Le tabou des taxes «malus»

Le gouvernement Legault a présenté son Plan pour une économie verte, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % sous leur niveau de 1990 d’ici 2030. Et puisque ça ne lui coûte rien, il promet aussi la carboneutralité d’ici 2050. Si on ne doit pas douter de la bonne foi de François Legault, il reste qu’à long terme, nous sommes tous morts, comme disait Keynes. Et ce qui est vrai pour un simple mortel l’est encore plus pour un gouvernement élu démocratiquement.

Cette évocation de la carboneutralité lui permet de contrer les critiques qui lui seraient venues des trois partis d’opposition, qui ont tous adopté cet idéal. Même si le premier ministre se définit comme un homme de résultats, le fait qu’il dise embrasser cet objectif, que s’est donné l’Union européenne mais aussi le gouvernement Trudeau, peut servir à nous convaincre qu’il est capable de penser à long terme, ce que commande la lutte contre les changements climatiques. Comme il l’a répété en conférence de presse lundi, il se préoccupe des générations qui suivent la sienne. « Je veux regarder mes deux fils en pleine face fièrement. »

En matière de Plan vert, il faut dire que le Québec fait piètre figure. Le gouvernement libéral s’était fixé une cible de réduction des GES au Québec d’ici 2020. Il a lamentablement échoué, dilapidant plus d’un milliard et n’atteignant qu’une baisse de 9 %, bilan marqué en réalité par une légère hausse de 2014 à 2017, dernière année pour laquelle les données sont disponibles.

Le Plan pour une économie verte 2030, doté de 6,7 milliards, est dans les faits un plan quinquennal. Il met en œuvre des mesures qui correspondent à 42 % de l’objectif de réduction de 37,5 %. Le reste viendra après, au gré des avancées technologiques et aussi du plan que présentera le gouvernement Trudeau. C’est une forme de work in progress qui sera révisé annuellement.

Chacune des mesures a été chiffrée et leur effet sur la réduction des émissions de GES a été évalué objectivement, soutient-on, grâce à un modèle développé par le ministère des Finances. C’est le mérite de ce plan : produire des résultats concrets et mesurables.

Comme 43 % des émissions de GES proviennent du secteur des transports, plus de la moitié de l’investissement quinquennal lui sera consacrée, soit 3,6 milliards. Le gouvernement caquiste reconduit le programme de rabais pour l’achat ou la location d’un véhicule électrique et d’installation de bornes de recharge, un débours de 1,3 milliard. D’ici 2030, on prévoit que 1,5 million de véhicules électriques circuleront au Québec, soit l’équivalent de 30 % du nombre de voitures particulières et de camions légers que compte le parc automobile québécois à l’heure actuelle. La cible peut apparaître ambitieuse, mais il y a fort à parier que, dans quelques années, un véhicule électrique ne coûtera pas plus cher qu’un véhicule à essence similaire. En 2035, il sera interdit de vendre des véhicules neufs à essence. Le plan prévoit également l’électrification des taxis, des autobus urbains et interurbains et des autobus scolaires.

D’autres mesures visent les industries et les bâtiments : rien de contraignant, des subventions essentiellement. Le gouvernement Legault entend éliminer le mazout pour le chauffage des bâtiments et le remplacer par l’électricité mais aussi le gaz naturel, dont on voudra augmenter la proportion renouvelable. François Legault a fait valoir que les émissions de gaz à effet de serre par habitant au Québec sont les plus basses parmi les provinces et les États en Amérique du Nord. Quoi qu’il en soit, le Québec, bien qu’il représente moins de 0,2 % des émissions mondiales, doit résolument réduire les siennes. Il en va de sa réputation à l’échelle mondiale : son énergie renouvelable est un argument pour attirer des entreprises soucieuses de leur empreinte carbone. C’est une façon de s’inscrire dans cette nouvelle économie verte qui est en train de se déployer.

Le gouvernement caquiste a répété son engagement de ne pas augmenter le fardeau fiscal des Québécois. On ne retrouve dans son plan vert aucune taxe malus visant, par exemple, les gros VUS et les camionnettes énergivores. « Le pick-up, bien souvent, ce n’est pas un luxe », a dit Benoit Charette, une déclaration curieuse dans la bouche d’un ministre de l’Environnement. Quant à une taxe au kilométrage, elle serait régressive puisque les familles qui s’établissent loin des centres-villes le font parce qu’elles n’ont pas les moyens de se payer une maison plus près. Surtout, le gouvernement caquiste ne veut en aucun cas s’aliéner des électeurs de la banlieue ou des régions. On ne peut lui donner tort : l’imposition de telles taxes malus, même si elles pouvaient s’avérer utiles à moyen terme, nuirait à sa réélection à court terme.

