Sur les ailes de l’indécence

De toutes les images ayant réveillé ces jours-ci l’indignation collective, ce ne sont pas celles des fêtards en maillot de bain faisant dorer leur indécence sur les plages du Sud qui ont choqué le plus, mais plutôt celles montrant leur périple de retour : des sardines masquées dans la cabine hermétique d’un avion, sans le moindre espace sécuritaire et sanitaire les séparant les unes des autres, exposées dans leur insouciance à la contagion. De toutes les mesures annoncées mercredi par Ottawa, l’obligation de présenter un test négatif de COVID-19 avant de rentrer au Canada est la plus percutante.

Pour s’en convaincre, il suffit d’aller fureter du côté de cette liste mise à jour par le fédéral des « endroits où vous pourriez avoir été exposé à la COVID-19 ». Comme le rapportait Le Devoir mercredi, au moins 25 vols en provenance ou à destination de Montréal comptaient à leur bord une personne atteinte de la COVID-19 en l’espace d’une semaine, à la mi-décembre, avant que ne démarre la cadence rythmée des départs vers les pays du mojito, piña colada et autres cocktails de l’insouciance tranquille. La liste donne les frissons : on y répertorie entre autres tous les vols venus du Sud et d’ailleurs, avec en prime la liste des « rangées » de l’appareil près desquelles s’est trouvé un passager infecté. Le portrait a de quoi éteindre toute envie d’aller tremper l’orteil dans l’eau salée de la mer.

Il a fallu un sursaut d’impatience du gouvernement du Québec, choqué par les allées et venues outremer d’un certain nombre de citoyens peu titillés par le sens de la collectivité, pour qu’Ottawa accepte — enfin ! — de céder à trois demandes. L’obligation de montrer patte blanche et de présenter un test négatif de COVID-19 avant de revenir au Canada, sous peine de rester plus longtemps sous le soleil brûlant de la pénitence ; l’imposition de tests de dépistage dans les aéroports en sol canadien ; et enfin un suivi plus rigoureux des quarantaines obligatoires une fois de retour à la maison, avec des punitions sévères pour les contrevenants allant jusqu’à six mois de prison — sans soleil — et une amende maximale de 750 000 $.

Aux yeux de tous ceux et celles qui s’astreignent au train d’exigences sanitaires au nom du bien collectif, les voyages dans le Sud, devenus LE sujet de l’heure cette semaine, symbolisent la quintessence de l’individualisme, l’oubli complet des autres au profit d’un plaisir personnel, la mise en veilleuse aussi de ce avec quoi 2020 devrait pourtant nous avoir permis de renouer, soit le respect d’un certain sens civique. Pour la majorité des citoyens qui ont choisi de faire porter leur sollicitude sur la collectivité plutôt que sur leur unique personne, combien d’insouciants mettent en péril la protection des autres ? Voilà le drame sous-jacent à leurs excès : l’immunité des uns s’arrête là où la morale des autres flanche — même des députés et des ministres n’ont pas pu résister à l’appel du large, ce qui dans leur cas dépasse tout entendement, disons-le. Au Québec, 3000 personnes rentraient au bercail en cette seule journée de mercredi, un nombre appréciable au vu de la contagiosité de la COVID.

Comment arrivons-nous si tard à l’ensemble de ces conclusions, réflexions, mesures obligatoires ? Le feuilleton des derniers jours laisserait presque croire que nous en sommes au premier chapitre de la pandémie, tous aussi ignorants les uns que les autres, nos gouvernements manœuvrant presque à l’aveugle devant un virus aussi puissant qu’imprévisible. Le Québec regrette encore une certaine insouciance au moment de la relâche de mars, autre moment fort dans les transports aériens Sud-Québec. La Nouvelle-Zélande, citée en pays modèle par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a été jusqu’à fermer ses frontières et pratiquer un confinement extrême, ce qui a été payant sur le bilan santé : au total, elle déplore 25 décès seulement sur une population d’un peu plus de cinq millions d’habitants.

