Exit l’idiot utile

Un embarras pour avoir été d’une malfaisance entêtée avec les alliés des États-Unis. Et pour avoir été concurremment l’idiot utile, à sa façon bien spéciale, de Moscou, de Riyad, d’Ankara, de Pyongyang… Encore qu’en président américain qui crache dans la soupe de ses alliances traditionnelles, il aura à son corps défendant contribué à surligner l’hypocrisie qui consiste pour nos démocraties à faire des affaires avec des tyrans.

Il aura été un embarras et en même temps, il faut bien le dire aussi, un empêcheur de tourner en rond, par l’absurde. Un exemple parmi d’autres : le troisième Forum de Paris sur la paix, tenu cette semaine à l’initiative du président Emmanuel Macron, réunissant chefs de gouvernement, experts et ONG, et dont M. Trump avait boycotté les deux premières éditions. L’espoir était manifeste, à l’occasion de ce rendez-vous centré sur la gouvernance mondiale, que la victoire de M. Biden réhabilitera une approche multilatéralisme.

Non pas l’espoir du statu quo ante. Celui plutôt que nos élites occidentales, bousculées dans leur indifférence néolibérale par la pandémie de coronavirus, sortent enfin la tête du sable devant l’évidence que la mondialisation, telle que l’humanité la vit en accéléré depuis 30 ans, se heurte à un mur.

  

Outre un apaisant changement de ton, que peut-on espérer de M. Biden en politique étrangère ? Moins d’imprévisibilité caractérielle, bien entendu, ce qui rassure d’emblée un peu tout le monde, à commencer par le Canada, qui ne se fait pas pour autant d’illusions quant aux inévitables sursauts protectionnistes du géant collé à sa frontière.

En campagne, M. Biden a promis d’enterrer l’« Amérique d’abord » comme principe directeur — et obtus — de la politique étrangère américaine. Et de réintégrer l’Accord de Paris sur le climat. Et de tenter de ressusciter l’accord international sur le nucléaire avec l’Iran, avec tout ce que cela suppose d’opposition de la part d​’Israël et de l’Arabie saoudite. On se doute bien qu’il va durcir le ton contre le régime de Vladimir Poutine, sauf à vouloir reconduire avec lui le New Start, le seul traité de réduction des armes stratégiques nucléaires qui existe encore. On peut compter sur le fait que l’aile progressiste du Parti démocrate réclamera haut et fort que soit réduit le colossal budget militaire.

Qu’attendre en particulier de l’évolution des relations — absolument centrales — entre la Chine en essor et les États-Unis haletants ? De la continuité, en fait, dans la mesure où la politique américaine à l’égard de la Chine fait déjà l’objet d’un relatif consensus bipartisan à Washington. C’est après tout avec Barack Obama et son « pivot asiatique » que le conflit avec Pékin s’est aiguisé, s’agissant de contenir le projet expansionniste de la Chine et de dénoncer ses « pratiques déloyales ». Plus diplomatique, M. Biden n’en poursuivra pas moins une stratégie d’endiguement, une « guerre commerciale » de basse intensité, en entretenant la caricature d’un régime chinois qui ne veut rien moins que « contrôler le monde ». Les relations resteront ainsi, d’autant plus que la présidence Biden sera largement faite des mandarins qui ont gravité autour de celle d’Obama. Et que, comme en 2016, ce sont les États du Midwest qui ont décidé in extremis du résultat de la présidentielle de 2020, nonobstant le fait que la Chine peut difficilement être tenue pour seule responsable des délocalisations.

Voilà où, pour les classes moyennes et populaires du Nord et du Sud, le bât blesse. L’affrontement restera le maître-mot des relations avec la dictature chinoise, avec à la clé flambées épisodiques de tensions autour de Hong Kong et de Taïwan. Or, la puissance chinoise se comporte à l’échelle internationale exactement comme l’empire américain, confinant les pays pauvres et vassaux à un état de dépendance aux exportations de produits agricoles et de matières premières. Pour nourrir la bête. À quand, dans ce contexte, un « multilatéralisme équitable » qui, au-delà des seuls rapports de force, n’oublie pas les peuples. À défaut, les inégalités qui nourrissent les populismes vont se perpétuer à force d’inertie. Justifiant ceux qui croient en M. Trump et en ses imitateurs de continuer de croire en eux.

12 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 14 novembre 2020 06 h 27

    Il a perdu avec ceux qui pensaient et pensent encore qu’il a gagné. On ne peut en tout décence soutenir un tyran qu’il soit de tous bords politiques. Merci.

