Une responsabilité partagée

Il est de tradition en cette période de l’année de faire le bilan et d’y aller de quelques prévisions, en économie comme pour le reste. Or, non seulement la pandémie est venue brouiller les cartes tout au long de 2020, mais elle va modifier nos comportements pour longtemps malgré l’arrivée des vaccins. Alors, pour les prévisions, on repassera.

Pour les générations qui n’ont jamais connu la guerre, cette pandémie nous a forcés plus que jamais dans notre vie adulte à suivre des consignes contraignantes et désagréables qui ne disparaîtront malheureusement pas de sitôt. Et si certains changements, comme le télétravail prolongé, plairont à certains, il en va tout autrement d’autres comportements devenus la norme, comme le port du couvre-visage et l’interdiction de se rassembler, dont on attend collectivement le coup de sifflet de l’arbitre pour revenir en arrière.

Pour le moment, le nombre de nouveaux cas d’infection atteint des niveaux records au Québec comme dans plusieurs pays du monde, avec les conséquences que l’on sait sur notre système de santé, nos sources de revenus personnels et notre vie sociale.

Or, s’il est une chose que cette crise nous a rappelée de façon éclatante, c’est l’importance des gouvernements comme outil d’intervention sur plusieurs plans dans nos vies, que ce soit en matière de santé, évidemment, ou de soutien du revenu pour des milliers d’entreprises en difficulté autant que pour les individus et leurs familles.

Sans les nombreux programmes préexistants ou nouvellement créés, on n’imagine même pas l’état de désespoir dans lequel nous serions plongés aujourd’hui. Il n’y a d’ailleurs qu’à regarder ce qui se passe chez nos voisins américains pour s’en convaincre.

Cette crise a du même coup fait la preuve que des réformes étaient devenues urgentes pour corriger les lacunes de notre filet de sécurité sociale, que ce soit au chapitre des soins pour les aînés, au chapitre du soutien financier de milliers de travailleurs laissés pour compte par l’assurance-emploi ou au chapitre des lois du travail qui encadreront le télétravail dans l’avenir, pour n’en nommer que quelques-unes.

En éducation, nos facultés devront intégrer plus de formation à leurs programmes pour l’enseignement à distance car, malgré l’omniprésence d’Internet depuis deux bonnes décennies, trop peu d’établissements sont suffisamment à l’aise et bien outillés pour offrir un enseignement en ligne de qualité, même pour une fraction seulement de la tâche.

Pour tout cela et pour bien d’autres choses, comme l’élaboration d’une stratégie industrielle de développement d’une économie prospère dans un univers où les géants chinois et américain ne céderont pas un pouce de terrain, c’est à l’État qu’il revient de prendre le leadership. Comme c’est de l’État que nous attendons l’adoption de règles et de programmes susceptibles d’accélérer le passage à la société carboneutre qui nous évitera, faut-il l’espérer, les déséquilibres de la nature dont la science nous prédit des conséquences rien de moins que catastrophiques pour la vie sur Terre.

  

Cela étant dit, si l’année qui se termine nous a rappelé l’importance d’une gouvernance publique démocratique et responsable, elle nous a aussi amenés à prendre conscience de l’importance pour chacun d’entretenir des liens forts avec les siens malgré les contraintes imposées par la situation.

Les gouvernements peuvent et doivent faire beaucoup, y compris dans le financement de la recherche et l’organisation d’un réseau de professionnels en mesure de prodiguer les soins et d’administrer ce vaccin que nous attendons avec espoir, mais nous restons encore et toujours largement responsables individuellement de ce qui nous arrive. Ce qui nous impose devoirs et responsabilités.

Nous ne pouvons pas nous contenter de rejeter tous les torts sur le dos du voisin, du méchant capital ou du maudit gouvernement. Le respect des mesures dictées par la Santé publique en est un exemple, mais il y a aussi tous ces petits gestes de soutien et d’encouragement quotidiens à l’endroit des gens qui nous entourent, que ce soient nos parents, nos collègues, nos amis ou nos boss, pourquoi pas ?

Tous les gens ne naissent pas égaux et chacun n’a pas la chance ou les moyens d’affronter les nombreux problèmes de la vie avec la même énergie, la même détermination et la même résilience, toutes choses nécessaires pour s’en sortir et entretenir autour de soi un état de sécurité, d’attachement, d’amour et de créativité ; toutes choses encore propres à alimenter l’esprit de solidarité aujourd’hui indispensable pour seulement parvenir à traverser avec sérénité cette crise qui met notre patience à très rude épreuve, quand elle ne menace pas carrément notre santé physique ou celle des êtres qui nous sont chers.

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