​Pandémie et «tout-inclus»: les clouer au pilori

Les dernières données quotidiennes sur la propagation de la COVID-19 au Québec — un nombre record de 2247 cas, 1067 hospitalisations et 74 décès — démontrent que François Legault avait raison de décréter au début du mois l’annulation des rassemblements à Noël et les autres restrictions qui touchent les écoles et les commerces, bref, d’imposer une forme de confinement pendant trois semaines.

Au moment où le premier ministre a rendu publique sa décision, le nombre de cas quotidiens s’élevait à 1470. La situation ne s’est donc pas améliorée depuis l’automne, les moyennes mobiles sur quelques jours sont passées d’un seuil de 1000 cas à un autre de 1500 cas, puis à ce plateau de 2000 cas. Ce n’est que dans une semaine ou un peu plus que nous saurons si le nouvel effort demandé aux Québécois aura l’effet escompté. Chose certaine, ce nouveau coup de collier est nécessaire.

Dans les circonstances, il était réjouissant de voir les quatre chefs de parti tenir, mardi, une conférence de presse conjointe pour appeler la population à se serrer les coudes. Dans leur lutte contre la pandémie, les Québécois doivent rester unis et les quatre chefs de parti donnent l’exemple.

L’enjeu, c’est « de sauver notre réseau de la santé », a dit François Legault. « Si notre système de santé craque […], ça va être vraiment dramatique », a renchéri Manon Massé, de Québec solidaire. En cette fin d’année, la situation est bien différente d’au printemps dernier.

Au moment de la proclamation de l’urgence sanitaire en mars, les hôpitaux avaient dégagé quelque 8000 lits pour accueillir les malades de la COVID-19 et reporté toutes les chirurgies et les examens jugés non urgents. Or la liste de ces interventions reportées s’est dangereusement allongée et bien des chirurgies qui n’étaient pas urgentes le sont devenues. Ce n’est donc plus seulement de la survie des patients atteints de la COVID-19 qu’il faut se préoccuper, mais aussi de celle des autres patients dont les traitements ne peuvent plus attendre. La capacité maximale en hospitalisations a été réduite à 2000 ou 2500 lits étiquetés COVID-19. Et c’est sans parler du personnel soignant dont l’épuisement est plus généralisé qu’au début de l’urgence sanitaire il y a dix mois.

Bref, c’est pour sauver des vies mais surtout pour préserver un réseau de la santé exsangue que les Québécois doivent se montrer solidaires et disciplinés.

Après Pfizer-BioNTech, Moderna distribuera sous peu son vaccin, qui vient d’être approuvé par Santé Canada, et d’autres pharmaceutiques suivront. D’ici le 31 mars, peut-être avant, tous les résidents des CHSLD et les locataires des résidences privées pour personnes âgées (RPA) ainsi que les professionnels de la santé exposés seront vaccinés. Cette première vague de vaccination devrait réduire considérablement le nombre d’hospitalisations et de décès liés au coronavirus, mais elle stoppera aussi les contagions affectant le personnel soignant. La pression sur le réseau de la santé sera ainsi doublement allégée.

Mais d’ici là, c’est une course contre la montre. Le coronavirus menace toujours et toute éclosion écartée, tout décès évité avant que ne soit vaccinée la population en général est une victoire définitive sur la pandémie. Tout relâchement conduirait à des décès « non nécessaires », pour reprendre l’expression du Dr Anthony Fauci, à des morts évitables.

C’est dans ce contexte qu’on peut juger durement ces voyageurs qui profitent du congé des Fêtes pour aller se « déconfiner » dans le Sud. On ne peut mettre tous ces individus dans le même panier. Des propriétaires d’une résidence en Floride qui s’y rendent pour y demeurer plusieurs mois peuvent respecter sensiblement les mêmes consignes qu’ici. Il y va autrement de ces adeptes de la promiscuité offerte par les forfaits « tout inclus ». Si on parle des Snowbirds dans le premier cas, une autre analogie aviaire pourrait convenir pour les seconds, celle de têtes de linotte.

Certes, ils devront se soumettre à une quarantaine de 14 jours à leur retour. Les délinquants s’exposent à une amende considérable — 750 000 $ — et même à une peine de six mois de prison. Or l’efficacité des contrôles — le gouvernement fédéral souhaite que la Sûreté du Québec s’implique — n’est pas garantie. Si la sévérité des peines est à ce point outrancière, c’est peut-être qu’on n’épingle pas les contrevenants.

On ne sait si ces milliers de voyageurs, dont on peut douter du sens civique, se conformeront tous à cette obligation ou si l’occasion, l’herbe tendre ou leur bête égoïsme les poussera à tricher. Pas sûr cependant que les bronzés qui viendront raconter leurs baignades et libations mexicaines ou dominicaines seront bien reçus. On ne peut les clouer au sol, mais on peut, du moins métaphoriquement, les clouer au pilori.

47 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 24 décembre 2020 03 h 48

    Il s'agit simplement d'un gouvernement irresponsable. C'est tout.

