Pas de répit pour le virus

La perspective imminente d’un vaccin a-t-elle endormi les ardeurs de la population à se protéger de la COVID-19 ? Si l’on en croit les courbes ascendantes qui font un retour en force au Québec et au Canada, il semble que oui. L’usure du temps, l’exaspération et le vicieux confort de l’habitude ne doivent toutefois pas faire baisser la garde des citoyens, qui en grande majorité n’auront accès au vaccin que dans plusieurs longs mois. L’heure est encore grave, même si notre niveau d’alerte s’est engourdi.

L’aiguille du nombre de cas d’infection, d’hospitalisation et de séjours aux soins intensifs continue d’être le curseur de gravité qui décidera de l’allure de nos prochaines semaines. Reconfinera ? Reconfinera pas ? La récente tendance à la hausse de l’ensemble de ces statistiques a fait dire vendredi dernier à l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, que la « période risquée » du temps des Fêtes pourrait faire bondir le nombre de cas quotidien au Canada à 12 000 en janvier. À l’ouest de
l’Atlantique, partout la courbe des hospitalisations galope vers le haut. Le Québec enregistrait dimanche près de 2000 nouveaux cas, et 880 hospitalisations tandis que 123 personnes se retrouvent aux soins intensifs, un tableau très sombre.

C’est autour de l’observation de cette dernière donnée que se trouve encore, dix mois plus tard, le signal d’alarme qui décidera de la suite des choses : fermeture probable des commerces et des entreprises, reconfinement des élèves, mise en pause de l’économie québécoise, le temps que les niveaux de contagion se calment. La Suède, désignée d’abord comme le pays modèle puis peu à peu comme l’exemple à ne pas suivre, a lancé un cri d’alarme la semaine dernière précisément parce que sa capitale, Stockholm, avait atteint 99 % d’occupation de ses lits en soins intensifs, soit littéralement l’indice d’un passage en situation catastrophe.

Il suffit de se rappeler les tribulations désespérées de l’Italie au printemps dernier, alors que la capacité des hôpitaux ne parvenait pas à absorber l’escalade tragique du nombre de cas. Le pays avait alors dû faire la sélection des cas prioritaires, au détriment de malades laissés à eux-mêmes, sans secours, mourant à domicile. Au même moment, le Québec apprivoisait tranquillement l’idée même d’une pandémie et sautait d’un pied à l’autre sur le concept du port du masque, que les autorités n’osaient pas encore recommander. Disons-le : nous étions alors bien démunis sur le plan des connaissances face à ce virus destructeur, ce qui n’est plus le cas.

La période des Fêtes devrait-elle servir de parfaite mise en veilleuse des activités pour ralentir la progression de la COVID-19 ? Le Québec devrait se rappeler l’épisode douloureux de la relâche scolaire de début 2020 qui, avec le recul, s’est avéré un parfait cocktail pour encourager la contagion, particulièrement en raison des nombreux déplacements hors frontières. Cette expérience désastreuse ne peut être occultée au moment de décider de la suite des choses. L’occasion des Fêtes est à saisir.

C’est à nouveau un véritable casse-tête que doit résoudre le gouvernement de François Legault, dont les décisions de gouvernance doivent prendre en considération le moral des troupes, la santé économique et la force de frappe du réseau de la santé, ce dernier indicateur l’emportant toujours sur les deux précédents. Ce fragile équilibre a donné lieu à quelques errements, notamment cette décision hâtive de faire miroiter un semblant de normalité pour la pause des Fêtes. On doit annoncer cette semaine la directive finale pour cette période cruciale, mais il y a fort à parier que le Québec sera à nouveau mis en pause pendant un mois complet, afin de donner un second souffle aux hôpitaux.

Les statistiques démontrent que c’est dans les écoles et les milieux de travail que se trouve le plus grand nombre de foyers d’éclosion. La mise à l’arrêt de toute activité impliquant des contacts sociaux pendant le congé des Fêtes — une pratique d’ailleurs adoptée dans plusieurs pays européens, aussi aux prises avec une forte deuxième vague — semble inévitable. La directive doit être cohérente et toucher l’ensemble des lieux susceptibles d’être associés aux foyers de contagion — commerces, grandes surfaces, etc. — et pas seulement les restaurants et les lieux culturels, qui ont été sacrifiés même s’ils sont très peu associés à des pics contagieux. Ce nouvel entracte tombe peut-être bien mal, au moment où un peu de baume à l’âme aurait été bienvenu, mais il semble un mal nécessaire pour éviter le pire.

