Un royaume pourri

L’Église catholique est un repaire pourri pour prédateurs en soutane. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une organisation pédophile. Ses membres ne sont pas tous des agresseurs d’enfants. Il s’agit bêtement d’une institution sclérosée, en rupture avec les exigences de modernité et les aspirations de justice sociale qu’elle prétend porter contre son cœur.

Lorsque des hommes de foi commettent l’irréparable sur des enfants, l’Église a le pardon trop facile. Elle exhibe les mêmes tares que les régimes corrompus : la culture du secret et de l’impunité. Le rapport publié mercredi par l’ex-juge de la Cour supérieure Pepita G. Capriolo en offre une désolante illustration. Archives secrètes, documents disparus ou « nettoyés », absence de responsabilité et protection aveugle de la réputation des prêtres mis en cause pour inconduites : aucune option n’était exclue par l’archidiocèse de Montréal pour protéger les prêtres pédophiles.

Le rapport Capriolo découle de la condamnation à huit ans de pénitencier de l’ex-abbé Brian Boucher pour des agressions sexuelles sur des mineurs. Celui-ci avait fait l’objet de signalements du début à la fin de sa carrière, entre autres pour une relation « intime et inquiétante » avec un jeune garçon. Des plaintes formulées par deux jeunes hommes adultes ont disparu des archives. Et Boucher a pu sévir dans l’impunité jusqu’à ce qu’un évêque, Mgr Thomas Dowd, monte un dossier contre lui et le soumette à la police, en 2016.

L’« absence d’imputabilité » des membres du clergé chargés de la formation et de la carrière de Boucher a mené à cette scandaleuse débâcle. Ceux-ci se sont renvoyé la balle, « sans jamais se charger des plaintes reçues », souligne l’ex-juge Capriolo. Le feu cardinal Jean-Claude Turcotte était au courant, mais il a préféré envoyer Boucher dans une thérapie bidon dont la résultante fut de le soustraire à la justice des hommes.

Le cas de Boucher n’est pas anecdotique. C’est l’expression d’un mal systémique qui gangrène l’Église catholique, ici comme ailleurs. À preuve, l’archidiocèse compilait des listes de prêtres pédophiles qu’elle n’a jamais cru bon de transmettre aux autorités laïques.

L’archidiocèse a franchi une étape importante en commandant le rapport Capriolo et en ouvrant ses archives pour faciliter le travail de l’ex-juge. L’archevêque de Montréal, Christian Lépine, accueille les conclusions avec « humilité et un profond regret ». Il s’engage à mettre en œuvre les 31 recommandations, parmi lesquelles figure la création d’un registre des plaintes et d’un poste d’ombudsman. L’Église est encore très loin du jour où elle pourra rétablir le lien de confiance avec la société québécoise. Elle a un devoir de communiquer les listes de prêtres délinquants aux autorités et de laisser celles-ci prendre les mesures qui s’imposent pour protéger le public des pédophiles qui se terrent peut-être encore dans ses rangs. Ne présumons pas qu’ils sont tous morts, et ne sous-estimons pas le dommage que peuvent encore causer des retraités.

L’avocat qui représente des victimes du clergé dans dix actions collectives, Alain Arsenault, souligne lui aussi l’heureux précédent qu’est la publication du rapport Capriolo, symbole d’un sens retrouvé des responsabilités pour l’Église catholique au Québec. La culture du secret est si incrustée au sein des valeurs de l’Église qu’elle ne parviendra pas à des réformes durables en se coupant de l’expertise et du regard critique des instances de la société civile, comme elle l’a trop souvent fait dans son histoire. La tenue d’une commission d’enquête publique, comme le suggère Me Arsenault, est une avenue à envisager sérieusement pour refonder la maison de Dieu sur des bases saines.

38 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 27 novembre 2020 00 h 53

    Eugen

    Faut lire Eugen Drewermann, en particulier « Les fonctionnaires de Dieu ». Une bombe sortie en 1993 sur la toxicité et les dérives du cléricalisme catholique. Au point où le Vatican l'a largué, trop compromettant. En Allemagne, on l'a surnommé le nouveau Luther.