    Pour le GV-Q-Legault, la situation est facile à règler. Il en possède les pouvoirs en vertu de la Loi sur les mesures d'urgence sanitaire. Legault en personne s'en vantait en pleine TV: "on peut tout faire sous cette loi". Donc:
    1) Réquisition des hôtels (selon le nombre des arrivants).
    2) Hébergement obligatoire d'un minimum de 15 jours (excluant la journée de retour) dans une chambre de l'un des hôtels réquisitonnés.
    3) Un hotel par pays de provenances (et endroits si nécessaires). Question de ne pas avoir de mélanges des sources de contaminations.
    4) Interdiction de sortir des chambres (il y a une tv, une salle de bain, etc. dans chacune des chambre) sauf pour transport ambulancier...
    5) Gardien de sécurité assermenté comme agent de la paix ayant les pouvoirs dévolus: remises de contraventions, arrestations, etc. pour ceux qui tentent de "sortir de la chambre.
    6) Tous, entièrement tous les frais d'hébergement à l'hôel entièrement aux frais des "vacanciers". Avec bien entendu une impossibilité absolue par la loi de pouvoir inclure les $$$ dans une faillite avant 10 ans (cela est de 7 ans pour les prêts et bourses d'étudiants).
    7) Application immédiate des dérogatives à la Loi régissant l'Assurance maladie et permettant de "charger tous les frais de soins et d'hospitalisation au "malade fautif"... Ainsi que tous les frais qui sont encourus pour les soins de personnes qu'elle contamine (cela aussi est indiqué dans la Loi).
    8) Dépot de plaintes pénales avec possibilité de peines d'emprisonnement de 5 ans et d'amenes ou sumultanément des deux (ce qui est le maximum pour une cause pénale de nature provinciale) à toute parsonne tentant de se dérober par quelque moyen que cela soit à ce décret.
    9) L'aide juridique n'est pas accessible pour les contrevenants à ce décret.
    10) Ce décret s'applique aussi à tout le personnel navigant... Exemple: tu arrives du Sud comme pilote, si tu descends de l'avion... Quarantaine immédiate.

    • Claude Létourneau - Abonné 24 décembre 2020 09 h 11

      mais vous avez oublié les coups de fouet m. Pelletier... et à la sortie de cette "quarantaine humanitaire" qui se chargera des frais des soins psychologiques nécessaire à la réhabilitation de ces dangeureux criminels...?

    • Dominique Boucher - Abonné 24 décembre 2020 09 h 46

      «Pour le GV-Q-Legault, la situation est facile à règler.»

      Suit une liste en dix points avec réquisition dʼhôtels et gardiens de sécurité qui deviennent agents de la paix... Facile... Mais votre plan a au moins le mérite de faire payer la facture à ces égoïstes.

      Cʼest bien beau taper sur le «GV-Q-Legault» (comme vous dites), mais le transport aérien et les aéroports sont de juridiction fédérale, non (un de ces fameux «pouvoirs résiduels»)?

      Que penserait Justin Trudeau de votre plan? «[Trudeau] estime qu’il n’y a pas lieu de renforcer les mesures qui sont imposées aux voyageurs de retour: elles sont parmi les “plus strictes au monde”, a-t-il fait valoir. Lorsque les voyageurs arrivent ou reviennent au Canada, ils se font interroger par un agent de l’Agence des services frontaliers du Canada, qui est aussi “formé pour observer les signes visibles de la maladie”. Les questions de contrôle sanitaire incluent de savoir où la personne entend passer sa quarantaine.»

      On est rassurés... Aucun de ces enfants gâtés ne va mentir...

      Le Devoir: «Trudeau ne veut pas serrer la vis aux voyageurs»
      https://www.ledevoir.com/politique/canada/592256/point-de-presse-trudeau

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Joane Hurens - Abonné 24 décembre 2020 10 h 21

      En attendant, agir en amont serait souhaitable. American Airlines exige un test négatif pour ses passagers 24 heures avant le départ du Royaume Uni. Qu’attend le ministre Marc Garneau pour imposer cette consigne aux transporteurs aériens qui ramèneront les Snow Birds irresponsables? Avant 2022, si possible.

    • Serge Pelletier - Abonné 25 décembre 2020 01 h 00

      Réponse aux pleunichards...

      Le GV Trudeau ne peut rien faire contre le GV-QC, tout comme Il ne fait absolument rien contre les provinces atlantiques qui ferment leurs frontières entre elles et entre les autres provinces, ainsi qu'aux états américains. Pourtant la Charte canadienne est spécifique sur un point "tout canadien peut aller où il veut au Canada". Makleureusement, un GV peut facilement contourner cela par la nécessité qu'impose la santé publique...
      Le pleurnichage de Legault pour ne rien faire que les aéroports sont de compétences fédérales est risible. Ti-Clin quand il quitte l'aéroport, il est où... Il ne s'agit pas là d'une arrstation et d'une détention illégale, c'est une mise en quarantaire obligatoire et sous surveillance pour l'observation de celle-ci par les fautifs. Les Chartes le permettent...
      Il se dit tellement de mensonges sur la sacro sainte Charte, que les gens omettent les possibles dérogations de plein droit. Or la Constitution canadienne possède ue multitude de lois qui permettent d'y déroger... Et la Loi fédérale, tout comme celles de niveau provinciale, sur l'urgence sanitaire en fait partie.