8 commentaires
  • Jean-Henry Noël - Inscrit 14 décembre 2020 01 h 39

    La vérité

    L'orient, par la Chine et d'autres pays asiatiques, a fait une formidable démonstration de maîtrise de la situation. L'occident n'a pas suivi. L'occident refuse obstinément de reconnaître que la Chine, obstacle gigantique aux USA et à l'Europe, est la puissance montante, est la puissance dominante de par son économie inspirée du marxisme, non du soviétisme. Le centre du monde se déplace vers l'Asie. L'occident refuse de l'accepter. Comment qualifier ce comportement ? Combien de civilisations se sont effondrées dans l'histoitre de l'humanité ? Tant qu'à rabâcher Churchill, oui, la démocratie, fille du capitalisme, le pire système socioéconomique qui soit, est l'os qu'on jette aux chiens se disputant entre eux. La pauvreté en pays «riches» en est la preuve.

    • Simon Grenier - Inscrit 14 décembre 2020 07 h 10

      Quant à moi, la démonstration qui a été faite du capitalisme est entièrement dépendante de l'identité des décideurs successifs.

      Nonobstant les influences mondiales et autres tendances liées au comportement humain (réseaux sociaux, traditions, consumérisme, conformité, estime personnelle, etc.), tous les modèles de société peuvent être ajustés, modulés, peaufinés, personnalisés aux us, coutumes, traditions et valeurs des nations qui les adoptent. Ce n'est toujours qu'une question de "volonté" (qu'on associe souvent, chez nous, à la "volonté politique"), celle d'une ou de plusieurs personnes.

      Il appert toutefois que la perspective d'un monde plus juste soit une motivation moins forte que le pouvoir ou l'argent et ça, c'est universel. On peut faire ce constat dans toutes les sociétés, à l'échelle de toute l'histoire humaine, peu importe la forme que prend le pouvoir ou le mode de gouvernance. Les glitches qui se sont (heureusement!) présentés ici et là ont été passagers ou la conséquence d'abus habituellement inhumains et prolongés.

      Alors Churchill, l'empire Romain, toutes les institutions qui se prétendent gardiennes des religions, l'Europe coloniale, Apple, les États-Unis, la Russie, Huawei, Uber, l'Asie, la Chine plusieurs fois millénaires, les formes de gouvernement... tous des épouvantails qui servent à masquer la véritable explication aux inégalités: la nature humaine. On pourrait tous être confortables dans une démocratie, autant que dans une société purement communiste. Ça ne dépend que de qui est assis dans quelle chaise.

  • Pierre Samuel - Abonné 14 décembre 2020 06 h 23

    < Salut à toi Dame Bêtise ! > ( Jacques Brel )

    Inimaginable de constater l'indifférence et l'insouciance irresponsables de certains citoyens qui continuent d'agir face à cette pandémie mondiale comme s'il s'agissait effectivement d'une < crise virtuelle > !

    La presse, la radio, la télé, les médias sociaux ne cessent d'aviser des mesures à prendre et de rapporter les tragédies reliées à cett crise, comment peut-on malheureusement, dans de trop nombreux cas, continuer de se conduire innocemment comme un troupeau en route vers l'abattoir ???

    Comme le chantait, entre autres, le regretté Jacques Brel : < Salut à toi Dame Bêtise / Toi dont le règne est méconnu /
    Salut à toi Dame Bêtise / Mais dis-le moi comment fais-tu ?...
    ( Tout Brel, éditions Robert Laffont - 10/18 -, L'air de la bêtise,
    1998, p. 145 ).

    • Dominique Boucher - Abonné 14 décembre 2020 09 h 02

      Et ces tatas égoïstes et irresponsables qui montent en masse dans le Nord pour envahir les restaurants de Saint-Sauveur et de Mont-Tremblant parce que sans ça, pauvres pʼtites crottes, leur vie nʼa plus de sens... Quʼest-ce que ces gens-là auraient fait durant le blitz de Londres (septembre 1940-mai 1941)?

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Robert Morin - Abonné 14 décembre 2020 07 h 27

    Go shopping...

    À voir les stationnements des grandes surfaces d'entreprises étasuniennes impunément remplis à pleine capacité depuis le début de la pandémie, on ne peut s'empêcher d'y voir une complaisance, un aveuglement volontaire de nos dirigeants en présence de foyers de contagion évidents, mais volontairement ignorés au nom de la sacro-sainte «économie». Ce qui recoupe le propos éclairant de Mathieu Bélisle dans son formidable ouvrage «L'empire invisible» :

    «C'est dans les moments de crise que les lois qui régissent l'existence collective deviennent évidentes, que l'autorité sort de son mutisme pour nous rappeler notre devoir. L'empire invisible redevient visible, ainsi que notre statut de sujet de l'empire (...) Soudain, nous prenons conscience que notre identité de CONSOMMATEUR est la seule qui compte vraiment, que l'invitation perpétuelle à consommer est en vérité une INJONCTION (...)» (les majuscules sont de moi).