Les vacances de Noël étaient prévisibles et l’appétit pour le voyage au soleil, archiconnu, tout autant que les dangers associés aux allées et venues d’une nation à l’autre, puisque c’est exactement comme ça que le virus a fait son entrée ici. La pandémie connaît une deuxième vague beaucoup plus forte au Canada, les patients asymptomatiques ne sont plus une lubie, mais une réalité. Un nouveau variant du virus qui serait jusqu’à 70 % plus contagieux que la souche initiale circule déjà parmi nous. Au Québec, la capacité hospitalière est sur le point de craquer. Que manquait-il comme élément d’information additionnel pour se convaincre de la nécessité des mesures annoncées mercredi ? En présentant hier son plan de match, Ottawa se gonflait d’une exemplarité et efficacité hors normes ; il s’agit pourtant essentiellement d’une réaction tardive à un problème qu’on aurait dû prévenir bien avant.

58 commentaires
  • Daniel Smolla - Abonné 31 décembre 2020 05 h 39

    Gestion pitoyable

    La gestion fédérale en cette matière a clairement été pitoyable. Point à la ligne.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 décembre 2020 10 h 52

      On ne peut dire plus vrai.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 31 décembre 2020 11 h 20

      Autant l'éditorialiste a raison autant la réaction de M. Smolla est appropriée. D'autant plus qu'Ottawa ne s'engageait qu'à donner suite à ses timides mesures qu'au cours des "prochains jours". C'est comme si les pompiers appelés pour circonscrire un incendie répondaient qu'ils étaient pour y venir que dans les "prochaines heures".

      Alors que depuis ce sont plus de 3 000 personnes, dont plusieurs contagieuses qui vont venir disséminer le virus au sein de leur entourage... Bravo les champions ! Vous venez encore une fois de démontrer qu'en cette matière, il y a comme un gouvernement de trop!

      Le comble, c'est quand ces fédéralistes obtus ressortent l'excuse élimée de la "constitution". Mon œil, il y a cinquante ans, elle ne protégeait pas grand monde au Québec votre loi britannique rapatriée ou pas, surtout qu'elle nous a été imposée deux fois plutôt qu'une. On se moque de nous à Ottawa, mais pendant ce temps Legault encaisse en bon converti qu'il est devenu. Comment dit-on, ah oui, en bon mouton prêt encore une fois à se faire tondre la laine sur le dos.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 31 décembre 2020 18 h 23

      Ils ne feront rien avant le 7 janvier, la nouvelle vient de tomber.

      À Ottawa que des incompétents incapables d'avoir prévu un tel scénario. Il aura fallu les demandes répétées de Québec pour qu'ils commencent à se réveiller. Or, le 7 janvier il sera beaucoup trop tard et le mal sera fait. Que Trudeau et Garneau aient sur la conscience le sort de tous ceux et de toutes celles qui seront touchés par la maladie à cause de leur incurie!

      Fiez-vous sur nous, on s’en rappellera lors du prochain scrutin.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 1 janvier 2021 17 h 23

      Maintenant, le gouvernement minoritaire fédéral ne sait réellement plus quoi faire. Jusqu'ici, il n'a jamais reéellement voulu prendre des mesures susceptibles de réellement contrôler la santé des personnes quittant le Canada ou y arrivant, autrement dit des mesures contraignantes. Il aurait pu le faire, mais il lui aurait fallu agir beaucoup plus tôt, par exemple dès juin ou juillet 2020. Ces mesures auraient alors été jugées financièrement néfastes par l'industrie du voyage et excessives par grand nombre de voyageurs habitués à prendre des vacances hivernales à l'étranger, donc par un grand nombre d'électeurs.... Il pourrait encore agir. Exemple: pourquoi n'impose-t-il pas maintenant et ici un second test, celui-ci 7 jours après l'arrivée au Canada? Ailleurs, il y aura certainement un grand nombre de certificats de complaisance. Que coûtera un test effectué ailleurs? En l'absence de symptôme, faut-il se fier à une compagnie d'aviation?
      En admettant maintenant qu'un grand nombre de personnes arrivent au Canada sans test, quels aménagements le grouvernement prévoit-il pour les héberger le temps que les résultats d'un test lui parviennent? De plus, qui voudra être dans une installation fédérale où les risques d'attrapper la COVID-19 sont multipliés, plusieurs autres pensionnaires pouvant être infectés? Que penserons-nous si des personnes hébergées de façon forcée par le gouvernement fédéral y attrappent la COVID-19? Quelles y seront les mesures de sécurité? Un pénitencier? Un camp de détention?

