Vigilance et longueur de temps

L’arrivée au Canada des premières doses du vaccin de Pfizer et BioNTech la semaine prochaine est évidemment une excellente nouvelle. Si elle nous permet d’entrevoir la lumière au bout du tunnel, elle ne peut occulter le fait que cette lueur est encore loin. La bataille contre la COVID-19 — les dernières données sur les hospitalisations au Québec sont éloquentes à cet égard — fait toujours rage.

Des 249 000 doses que le Canada recevra d’ici la fin de décembre, le Québec en obtiendra 4000 la semaine prochaine, une très faible quantité qui permettra de tester la logistique de distribution du vaccin, et près de 57 000 doses entre le 21 décembre et le 4 janvier. Comme deux doses du vaccin sont prescrites, entre 22 000 et 28 000 personnes pourront être immunisées.

Selon l’ordre de priorité arrêté par le gouvernement, ces premières doses sont destinées, comme il se doit, aux résidents en CHSLD. C’est donc dire que plus de la moitié d’entre eux seront vaccinés lors de cette première distribution. D’ici le 31 mars, c’est 700 000 personnes qui devraient être vaccinées, soit, outre les résidents en CHSLD, les 325 000 travailleurs de la santé, les 136 000 locataires des résidences pour personnes âgées (RPA), les 48 000 membres des communautés isolées et éloignées et une petite partie des personnes âgées de 80 ans. Suivront plus tard au printemps les personnes âgées de 70 à 79 ans puis de 60 à 69 ans ainsi que les adultes de moins de 60 ans jugés à risque. Quant à la population qui ne figure pas dans ces catégories, soit plus de 3,4 millions de personnes, elles devront attendre l’été, voire l’automne prochain, avant d’être vaccinées.

Il faudra patienter avant que la vaccination des personnes les plus à risque ne se traduise par une baisse marquée des hospitalisations et des décès causés par la COVID-19. En outre, le coronavirus continuera à circuler tant que la majorité de la population ne sera pas vaccinée.

Par rapport à d’autres pays de l’OCDE, comme le Royaume-Uni ou même les États-Unis, qui prévoient d’achever la vaccination de leur population en juin ou même avant, le Canada est à la traîne. Soulignons toutefois que le gouvernement Trudeau a fait preuve de prudence en ne tenant compte que des approvisionnements dont il était assuré. C’est tant mieux, car il évite ainsi de nourrir de faux espoirs. Plusieurs autres vaccins prometteurs font l’objet d’essais cliniques et on peut espérer qu’ils puissent s’ajouter à notre arsenal d’ici quelques mois.

D’ici là, le Québec — et c’est le cas de plusieurs autres provinces — n’est pas tiré d’affaire, loin de là. La situation peut même être qualifiée de critique. De fait, elle correspond à la modélisation rendue publique à la mi-octobre par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et basée sur les restrictions en cours imposées par le gouvernement Legault à partir du 1er octobre. L’INSPQ avait prédit qu’à moins que des mesures encore plus contraignantes ne soient appliquées, on ne parviendrait pas à aplatir la courbe de la propagation. C’est exactement ce qui se produit.

Devant la hausse constante des hospitalisations dues à la COVID-19, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a ordonné aux hôpitaux de procéder au délestage de leurs activités, soit une réduction de 80 % — le niveau actuel — à 50 % de leur capacité opératoire avec la possibilité de procéder à un autre tour de vis, à 30 %, dans les prochaines semaines.

Pour l’heure, le gouvernement Legault n’entend pas mettre l’économie en pause du 20 décembre au 3 janvier en recourant à un confinement aussi strict qu’au printemps dernier, comme le recommandent des économistes et des experts en santé dans une lettre ouverte publiée par La Presse.

La fermeture des écoles à la mi-décembre pendant trois semaines — une semaine de plus qu’en temps normal — devrait procurer un répit, espère-t-on à la Santé publique. Le gouvernement Legault invite les entreprises qui le peuvent à fermer leurs portes pendant deux semaines durant la période des Fêtes et à recourir le plus possible au télétravail. Les inspections de la CNESST se multiplieront et les forces policières feront respecter les règles avec plus de rigueur, notamment les nouvelles restrictions qui touchent les centres commerciaux. Mais si la situation empire, un reconfinement sévère ne peut être exclu.

Malgré l’arrivée d’un vaccin, les Québécois ne sont pas au bout de leurs peines. Il en faudra des mois avant d’atteindre l’immunité collective qui, seule, mettra un terme à cette lutte contre le coronavirus. Entre-temps, responsabilité et vigilance s’imposent toujours, tout comme une indispensable abnégation.

À voir en vidéo