    L'auteur va plus loin en citant comme exemples percutants de son propos les déclarations de George W. Bush, président des É.-U. au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 : «Nous ne pouvons pas laisser les terroristes atteindre leur objectif de terroriser notre nation au point où nous cesserons de faire des affaires et de magasiner.» Ou encore, ce même W. Bush, en 2006, dans une allocution prononcée durant la période des Fêtes de 2006, alors que planait la menace d'une récession sur l'économie étasunienne et que l'endettement des ménages atteignait déjà des niveaux inquiétants, avait de nouveau présenté SA solution, soit la même qu'après les attentats du 11 septembre 2001 : «Go shopping more».

  • Dominique Boucher - Abonné 14 décembre 2020 07 h 38

    Bonne idée

    Puis-je me reciter moi-même (aussi appelé: radoter ;—) )? Fin dʼun de mes précédents commentaires :

    Jʼécoutais il y a quelques mois à une émission sur les ondes de France Culture une cherceuse dans ce domaine qui disait craindre que les vaccins quʼon nous vantarerais à grands coups dʼannonces, sʼils fonctionnent, ne sʼavêrent en fait que peu efficaces, mais que la publicité/propagande aura été tellement bien faite, les espoirs créés au sein de la population si grands, que les personnes qui oseront en critiquer lʼefficacité seraient prises pour des esprits chagrins et que ces critiques ne seront de toute façon quʼun petit bruit de fond derrière lʼallégresse médiatisée générale. Jusqu'à ce quʼon se rende à lʼévidence quʼil faut continuer les bonnes vieilles mesures de précautions (maintien de distance, port du masque, regroupements limités) encore longtemps.

    On verra...

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Marc Therrien - Abonné 14 décembre 2020 09 h 40

      Il est à espérer que le vaccin soit efficace. Car imaginez qu’à raison de 2000 nouveaux cas d’infection par jour sur une population de 8,2 millions qui n’a pas encore été infectée, nous en ayons encore pour 11 ans à suivre quotidiennement ces statistiques et les discours gouvernementaux qui les accompagnent.

      Marc Therrien

  • Pierre Rousseau - Abonné 14 décembre 2020 08 h 56

    Le gouvernement Legault a contribué à l'expansion de la crise

    En créant des zones vertes, jaunes, oranges et rouges, le gouvernement Legault avait une bonne idée sauf qu'il n'avait pas tenu compte du fait que la population est loin d'être docile et est profondément égoïste. Le gouvernement a eu peur de prendre la seule mesure efficace qui pouvait appuyer ces zones, c'est-à-dire d'interdire complètement la circulation entre les zones à plus haut risque et d'en prendre les moyens par des barrages routiers.

    Ce qui est arrivé devait arriver: les gens de la métropole, plus de 3 millions de personnes, étant en zone rouge, donc pas de restos et autres services très appréciés, se sont précipités dans les zones oranges limitrophes en commençant par l'Estrie qui est tombé en zone rouge quelques semaines plus tard, puis maintenant les Laurentides après quelques semaines d'un cirque incroyable, une invasion quasi barbare qui a évidemment répandu le virus. Les commerçants étaient bien heureux de la ruée mais ont-ils pensé à leur santé et au fait qu'ils risquaient ainsi leur vie et celle de leurs employés?

    Ça veut dire entre autes que si le gouvernement ne pouvait pas faire respecter ces zones, il n'aurait tout simplement pas dû y recourir car il a involontairement poussé les gens des zones rouges à aller répandre le virus ailleurs, dans des régions beaucoup moins bien équipées en terme de services sanitaires, d'hôpitaux et de personnel de la santé. Cela risque de causer l'effondrement rapide des services de santé dans ces « zones » moins bien équipées.

    Donc, ce que nous vivons maintenant est le résultat de l'hésitation du gouvernement Legault de prendre les moyens de faire respecter ses décisions et, surtout, sa peur de déplaire à ses électeurs et ses amis commerçants. Il faudra en tenir compte en faisant le bilan final de la pandémie car on peut bien pointer le doigt à la Suède mais on n'est pas beaucoup plus avancés ici malgré la panoplie de mesures plus ou moins efficaces.