilà un qui aurait intérêt à relire l’arrêt Oakes, une décision phare de la Cour suprême qui, en 1986, précisait les conditions dans lesquelles le législateur pouvait limiter des droits constitutionnels. Il n’y a pas de hiérarchie des droits dans la Charte : ils sont en constante concurrence les uns avec les autres. Ainsi, le droit à la liberté de circulation pourrait très bien être limité au nom du droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne. Ce genre d’arbitrage est le pain quotidien de la Cour suprême, quoi qu’en dise le ministre LeBlanc.

Cette nouvelle tache au bilan du gouvernement Trudeau n’est pas étrangère aux décisions qu’il a prises depuis le début de la pandémie au sujet de l’industrie du transport aérien et de l’aérospatiale. Pour des raisons incompréhensibles, le premier ministre Trudeau a négligé ce secteur névralgique dans ses plans de soutien à l’économie. Son ministre des Transports, Marc Garneau, flotte en orbite.

L’industrie aérienne et aérospatiale est pourtant la troisième du pays en matière d’exportations. Elle génère plus de 210 000 emplois au Canada. Au Québec, le secteur de l’aérospatiale occupe à lui seul 43 000 travailleurs. Cette absence d’attention du gouvernement Trudeau contraste avec l’approche de pays du G7 tels que la France et l’Allemagne, qui ont respectivement consenti 7 milliards de dollars à Air France et 9 milliards à Lufthansa.

Le gouvernement Trudeau avait l’occasion de corriger le tir lors de la présentation de sa mise à jour économique, il y a un mois. Encore une fois, il a négligé l’industrie, en privilégiant plutôt le soutien aux aéroports. Le fait de permettre à des transporteurs aériens exsangues d’offrir des vols au soleil pour la période des Fêtes représente en quelque sorte un détestable prix de consolation.

En permettant les vols et en déconseillant les voyages, Ottawa envoie des signaux contradictoires qui agacent les compagnies aériennes. Elles auraient préféré de loin un programme de soutien en lieu et place de ce cadeau empoisonné. « Si les gouvernements veulent annuler tous les vols, qu’ils le disent et qu’ils nous aident à passer le cap. Mais s’ils veulent des vols, il faut qu’il y ait des clients, sinon les compagnies aériennes perdent d’immenses sommes », a résumé Christophe Hennebelle, vice-président aux ressources humaines et aux affaires publiques d’Air Transat.

C’est le cœur du problème. Par son manque de vision, le gouvernement Trudeau a fabriqué une nouvelle controverse qui l’éclabousse et qui jette le discrédit sur les voyageurs nombrilistes. La fureur disparaîtra au fur et à mesure que ces touristes de retour au pays termineront leur quarantaine. Il faudra compter autant sur leur sens des responsabilités que sur la vigilance des agents fédéraux pour qu’ils respectent la période d’isolement.

À en juger par la hausse inquiétante des cas d’infection confirmés dans les deux dernières semaines, on ne peut imputer tous les maux aux voyageurs. Les rassemblements festifs en famille ou entre amis, sans égard aux consignes de la Santé publique, auront joué un rôle prépondérant dans l’expansion de la transmission communautaire, si bien qu’il nous reste à espérer une accélération vertigineuse des campagnes de vaccination pour sortir au plus vite de l’urgence sanitaire.

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