  • Serge Lamarche - Abonné 27 novembre 2020 04 h 26

    Le hic des autorités

    Le hic dans cet article est qu'il est naïf au sujet des autorités. La DPJ est aveugle, les policiers font des abus sexuels, les parents battent leurs enfants et leur dit de mentir, etc.
    Finalement, il n'est pas certain que les pédophiles de l'Église soient aussi pire que d'autres. Ils ne tuaient pas leurs victimes... Alors ne sautez pas à la conclusion de sclérosité spéciale des religieux.

    • Yvon Bureau - Abonné 27 novembre 2020 07 h 53

      Curieux.
      La victime ou ses parents ne tuaient pas l'agresseur enrobé... Certains l'ont fait?

      Que les coupables soit EXCOMMUNIÉS. Rien de moins.

    • Sébastien Arcand - Abonné 27 novembre 2020 08 h 20

      Comment peut-on écrire de pareilles choses! On parle ici d'une institution qui a exercé un contrôle important sur les Catholiques, et ce pendant des siècles. Une institution qui porte un discours d'humanité et de solidarité mais qui a fermé et ferme toujours les yeux sur l'odieuse violence sexuelle à l'égard de mineurs en position de vulnérabilité. Votre relativisme n'a d'égal que l'importance des scandales sexuelles qui afflige l'Église catholique. Pas parce qu'il y a des cas d'abus dans d'autres sphères de la société que le silence institutionnalisé (et je pèse mes mots) des autorités éclésiastiques doit mis côte à côte avec des cas certes tout aussi odieux, mais assurément moins protégés par les autorités d'où ils émanent. Je ne vois aucune naïvieté ici, seulement du réalisme.

    • Luc Villeneuve - Abonné 27 novembre 2020 09 h 02

      Un peu de réserve Lamarche, votre commentaire me donne mal au cœur.

  • Bertrand Larocque - Abonné 27 novembre 2020 06 h 26

    Séparer le bon grain de l'ivraie

    Par le silence et l'inaction de l'église, ce sont les religieux sincères dans leur engagement, et innocents, qui sont les autres victimes des pédophiles religieux. Par sa turpitude honteuse, l'Église enterre la foi du peuple qu'elle a pourtant pour mission d'éduquer et de cultiver. En agissant ainsi, elle s'est écartée du chemin, de la vérité et de la vie.

    • Jacinthe DiGregorio - Abonnée 27 novembre 2020 09 h 11

      L'église n'a pas fini de perdre ses brebis *et leur contribution monétaire. Fermer les yeux sur les prêtres pédophiles leur coûte cher de plusieurs façon . Le pire, je pense que ces prêtres et l'institution ne voyaient pas vraiment le péché dans ce comportement de pédophilie. C'était peut-être juste tabou parce que c'était sexuel?

    • Christian Dion - Abonné 27 novembre 2020 09 h 29

      Alors, pourquoi ne dénoncent-ils pas leurs confrères pédophiles pédateurs au lieu de les protéger? Ils sont tout aussi coupables par leur silence.
      Christian Dion.

  • Michel Lebel - Abonné 27 novembre 2020 07 h 32

    Une charge excessive

    Vous y allez un peu fort, M.Myles, en traitant l'Église de ''repaire pourri'', "d'institution sclérosée'', ''en rupture avec les exigences de modernité''. Votre charge est excessive, ne répétant que des lieux communs. L'Église sera toujours à réformer, mais ses plus grands réformateurs ont toujours été les saints. Ainsi va cette vielle institution qui est toujours là depuis plus de 2000 ans; la seule qui résiste au temps. Je l'aime avec ses grandeurs et ses misères. Sa refonte au Québec ne viendra pas d'une commssion d'enquête; la question, soit le vide spirituel, est beaucoup plus profonde et interpellante.