9 commentaires
  • Clément Fontaine - Abonné 17 novembre 2020 08 h 38

    Une conclusion maladroite

    « Surtout, le gouvernement caquiste ne veut en aucun cas s’aliéner des électeurs de la banlieue ou des régions. On ne peut lui donner tort : l’imposition de telles taxes malus, même si elles pouvaient s’avérer utiles à moyen terme, nuirait à sa réélection à court terme.»

    Ainsi on ne peut pas donner tort au gouvernement caquiste d'adopter des mesures de réduction de GES insuffisantes parce que cela nuirait à sa réélection?! Est-ce que ce « on » représente ou exclut l'auteur de cette chronique? Prétend-t-il eprésenter l'ensemble des lecteurs Devoir? En tant qu'indépendaniste de longue date et résident en région par choix, je ne me sens pas du tout inclus dans ce « on ».

    Il aurait été plus sensé d'écrire simplement: On peut comprendre que le gouvernement caquiste ne veuille en aucun cas s'aléner... etc.

  • François Beaulé - Inscrit 17 novembre 2020 09 h 02

    Transport routier : les émissions augmentent

    Depuis 2014, comme on le voit sur le graphique publié par Le Devoir, les émissions de GES sur les routes sont en augmentation. Curieusement, le ministère de l'Environnement n'a pas encore publié les chiffres pour 2018 et 2019. Si la tendance de 2014 à 2017 se maintient, cela signifie que plus il y a d'autos électriques subventionnées sur les routes, plus les émissions augmentent ! Ce qui démontre à quel point l'augmentation du nombre total de véhicules à moteur à essence et Diesel et de la masse des véhicules neufs fait augmenter les émissions malgré la vente d'autos électriques. Or l'objectif n'est pas de stabiliser les émissions mais de les réduire de manière radicale. Le gouvernement reconduit donc son coûteux programme de subvention des autos électriques même s'il ne fait pas diminuer globalement les émissions. Rappelons aussi qu'une part importante des émissions causées par les transports provient du transport des marchandises.

    Le gouvernement s'en remet à la bonne volonté des individus et imagine que les nouvelles technologies vont régler le problème des changements climatiques. Alors qu'il faut plutôt des gouvernements capables de définir de nouveaux modes de vie. Au contraire, le gouvernement québécois favorise l'extension des banlieues à l'américaine comme il vient de le faire par le dézonage dans la MRC de Montcalm.

    • Christian Roy - Abonné 17 novembre 2020 22 h 07

      Quand je compare la CAQ à l'Union Nationale 2.0, je m'appuie sur les faits que vous relatez, M. Beaulé: un parti conservateur, sans grande ambition, surfant sur une clientèle homogénéisée, à la remorque du dernier désastre environnemental à circonscrire, présidant le Grande Noirceur 2.0 dans laquelle chacun tente de tirer son épingle du jeu, à bord de son VUS, sur les voies engorgées.

      Qui signera le Refus Global 2.0 ?

      Qui amorcera la nécessaire Révolution tranquille 2.0, nécessaire pour l'avenir des générations futures ?

      La situation actuelle est même pire qu'en 1920 parce qu'alors, le mot "sacrifice" n'était pas banni du vocabulaire.

  • Daniel Grant - Abonné 17 novembre 2020 10 h 38

    Et si on cessait de subventionner une industrie en déclin comme le fossile

    Pourquoi continuer à déverser des subventions grotesques à coup de milliards/année avec notre argent public?

    Qu’y a-t-il de si bon pour la société à une industrie qui ne fait rien tant qu’il n’y a pas d’argent public pour les supporter mais qui empoche les profits, ne payent pas leurs taxes de vidanges, qui ne pensent qu’à faire des trous partout sur la planète sans savoir comment réparer les dégâts et qui font tout pour retarder la transition vers les énergies propres et la mobilité électrique par une guerre de l’information?

    Le vrai coût du baril est beaucoup plus cher que l’illusion qu’on nous vend à la pompe, il n’y a pas assez d’argent sur la terre pour réparer les dégâts sur la santé public et l’environnement que cette industrie nous fait subir.

    Si on vendait le pétrole au vrai coût pour la société, ça ferait longtemps que nous aurions tout électrifié et que le pétrole ne serait utilisé que pour des produits durables.

    Le fossile pour la mobilité est la géo-ingénierie la plus stupide que l’homme a inventé,
    un kilomètre on brûle un baril,
    un autre kilomètre on creuse et on brûle un autre baril,
    un autre kilomètre et on creuse encore…

    alors que le soleil nous donne gratuitement de l’énergie des millions de fois plus que nous auront jamais besoin.
    Les plantes l’ont compris, elles utilisent 4 fois plus d’énergie que toute l’humanité entière et tout ce qu’elles ont à faire c’est RIEN, c’est gratuit.

