De l’indifférence à l’action

Dès le début de son mandat, le gouvernement caquiste a fait l’objet de critiques pour son manque de vision en matière d’environnement. Après une campagne électorale où la Coalition avenir Québec avait occulté cet enjeu pourtant majeur, François Legault, une fois premier ministre, a compris que son gouvernement devait en faire une priorité. Mais son parti pris en faveur de la création de richesse le plaçait souvent en porte-à-faux avec les objectifs de lutte contre les changements climatiques et de protection de la biodiversité. Comme s’il y avait une incompatibilité foncière entre le développement économique et la protection de l’environnement. C’est en train de changer.

Le gouvernement Legault se dit pragmatique et privilégie l’action aux grands discours. L’un n’empêche pas l’autre en politique, mais force est de constater que le gouvernement Couillard, sur la question de l’environnement, a eu tendance à se gargariser de grands principes sans que les actions suivent. Il a fait la promotion du projet Énergie Est, l’oléoduc de TransCanada que Philippe Couillard présentait comme notre tribut à payer à la fédération canadienne, et il n’a pas respecté ses cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout comme les engagements internationaux du Québec portant sur la création d’aires protégées.

À deux semaines de l’échéance, le gouvernement Legault a annoncé qu’il avait atteint l’objectif de protéger 17 % des milieux naturels terrestres et d’eau douce du Québec, comme le prône la Convention sur la diversité biologique des Nations unies. Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a confirmé la semaine dernière la désignation de 34 réserves de territoire aux fins d’aire protégée (RTFAP), ce qui s’ajoute aux désignations récentes. Ce sont des aires totalisant 66 000 km2, ce qui porte l’étendue protégée du territoire québécois à 258 000 km2, presque quatre fois la superficie du Nouveau-Brunswick. Un organisme comme la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) a salué l’initiative.

Évidemment, c’est dans le Nord que s’étendent les aires les plus vastes. Ainsi, 23 % du territoire cri d’Eeyou Istchee, en pleine forêt boréale, est protégé, tout comme 20 % du Nunavik. D’autres régions sont visées : 32 secteurs s’ajoutent en Mauricie, en Abitibi-Témiscamingue et sur la Côte-Nord, notamment. Dans le Bas-Saint-Laurent, les monts Chic-Chocs, à l’ouest du parc national de la Gaspésie, font l’objet désormais d’une protection. Dans le sud du Québec, la désignation d’aires protégées est plus complexe, du fait que les terres privées y prédominent. On entend procéder à l’achat de terres — 50 millions ont été prévus à cette fin dans le dernier budget — avec des fondations privées, comme Canards Illimités et Conservation de la nature Canada, afin de tripler cet investissement.

Dans certains cas, les intérêts économiques ont pesé plus lourd que la protection de la biodiversité. Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, que les environnementalistes appellent le ministre des Forestières, a contré un projet d’aire protégée le long de la rivière Péribonka. Plus tôt cette année, le gouvernement caquiste a aboli les mesures de protection de trois massifs forestiers au nord du Lac-Saint-Jean, où subsistent des hardes de caribous forestiers, une espèce en péril.

De même, le ministre Charette a écarté trois projets en territoire innu, soit les parcs de Pipmuakan, de Pakatatan et de l’inestimable rivière Magpie. Souhaitons que ce ne soit que partie remise. En principe, l’objectif de 17 % n’est qu’une étape : il pourrait être porté sous peu à 30 % du territoire d’ici 2030. Une réunion des pays participant à la Convention sur la diversité biologique devait avoir lieu cette année, mais elle a été reportée à l’an prochain à cause de la pandémie. Les propositions rejetées pourraient donc être reprises, d’autant plus que le projet de loi 46 modifiant la Loi sur la conservation du patrimoine naturel, dont les parlementaires ont terminé l’étude et qui devrait être adopté lors de la prochaine session, contient une disposition sur les aires protégées d’initiative autochtone.

Avec ces désignations, le gouvernement caquiste a franchi une importante étape en matière de biodiversité. C’est une action concrète comme les aime le premier ministre, décisive et sensée, qui devra toutefois connaître une suite. Comme pour son Plan pour une économie verte présenté cet automne, du travail reste à faire. Mais pour l’heure, on ne peut plus taxer le gouvernement Legault d’indifférence, voire de passivité, face aux enjeux environnementaux.

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18 commentaires
  • Dominique Boucher - Abonné 22 décembre 2020 06 h 56

    Richesse, changements climatiques et hydro-électricité

    Vous savez ce qui peut à la fois créer de la richesse ET lutter contre les changements climatiques? Lʼhydro-électricité.