    MIchel Lebel

    • Christian Dion - Abonné 27 novembre 2020 09 h 35

      Tout ce que vous dites se passe de commentaires, car encore une fois, vous faites la démonstration non équivoque que la foi rend aveugle.
      Christian Dion.

    • Michel Lebel - Abonné 27 novembre 2020 13 h 00

      @ Chritian Dion,

      Ma foi ne me rend pas aveugle, bien au contraire! Foi et raison doivent toujours aller de pair. Au Québec même, que de bien l'Église a fait pendant des années en matière scolaire, sociale, et de santé. Discernez, de grâce!

      M.L.

    • Jacques Légaré - Abonné 27 novembre 2020 14 h 09

      Monsieur Lebel,

      Vous écrivez : «ses plus grands réformateurs [de l'Église] ont toujours été les saints».

      Il vous reste à lire : «Assassaints et Assassaintes» de Normand Rousseau et la riche bibligraphie à la fin de son ouvrage.

      Quelle est l'origine de tous ces crimes ? Le texte sacré.

      Avez-vous été assez lucide pour ne pas voir dans cette parole de Jésus le feu vert à l'Inquisition, et toutes ses suites au Québec et dans tout l'Occident ?

      « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche; et on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. » (Jn 15, 6).

      Et pour le reste :

      «Dans l’Ancien Testament, Yahvé fait des choses terribles. Il châtie jusqu’à faire disparaître son humanité entière. Il commet un génocide à Sodome et menace souvent son peuple de génocide. Il ordonne des génocides à Moïse et Josué. (…)
      Dans les évangiles, Dieu ne change vraiment pas de conduite. Il récidive. Il tue, torture et jette en enfer ses créatures indésirables. Il châtie en éjectant (Lc 13, 28), en coupant (Mt 7, 19) en déracinant (Mt 15, 13) et en abandonnant (Lc 17, 34).

      «Monsieur Jésus», p. 349.

      Qui ne sait pas lire avec lucidité et perspicacité demeure un éternel berné.

      Restez-le vous-même. Mais, de grâce, éloignez-vous des écoles.

    • Michel Lebel - Abonné 27 novembre 2020 15 h 59

      @ Jacques Légaré,

      Merci de m'apprendre que je suis un ''berné''! Je suis fort flatté de ce compliment bien poli... Quant à moi, je dirai simplement que votre idéologie antireligieuse vous égare; comme toute idéologie.


      M.L.

    • Léonce Naud - Abonné 27 novembre 2020 19 h 26

      Jacques Légaré: Les anciens Romains avaient appris par l’observation et l’expérience qu’il existe deux moyens sûrs pour un peuple de marcher vers sa ruine : mépriser les Dieux de la Ville et négliger l’art militaire. Les Québécois font les deux alors que les Canadiens-français savaient prier et savaient se battre.

  • Cyril Dionne - Abonné 27 novembre 2020 08 h 04

    La mafia religieuse

    Bon. Tout est dit dans cette excellente phrase de M. Myles : « Il s’agit bêtement d’une institution sclérosée, en rupture avec les exigences de modernité et les aspirations de justice sociale qu’elle prétend porter contre son cœur ». Que dire de plus?

    L’église catholique se comporte comme une mafia en ce qui concerne le secret et les passe-droits qu’elle pense avoir. Évidemment, ils sont protégés par les chartes et constitutions de tous genres puisque que la liberté de croyance y est consacrée. C’est un pensez-y-bien; on anoblie les gens qui ont des amis imaginaires non seulement pour ne pas payer aucun impôt, aucune taxe et ainsi de suite, mais dans la plupart des cas, se soustraient aux lois que tous doivent se conformer.

    C’est peut-être le temps de mettre toutes les religions organisées au pas dans le sens qu’ils sont imputables comme les autres. Et fini les largesses de l’État en ce qui concerne les taxes et impôts. On est bien content que certains croient dans des contes pour enfants de quatre ans, mais cela ne les empêche pas de payer des impôts comme tout le monde, se comporter correctement et être assujettis aux mêmes lois des hommes. On peut juste imaginer comme John Lenon qui chantait « no religion, too ».