    Soyons plus brillant que les piments tabar≥Ɔ

  • René Pigeon - Abonné 17 novembre 2020 19 h 58

    Bonus et malus : les lois du marché

    Rappelons comment les lois du marché fonctionnent.
    Loi de la stimulation : lorsque les prix baissent, la demande est stimulée à la hausse.
    Loi de l’inhibition : lorsque les prix montent, la demande est inhibée à la baisse.

    Le gouvernement et la population veulent stimuler l’achat de véhicules électriques. Laissé à lui-même, le marché est trop lent pour produire l’effet requis sur le climat. Le gouvernement se joint donc au marché en y ajoutant sa contribution tout en disant vouloir respecter les lois du marché.

    Le Gvouernement respecte la loi du marché qui veut que la demande de véhicule électrique est stimulée quand on (le gouvernement) contribue à baisser le prix : bonus. Toutefois il se refuse à jouer l’autre loi du marché qui dit que la demande pour les véhicules polluants qui concurrencent les véhicules électriques baissera si on (le gouvernement) contribue à hausser le prix : Malus.

    • Christian Roy - Abonné 17 novembre 2020 22 h 22

      Benoit Charette ne veut pas indisposer les "Gilets jaunes" québécois des banlieues et les "Habs" de la 3e couronne ! « Le pick-up, bien souvent, ce n’est pas un luxe », a-t-il déclaré.

      C'est comme dans l'annonce du p'tit couple sympa qui se retrouve subitement avec un troisième véhicule utilitaire Sport. Le dernier-né passe avec les deux autres ses fins de semaines à faire de la trail ! 3 bagnoles racées, avec du caractère, et qui s'amusent comme des enfants.

      Oubliez ça Malus ! Pourquoi se priver ?

  • J-Paul Thivierge - Abonné 17 novembre 2020 20 h 57

    La CAQ, Legault et ses conseillers sont incompétents face aux dizaines de lobbyistes

    Même ainsi les nombreux mémoires du BAPE du Saguenay ont démontré aucun avantage ni économique ni énergétique dans GNL QC,
    De plus Il n'y a aucun client Européens pour de GNL et seulement des promesses non signées pour l'ASIE .
    Ce qui démontre que Legault et ses conseillers sont incompétents face aux dizaines de lobbyistes qui tournent autour du conseil des ministres de la CAQ.Si on additionne la cimenterie et GNL QC >>> c'est comme doubler le nombre de voitures au gaz qui roulent au Québec. Comment atteindre les cibles en laissant aller ainsi ?

    Il serait bien pertinent de souligner que les camions lourds et les transports commerciaux et industriels représentent 70 % du 43 % des émissions du secteur transport que bientôt des camions de livraisons et des camions remorques seront électriques comme le Tesla semi ou le Kenworth TM4 que des dizaines de grandes entreprises Coors, Wallmart, CN, UPS ont mis en commande ce qui devrait aussi permettre de réduire les GES.

    • Serge Pelletier - Abonné 18 novembre 2020 03 h 50

      M. Thivierge, ce gouvernement CAQ ainsi que Legault et ses conseillers sont incompétents non seulement face aux lobbyistes, il est incompétent partout, absolument partout. Vous ne semblez pas vous apercevoir que ce gouvernement est constitué de bonimenteurs de la pire espèce. Et mieux encore, il est passé maître dans la méthode de faire porter le blâme de sa propre incurie à la population, à Ottawa, à la bébelle technique, etc. Jamais, au grand jamais il admet qu'il fait fausse route... et il toujours des excuses loufoques pour rapporter à plus tard ce qu'i pourrait faire immédiatement... et sans réelle opposition de la part de la population. Lisez dans la publication d'aujourd'hui les niaiseries que le ministre Roberge dit pour ne pas intervenir immédiatement en regard du "protecteur des élèves". C'est à se rouler par terre... Mais lui, Roberge, et bien il est très très sérieux dans ses boniments... Et son boss Legault est exactement comme lui... Pire, la situation en regard du virus est dramatique... Mais Legault (dans ce même quotidien d'aujoud'hui) affirme haut et fort que le Québec passe très bien à travers de cette "deuxième vague".
      Conséquemment, M. Thivierge, le gouvernement Legault n'a absolument pas besoin des lobbyistes pour faire et dire des niaiseries. Oups, ce gouverment a envoyé Arruda faire un spectacle à MTL-Nord en pleine première vague... Mais n'a absolument pas donner temporairement un seul sous noir aux familles sur le BS, aux vieilles personnes, etc. pour qu'elles puisent s'acheter des masques sans se prver de manger dès le milieu du mois. Dans le même moment les petits copains qu'il a lui-même mis en place se donnent des bonis de 75,000$, 100,000$, de 150,000$... Malgré que les sociétés d'État perdent des revenus substentiels... Le summun des aarguments: s'il n'avait pas été là, cela aurait été bien pire... c'est juste une perte de 150 millions nets... Fac, il mérite son bon bonus en plus de son petit salaire de plus de 400,000$ par année...