      Quand aux tests avant les entrées ou aux sortirs de avions cela n"est qu'indicateurs, mais non une garantie... d'autant plus aue la majorité des vols sont rapides entre les deux points. Demander aux personnes sur la base antartique qui sont maintenant toutes contaminées parce que la base a eu une ré-approvisionnement en vivres... Les membres du bâteau avaient tous subit des tests avant le départ (tesrs tous négatifs), les membres d'équipge n'ont jamais été en contact avec les membres "terrestres" de la base, etc. Mais... maintenant tous les membres de la base sont contaminés...

    • Roxane Bertrand - Abonnée 25 décembre 2020 16 h 41

      On constante ici que dans toute proposition, particulièrement lorsque l'idee de base est louable et pleine de sens, certains la transforme en position intégriste digne des pires régimes dictatoriaux. Ce phénomène s'accapare étrangement davantage des positions officielles gouvernementales et est contre productif pour celles-ci. L'extrémisme est un fléau qui gangrènise les débats.

  • Serge Bourassa - Abonné 24 décembre 2020 04 h 36

    L'égoïsme des uns et la mort des autres

    Merci, M. Dutrisac, pour votre dénonciation de ces concitoyens, incapables de participer à cet effort collectif pour, littéralement, sauver des vies. Comme si ces statistiques de morts quotidiennes n"avaient aucune signification. Comme si le report de chirurgies n'avaient aucune importance. Comme si la possibilité que certains ne puissent être soignés, faute de capacité physique et humaine aux unités de soins intensifs, et en meurent, était une simple fatalité inévitable. Ces égoïstes contribueront sans aucun doute à la propagation du virus, à la maladie, et probablement à la mort de certains. Imaginer qu'ils se mettront tous en quarantaine, à leur retour, alors qu"ils sont incapables de reporter leur petit voyage, tient de la pensée magique. J'ai personnellement dû 'visiter', par absolue nécessité, clinique médical et hôpital, au cours des derniers jours, et j'ai constaté tous les efforts mis en oeuvre pour nous protéger et nous soigner. Il est désespérant de voir et d'entendre certains de nos concitoyens, aux pires moments de cette pandémie, commettre pareilles incivilités, sourires aux lèvres et le coeur léger. Qu'ils et qu'elles n'oublient surtout pas de partager leurs photos de vacances sur leur compte Facebook, et de détouner leurs pensées à leur retour au Québec, lorsqu'on annoncera les statistiques quotidiennes.

    • Marc Therrien - Abonné 25 décembre 2020 09 h 39

      Parlant des rapports statistiques quotidiens sur les nouveaux cas de Covid-19, il serait intéressant qu’ils indiquent la proportion de nouveaux cas venant des rassemblements de Noël vs ceux venant des voyageurs de retour au pays.

      Marc Therrien

  • Marie Nobert - Abonnée 24 décembre 2020 05 h 30

    «Les délinquants s’exposent à une amende considérable — 750 000 $ — et même à une peine de six mois de prison.»

    Plein cauchemar à moins d'être au pays des licornes. Ça vient d'où ça? Ça passe pas le cap de la «Charte» (peines disproportionnées). Misère! Pour le reste, au pays des «cons», les «imbéciles» restent rois.

    JHS Baril

  • Jean Lacoursière - Abonné 24 décembre 2020 06 h 43

    Le nombre de cas

    Ce serait bien si les journaux abandonnaient le nombre de cas pour plutôt rapporter le taux de positivité.

    En lissant une droite, ce taux est passé, depuis le 1er décembre, de 5,0 à 6,6 pourcent (21 décembre).

    Le taux de positivité a donc augmenté de 1/3 en 21 jours.

    Source : https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees

  • Daniel Dumont - Abonné 24 décembre 2020 07 h 06

    Les clouer au sapin?

    L'éditorialiste du Devoir croit qu'on devrait clouer les "tout-inclus" au pilori. Fort bien quoique que je constate un grand respect des règles dans mon tout-inclus. Mais alors, où faudrait -il clouer les "consommateuristes" qui s'agglutinent joyeusement dans les centres d'achat depuis des semaines avec l'accord du gouvernement? Deux poids, deux mesures; on voit où sont les priorités de notre premier ministre.
    Daniel Dumont

    • Serge Pelletier - Abonné 25 décembre 2020 01 h 17

      M. Dumont, la réponse est simple = OUI mesures drastiques pour tous ceux qui dérogent... Y compiis contre les individus du GV qui se réfugient sur/ou dans des banalités pour ne pas agir adéquatement.
      Le Code criminel est spéficique en matière de négligence criminelle: articles 219 à 226, et 22(1) à 23(1).
      Sans omettre l'aspect financier de la Loi cadre de l'Assurance maladie qui permet de charger 100% des frais en soin pour la personne négligeante, ainsi que 100% des frais pour toute personne qui serait soignée suite à la néglideane de la première... (de mémoire, art. 8).