    • Serge Pelletier - Abonné 15 novembre 2020 15 h 02

      M. Montaya, Trump est un très particulier et singulier personnage. Personnage qui dit tout ce qui lui passe par la tête, ce qui n'est guère reluisant quand l'on sait que tout le monde l'entend (ou effectue la lecture dans âneries qu'il écrit). Mais le décrire comme un tyran, comme vous l'écrivez M. Montoya, est pas mal fort et relève aussi des mêmes caractéristiques qui affligent Trump.
      En fait, M. Montaya, savez-vous ce qu'est un tyran?

  • Françoise Labelle - Abonnée 14 novembre 2020 07 h 01

    Un prochain autocrate plus compétent?

    Idiot au sens de où Dostoïevski entend son personnage de L'idiot: un prince sans le sou avec son titre de noblesse et un certificat de recommandation en poche. Le roman expose les difficultés de la vérité et de la sincérité dans les cercles mondains. Le prince bouleverse les conventions en s'exprimant avec spontanéité. Ses contemporains sont outrés et fascinés par cette caractéristique du prince.
    «Donald Trump Has At Least $1 Billion In Debt, More Than Twice The Amount He Suggested» Forbes, 16 oct. 2020

    Il reste qu'il faut comprendre cette dérive, traditionnellement conservatrice à l'américaine mais outrancière à l'excès. Les populistes ne croient pas, comme Churchill que «La démocratie est le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres.» Tous les moyens sont bons pour criminaliser l'opposition et recourir à des moyens contournant la légalité. Le pote Poutine est maître à ce jeu.

    Trump est un populiste incompétent. Il est trop émotif, brouillon et sans gouverne. Il a été surpris d'être élu en 2016 et maintenant, surpris d'être battu. Le prochain autocrate, en 2024, pourrait être beaucoup plus machiavélique et plus efficace au gouvernement qu'au golf.
    «America’s Next Authoritarian Will Be Much More Competent» The Atlantic, 7 nov. 2020

  • Cyril Dionne - Abonné 14 novembre 2020 09 h 22

    Exit 72 millions d'électeurs américains et la moitié des États-Unis

    Un embarras pour qui? Pour l’establishment, les gens aux souliers cirés, les milliardaires, les néolibéralistes, les libres-échangistes, les gens des GAFAM qui le censurent présentement? Alors pour qui? Certainement pas pour la classe moyenne américaine. Il faut savoir discerner le bruit des véritables politiques qui émanent de la Maison-Blanche.

    Ceci dit, maintenant on nous parle de l’effet néfaste de la mondialisation sur la vie des gens ordinaires. Le champion des démocrates, celui qui est sénile et prône à des gaffes constantes, est un des plus grands défenseurs du statu quo et tout comme pour Clinton, est pour la mondialisation.

    Réintégrer l’Accord de Paris alors qu’aucun pays n’a respecter ses engagements, cela ne fera aucune différence. Ressusciter un accord nucléaire avec l’Iran nous conduira à des nouvelles guerres dans le Moyen-Orient. Envoyer des jeunes américains combattre dans des guerres civiles étrangères pour perdre leur vie dans des causes inutiles n'est pas la solution.

    Bon, ceci dit, Donald Trump et les 72 millions d’Américains qui ont voté pour lui n’ont pas dit leur dernier mot. Près des trois quarts de ceux qui ont voté pour Trump disent ouvertement que l’élection leur a été volée. Si les recomptages judiciaires dans tous les états clés qui doivent se faire n’arrivent pas à terme, bien malin celui qui peut prédire la suite des choses. La colère gronde dans les campagnes américaines et va s’accentuer au cours des semaines. Les gens qui ont voté pour Trump, ils ont voté contre la mondialisation, contre le principe des frontières ouvertes et pour l’isolationnisme américain.

    Pour toutes les âmes sensibles de la gauche tonitruante aux accents de la culture du bannissement, les États-Unis sont très près d’un déchirement social d’une envergure peu soupçonnée et ce n’est pas Biden qui pourra faire quoi que ce soit. Les Américains veulent récupérer leur pays, un point c’est tout. C'est seulement la méthode qui n'est pas encore définie.

    • Gylles Sauriol - Abonné 14 novembre 2020 14 h 54

      Comme vous dites ! (Les Américains veulent récupérer leur pays, un point c’est tout. C'est seulement la méthode qui n'est pas encore définie.)
      Et ce n'est certainement pas la méthioe Trump qui pourra le leur redonner. Pour qu'un pays appartienne à ceux qui l'habite, il faut un leader capable de rassembler les citoyens autour de valeurs communes. Tout le contraire d'un individu comme Trump qui n'a de cesse de gouverner pour ses propres intérëts personnels en plus miser sur la division pour régner et s'autoproclamer le sauveur et le protecteur des gens ordinaires. Bon débarras !!

