Recul du français: il faut réagir

Ce n’est pas tant la position de la députée libérale de Saint-Laurent, Emmanuella Lambropoulos, qui surprend, mais bien l’affirmation de la ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly, qui s’est dite convaincue du déclin du français à Montréal. C’est nouveau.

La semaine dernière, la députée Lambropoulos, dans une intervention en anglais devant le Comité permanent des langues officielles, a mis en doute que le français soit en déclin au Québec. Ce point de vue n’était pas incompatible avec le silence radio du Parti libéral du Canada à ce sujet. Jusqu’à tout récemment, Justin Trudeau ne se montrait guère inquiet de la situation du français à Montréal.

Le discours de la députée de Saint-Laurent n’est d’ailleurs pas différent de celui du premier ministre Philippe Couillard qui taxait d’alarmiste une opposition préoccupée par l’avenir du français au Québec et par la généralisation du bilinguisme au travail.

Pour la première fois, dans le discours du Trône qu’il a prononcé en septembre dernier, Justin Trudeau a reconnu que « la situation du français est particulière » non seulement dans le reste du Canada mais également au Québec. Il a promis de renforcer la Loi sur les langues officielles pour tenir compte de cette réalité.

Mélanie Joly est allée plus loin en affirmant que c’était un fait avéré par les statistiques et les chercheurs que le français est en déclin au Québec.

Cette polémique survient au moment où une enquête du Journal de Montréal révèle que l’anglais est souvent la langue d’accueil des clients dans les commerces du centre-ville de Montréal.

S’il veut améliorer marginalement la situation du français, Justin Trudeau pourrait accepter, ce qu’il a toujours refusé de faire, qu’on applique la Loi 101 aux entreprises à charte fédérale au Québec.

On ne sait pas ce que le premier ministre a en tête quand il parle de renforcer la Loi sur les langues officielles. Chose certaine, il aura du mal à faire en sorte que les fonctionnaires francophones puissent travailler dans leur langue à Ottawa.

Il faut aussi rappeler que cette loi, que l’on doit à son père, met sur le même pied l’anglais et le français, comme si les deux langues avaient la même force au Canada. La langue de la minorité au Canada, le français, devient au Québec la langue de la majorité, tandis que la langue de la majorité, l’anglais, devient celle d’une minorité soi-disant fragile au Québec. Évidemment, cette égalité est factice : la langue majoritaire se porte très bien au Québec — tandis que les francophones hors Québec s’accrochent, mais perdent du terrain. Ce sont les fondements mêmes de la loi sur les langues officielles qui sont viciés. Ce serait se bercer d’illusions de penser qu’ils pourraient changer.

Montréal est une ville bilingue — même la mairesse Valérie Plante ne devrait pas en disconvenir — et elle s’anglicise.

Cette perception est renforcée par la présence à Montréal de plus de 35 000 étudiants étrangers qui, souvent, parlent anglais et fréquentent, pour la majorité d’entre eux, les universités anglaises, à quoi s’ajoutent près de 15 000 étudiants canadiens hors Québec dont 85 % viennent étudier en anglais au Québec. Rien pour rehausser la french atmosphere du centre-ville. C’est sans parler de l’essor des cégeps anglais qui ne manquent pas d’angliciser une bonne part de leurs étudiants, dont la majorité provient du secondaire français.

La langue, c’est la terre natale, c’est le pays. Le Québec n’est qu’un presque pays, quelque chose d’inachevé, mais c’est le français qui lui permet d’exister. Pour contrer une tendance lourde, un vigoureux coup de barre s’impose qui dépasse le simple raboudinage de la loi 101. Sinon avec le temps, tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs, comme dit le poète.

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