  • Pierre Samuel - Abonné 31 décembre 2020 06 h 18

    Por faire suite à votre éditorial, Mme Chouinard, on ne peut que se remémorer les paroles du grand physicien Albert Einstein ( 1879-1955) :

    < Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'univers, je n'en ai pas acquis la certitude absolue. >

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 décembre 2020 10 h 55

      Albert Einstein avait bel et bien raison. Nous en avons la preuve!!

  • Raynald Blais - Abonné 31 décembre 2020 06 h 22

    Dans le néant

    À la veille d’une nouvelle année, il n’est pas surprenant de lire des textes dans lesquels l’être humain est la raison première. Substituant l’humanisme à la religion, ce genre de texte amène habituellement des solutions simplistes aux problèmes les plus graves. Au lieu de prier dieu d’être magnanime, l’on y prie l’homme d’user de bonne volonté.
    Tels les chrétiens qui ne devaient pas juger les agissements de dieu, les humanistes ne cherchent pas les causes du comportement de l’homme. Avant dieu était le néant de l’univers; avant l’homme, celui du raisonnement. Ces créationnistes défroqués font perdurer ainsi la source de l’aliénation de l’homme.
    Quand Marx énonça que les idées qui circulent en pays capitaliste sont celles de la classe dominante, il ne pouvait si bien dire. L’humanisme sert cette classe en l’irresponsabilisant. Comment pourrait-il en être autrement lorsque des compagnies aériennes offrent des voyages vers le sud et que ce sont les voyageurs qui écopent ? Les profiteurs du péché d’égoïsme de certains ne seront pas châtiés puisque les victimes pouvaient refuser leurs alléchantes offres en cette période des Fêtes (Ah! Ah!).
    La réelle cause de l’égocentrisme des voyageurs aériens, la cruelle course au profit dans l’industrie aérienne, fait partie du néant comme la liberté de marché d’ailleurs.

    • Hélène Paulette - Abonnée 31 décembre 2020 10 h 36

      Dans le mille, monsieur Blais! Et c'est bien dommage... Surtout que notre inconscient collectif est bien au fait de notre parfaite soumission aux fameuses lois du marché. Bonne Année!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 décembre 2020 11 h 01

      La bêtise dans toute sa splendeur...comme quoi, l'économie c'est plus important que la vie?! À quoi sert-il de réfléchir si on en a pas les moyens...

  • Serge Pelletier - Abonné 31 décembre 2020 07 h 08

    Mais de qui donc on rit...

    Mais de qui donc on rit avec des niaiseries de demi-mesures... Et que dire d'une amende de 750,000$. Oui, oui, ti-cul que va allégrément bafouer les "recommandations" en matière de santé publique dans le Sud, ou aileurs, va être possiblement condamné à une amende de 750,000$. Ouais de ouais... et peut-être une petite période maximum dans un tout inclus, que l'on nomme ici "une prison", de 6 mois. Fac, qu'est-ce que ti-cul va faire et dire: "ton amende, je ne gagne même pas vie durant, fac fourre là où je pense... Pis, à la place, je m'en vais dans votre tout inclus. Comme les "tout inclus" débordent déjà... Ben, les gestionnaires de ce type d'établissement vont me faire signer une feuille de "présentation à la porte" une fois par semaine et me dire de retourner chez-moi... Et de ne revenir que le vendredi suivant... et ce jusqu'à ce qu'il y ait une place libre pour me loger... Ce qui risque de ne jamais se produire.