    Je ne comprends pas pourquoi le Québec ne développe pas _massivement_ son formidable potentiel hydro-électrique. Il y a un immense marché dʼexportation, quand la raison un jour prévaudra sur les idiots en Nouvelle-Angleterre qui ne veulent pas de pylones dans leur cour (trop laid), mais qui ne veulent pas non plus de centrales thermiques (trop de CO2) ou nucléaires (trop dangereux). Ils leur reste quoi? Bonne chance avec vos énergies intermittentes (éolien, solaire)... Quant ils auront essayé et en seront revenus (parce que ce ne sont pas des sources FIABLES et continues dʼénergies), ils devront bien arriver à la conclusion que lʼélectricité du Québec est de loin la moins pire des solutions pour le nord-est de lʼAmérique du Nord. Le gouvernement du Québec doit anticiper. Où sont les visionnaires? Et ça peut se faire, sous la supervision de biologistes de lʼenvironnement, en minimisant les impacts sur la biodiversité.

    Et pendant ce temps, que continuera à faire le fédéral? Il continuera à subventionner, à coups de milliards, les industries automobile en Ontario et pétrolière en Alberta, tout en se drapant dʼune belle et grande vertu écologique et tout en essayant de faire avaliser par la Cour suprême du Canada son empiétement dans un domaine où il nʼa VRAIMENT pas de leçons à donner au Québec (dixit Justin Trudeau: «On n’a pas besoin d’imposer quoi que ce soit au Québec parce que le leadership du Québec en matière de la lutte contre les changements climatiques est bien évident.»)? De lʼhypocrisie.

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Hélène Paulette - Abonnée 22 décembre 2020 13 h 02

      Monsieur Gélineau, le problème c'est que le Maine n'a pas besoin de notre hydro-électricité et que les lignes de transport doivent passer chez-eux pour atteindre le Massachussetts... Et pourquoi Hydro refuse-t-elle obstinément d'enfouir ses lignes, prétextant un coût plus élevé?
      Par contre, la nouvelle Présidente nous laisse entrevoir de nouvelles façons de produire de l'énergie sans l'anarchement de rivières si dommageable à l'environmnement.

    • Dominique Boucher - Abonné 22 décembre 2020 14 h 25

      «le problème c'est que le Maine n'a pas besoin de notre hydro-électricité et que les lignes de transport doivent passer chez-eux pour atteindre le Massachussetts...»

      Alors, pourquoi construisent-t-ils la ligne dʼinterconnexion des Appalaches-Maine?

      https://www.hydroquebec.com/projets/interconnexion-appalaches-maine/

      «The New England Clean Energy Connect (NECEC) will save Maine consumers millions of dollars each year by harnessing Canadian hydropower and transmitting clean energy into the New England grid.»

      https://www.necleanenergyconnect.org/

      *

      «Par contre, la nouvelle Présidente nous laisse entrevoir de nouvelles façons de produire de l'énergie sans l'anarchement de rivières si dommageable à l'environmnement.»

      Vous mʼintriguez. Comment? La biomasse?

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Hélène Paulette - Abonnée 22 décembre 2020 15 h 41

      Bien sûr la biomasse qui règlerait notre problème d'enfouissement mais surtout l'hydrogène produite avec l'hydroélectricité... Pour le Maine, les citoyens s'opposent à coup d'injinctions et de référendums.

  • Simon Grenier - Inscrit 22 décembre 2020 07 h 34

    Au contraire, on peut désormais taxer le gouvernement Legault d'indifférence, de passivité ET de poudre aux yeux (les siens et ceux de la population) en posant des gestes qui n'ont aucun impact.

    Protéger d'immenses zones désertes où l'exploitation industrielle n'est pas rentable, alors que moults combats citoyens et municipaux continuent de se mener un peu partout sur le territoire - en particulier "dans le sud" - ce n'est pas convaincant du tout. Vous faites vous-même une très courte liste qui est bien suffisante pour établir que la seule chose qu'on a en tête, c'est d'atteindre un très comptable rapport de 17% sur papier: le pragmatisme aux toilettes (encore une fois). Moi aussi, je peux régler mes factures en les sacrant aux vidanges. "Le total de mes factures est maintenant de zéro dollars." Ça sonne vrai, mais c'est faux.

    Protéger la biodiversité là où rien ne la menace et en interdire le maintien là où ce serait nécessaire, c'est l'inverse de l'esprit de la Convention. La rainette faux-grillon, la couleuvre brune, le béluga, les milieux humides, le chevalier cuivré, les tortues, le pic à tête rouge, le faucon pèllerin, la morue, les abeilles et bourdons, la chauve-souris, les forêts vierges ou ancestrales... ce n'est pas dans la tundra qu'on les trouve. Le caribou, ce n'est pas en plein Nunavik qu'il est menacé.

    On est dans la droite ligne des gouvernements qui se suivent et se ressemble en matière d'Environnement (et de territoire): des non-gestes qui n'apporteront que des non-changements et des non-bénéfices.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 22 décembre 2020 08 h 18

    Qui dit vrai : hier on nous annoncé que le gouvernement Legault ratait la cible concernant les GES?