    • Cyril Dionne - Abonné 14 novembre 2020 19 h 13

      M. Sauriol, quelle partie du 100% des Américains récupèrent leur pays? Le 50% des illégaux amnistiés, du BLM, d'Antifa, de l'establishment aux souliers cirés, des milliardaires, de Wall Street, des GAFAM, des néolibéralistes, des libres-échangistes, des mondialistes de tous crins ou bien le 50% de la classe moyenne qui a voté pour Trump après avoir perdu leur dignité socioéconomique à cause justement du premier 50%?

      Trump n'est que le lance-grenades de ce 50% des Américains qui en ont ras-le-bol de ce cirque mondialiste qui les a appauvri.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 novembre 2020 18 h 43

      "Pour toutes les âmes sensibles de la gauche tonitruante aux accents de la culture du bannissement, les États-Unis sont très près d’un déchirement social d’une envergure peu soupçonnée et ce n’est pas Biden qui pourra faire quoi que ce soit. Les Américains veulent récupérer leur pays, un point c’est tout. C'est seulement la méthode qui n'est pas encore définie." CD

      Des menaces. Basées sur le mensonge d'une supposée tricherie. Alimenté par la campagne de désinformation de Trump. Laquelle encourage une violence infondée qui détruit la foi des étasuniens dans leurs institutions et sème le chaos.

      Avec l'oubli que ni en 2016 ni en 2020 Trump n'a pas obtenu la majorité. Tout ce qui est important pour eux, c'est ceux qui ont voté pour Trump.

      En invoquant un légalisme étroit (le résultat officiel est au moment du vote des grands électeurs, ce qui est formellement vrai, mais...), alors que et Obama et Clinton ont félicité Trump dans les heures qui ont suivi la fermeture des bureaux de vote. Et que Trump, dans les états du mur bleu, avait gagné avec des marges plus serrées que Biden en 2020.

      Quelle insulte envers les gens qui ont organisé les élections avec comme souci d'assurer l'intégrité du résultat, y compris dans les États à gouverneurs républicains (ce sont les États qui organisent les élections).

      Les accusations de Trump sont d'autant plus mensongères qu'il s'agit sans doute de l'élection où le processus a été le plus rigoureux de toute l'histoire des États-Unis. On s'était préparé à des attaques de la Russie ou de l'Iran, on avait du backup papier et de telles attaques n'ont pas eu lieu.

      Je n'ai plus de mots pour qualifier cette attitude - sinon peut-être "inqualifiable".

    • Raymond Labelle - Abonné 15 novembre 2020 18 h 56

      "Plusieurs autorités électorales locales et nationales, dont l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), ont frontalement contredit le président sur ses accusations de fraude.

      « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont-elles affirmé dans un communiqué commun. « Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit ».

      Source: https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/589771/il-a-gagne-parce-que-trump-evoque-pour-la-victoire-de-biden

      Interview avec un haut cadre de cette agence fédérale: https://www.cnn.com/2020/11/13/politics/hovland-trump-election-claims/index.html

  • Daniel Gagnon - Abonné 14 novembre 2020 20 h 52

    Il n'avait même pas de chien

    Exit l’idiot inutile. Faites entrer les chiens Major et Champ. Voilà une bonne nouvelle. Donald Trump ne s’est pas rendu compte que les électeurs et électrices du pays s’étaient souvenus des bonnes années où il y avait encore un peu de bonté et de bienveillance à la Maison-Blanche.
    Un exemple du sans-cœur de l’ex-président Trump, il n’avait même pas de chien, disaient ses détracteurs. Même Vladimir Poutine a un chien au Kremlin. C’est dire!
    On se demande comment des chiens auraient survécu à l’indifférence de Donald Trump et à son caractère imprévisible, ce qui insécurise au plus haut point les chiens. Les pauvres bêtes auraient vite été limogées, comme tous ces fonctionnaires qui ont côtoyé l’ex-président.

    • Serge Pelletier - Abonné 15 novembre 2020 15 h 12

      Comme cela être en possession d'un chien démontre que l'intelligence, la bonté, et la bienveillance du propriétaire sont supérieures à la moyenne des populations... Et Ben.
      Dites-nous, M. Gagnon, avez-vous un chien?

  • Raymond Labelle - Abonné 14 novembre 2020 22 h 04

    The Apprentice 2020

    "You're fired!"