    Et pour les bien-pensants qui croient qu'une amende de 750,000$ (au maximum), si elle s'applique à une compagnie va changer quelque chose dans le comportement délictueux d'une entreprise, est tout aussi ridicule... La petite entreprise va tout simplement fermer les portes... et pour la grosse, ou la très grosse entreprise... La haute direction va dire comme d'habitude on avait donner les directives nécesaires au respect de "recommamdations"... Mais c'est la faute à ti-cul concierge qui ne comprend rien dans rien... Fac, ce n'est pas de notre faute à nous autres... Pis, pour mettre la compagnie 6 mois en prison, on va faire quoi? On va démonter les murs, les planchers et les plafonds du siège social, et les remonter dans la cour de la prison...

    Pourtant, le Code criminel canadien est spécifique, notamment les articles 219 à 226 s'appliquant directement aux individus pour négligence crminelle, et les arricles 22(1) à 23(1) pour les gestionnaires se trouvant dans une structure décisionnelle quelconque où une négligence criminelle est constatée...

    • Gilles Théberge - Abonné 31 décembre 2020 10 h 21

      J'ai hâte ( façon de parler ) de voir ça moi, les amendes de 750 000 $...!

      De qui on se fout là encore une fois ?

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 décembre 2020 11 h 11

      On dépense au fédéral les MILLIARDS $$$ par centaines!! Alors, dites-moi ce que peuvent bien représenter 750,000$?? Peut-être que certains auront pu économiser grâce à la PCU et se payer un beau voyage!! Ironique n'est-ce pas?

  • Hélène Gervais - Abonnée 31 décembre 2020 07 h 17

    comme vous vous en êtes...

    certainement rendus compte depuis le temps, trudeau est d’une lenteur exaspérante pour mettre un pied devant l’autre. Il est incapable de prendre des décisions. Les aéroports sont kanadiens malheureusement. Si chaque province avait pu fermer ses aéroports tout de suite, les dégâts auraient été moins spectaculaires.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 décembre 2020 11 h 22

      Il y a un adage qui dit "trop peu trop tard " . Comment peut-on reprocher quoi que ce soit à Justin puisqu'il n'a rien!! Moins que rien. Justin Trudeau est un paradoxe sur pattes: ses paroles ne disent rien et ses silences parlent...cherchez l'erreur!!

    • Serge Pelletier - Abonné 31 décembre 2020 13 h 05

      Effectivement, pour la juridiction des terrains de la majorité des aéroports, et le transport internationales ou entre les provinces canadiennes. Par contre, une fois qu'une personne sort du terrain des aéroports de compétences fédérales, il se mes les pieds sur le territoire des provinces... et là, la province peut intervenir de toutes les manières possibles. Mieux encore, une province peut interdire toute circulation sur son territoire, et ce même de citoyens 100% canadiens.
      La province de Terre-Neuve & Labrador (T-N&L) a gagné en Cour suprême de Terre-Neuve & Labrador (équivalent de la Cour supérieure du Québec) contre l'Association Pan-canadienne des Droits et Libertés qui la poursuivait parce qu'elle avait fermé ses frontières à toutes personnes canadiennes où étrangères qui voulaient s'y rendre. La Cour a stipulé que cette restrinction de circulation était nécessaire et respectait les dégoratives qui sont prévues à l'article 1 de la Charte. L'Association a demandé que la Cour d'Appel de T-N&L entende la cause... Demande qui a été refusée... Ce qui donne comme résultat que l'Association doit demander la permission à la cour suprême du Canada (CS) d'entendre la cause qui obligerait la Cour d'appel de T-N&L d'entendre la cause.... Autorisation qui n'est pas un automatique d'audition - cela se fait uniniquement par autorisation, d'une part, et d'autre part, la CS au mieux peut mettre cela dans son agendas des rôles d'autorisation... Le résultat est alors fort simple dans "une couple d'années"... Et cela ne concerne pas le fonds du litige... Mais uniquement, l'obligation de la CA de T-N&L d'entendre la cause... Ce n'est qu'après une décision sur le fait de cette cour que celle-ci peut être portée en autorisation d'audition à la CS... Ce qui prend des années de processus...
      En fait, ces histoires de Chartes et de compétences ne servent que d'excuses aux politiciens pour ne rien faire de tangible et de significatif... En faisant porter les blâmes sur l'autre pillier.