    Actuellement nous nageons tant dans l'information que dans la désinformation! En essayant d'être un peu modéré, disons 50% de vrai et 50% de faux, le bilan n'est donc pas celui escompté à 100%! En y ajoutant les publicités payées par les citoyens, faites par la CAQ., nous savons que les promesses de ce gouvernement tiennent de la fantasmagorie que reçoivent les plus faibles, sans manifester une quelconque réaction! François Legault le sait et en profite au maximun, en se faisant même accompagné du Père Noël pour mieux faire passer son message, bref, ie messie est à la tête du Québec! Avec la loi 21. il faut avouer que son message passe mal du côté de certains immigrants, mais pragmatisme spécial Legault oblige! Et dire qu'on a fermé les églises pour éviter que les prêtres continuent de livrer leur message!
    En regard des infos concernant la destruction de l'environnement qui sont cités ici,nous n'avons qu'une pointe de la triste réatité des choses! Tout va mal dans le ROC et au Québec car nous sommes dirigés par des personnes liés au monde des affaires qui, nous le voyons chaque jour peuvent déménager leurs pénates ailleurs et ensuite c'est à nous de payer la facture pour nettoyer ce qu'ils ont endommagé!
    Chaque jour le Dominion apparaît comme un pays de bananes! Pourquoi? En pleine pandémie, le gouvernement Trudeau est incapable de prendre la décision ferme de bloquer les aéroports comme il le maintient aux frontières terrestres! Là encore, nous avons la démonstration que le Québec ne peut rien faire, comme ce fut le cas avec le chemin que vous connaissez!
    En résumé, arrêtons de fanfaronner à la veille de Noël, les temps sont durs pour tous les citoyens qui ont un goût amer de l'année 2020!

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 22 décembre 2020 08 h 45

    Et nous n'en ferons jamais trop collectivement ...


    Car il s'agit de se donner collectivement une chance de ne pas dégénérer notre environnement vers le point de non-retour. Tant qu'à moi, on devrait plutôt procéder de façon inverse. C'est-à-dire que par défaut, c'est 100% des territoires de la planètes qui devraient être protégés. Et pour permettre d'exploiter des ressources (forestières, minières, aquatiques), il faudrait démontrer que tout est fait pour préserver le milieu au maximum, le réhabiliter une fois l'exploitation terminée et surtout le faire si les avantages sont plus importants que les inconvénients (et pas seulement sur le plan économique).

    Je pense par exemple à un projet comme la cimenterie de Port-Daniel en Gaspésie. Quelle honte ! Quel manque de vision ! Quel résultats catastrophique, tant d'un point de vue économique qu'écologique ! Et au lieu de reconnaître la faillite d'un tel projet, on persiste et signe en le bradant à une multinationale brésilienne qui n'en a vraisemblablement rien à foutre de l'économie durable et de l'écologie.

    Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres ... Par ailleurs, comment expliquer qu'on puisse aller de l'avant avec un projet comme GNL Québec ? Alors qu'on nous rabâche les oreilles avec l'idéologie qu'il faut mettre en place des infrastructures qui nous amènent vers d'autres façons de faire tant en matière de gestion de l'énergie que d'économie et d’environnement. Ce n'est certainement pas un projet qui permet la diminution de l'utilisation des énergies fossiles !

    Comme on dit par chez nous, faut que les bottines suivent les babines ! Et surtout, faut arrêter de nous vendre cette salade d'un goût douteux à l'effet que l'économie doit se développer au détriment de l'écologie ... À quoi serviront tous ces "dollars" virtuels engrangés dans des registres informatiques non moins virtuels quand les Humains se seront retrouvés dans un monde irrespirable, imbuvable et immangeable ?

    • Christian Roy - Abonné 22 décembre 2020 10 h 47

      @ M. Fisicaro,

      Je trouve lumineuse votre façon de voir les choses: "Tant qu'à moi, on devrait plutôt procéder de façon inverse. C'est-à-dire que par défaut, c'est 100% des territoires de la planètes qui devraient être protégés."

      Ce serait tout un renversement de paradigme. Super idée ! Comme s'il fallait penser "en dehors" de la boîte - ici de la planète.

  • Patrick Boulanger - Abonné 22 décembre 2020 09 h 06

    " Comme pour son Plan pour une économie verte présenté cet automne, du travail reste à faire. "?

    Par rapport au plan de la CAQ, C'est le moins que l'on puisse dire! Ce plan non contraignant (!) n'atteind que 42% de sa cible actuellement et la CAQ mise - notamment? - sur de nouvelles technologies ainsi que sur le fédéral pour l'atteindre. Il me semble pour le moins hasardeux de compter là-dessus pour atteindre cette cible de réduction de 37,5 % d’ici 2030, par rapport à 1990.