Pressons-nous lentement

Le ministre des Finances, Eric Girard, a présenté une mise à jour économique et financière qui maintient la prévision d’un déficit de 15 milliards d’ici la fin de l’exercice et qui fait état d’un déficit structurel de l’ordre de 5,5 à 7 milliards au terme des trois prochaines années. Le gouvernement Legault s’engage à revenir à l’équilibre au terme de cinq ans, soit en 2025-2026, respectant ainsi la Loi sur l’équilibre budgétaire. Mais ce ne sera que dans son prochain budget au printemps que le ministre nous dira comment il entend s’y prendre.

Ce retour rapide à l’équilibre budgétaire ne passera par un alourdissement du fardeau fiscal, a indiqué Eric Girard. Mais il implique un contrôle des dépenses qui ne devront pas croître de plus de 3 % à 3,5 % par an. Déjà, on estime que les dépenses en santé doivent augmenter de plus de 5 % annuellement sans même tenir compte des besoins exceptionnels liés à la COVID-19. Le Québec ne foulera plus les vallées verdoyantes comme il l’a fait avant la pandémie. Dans le dernier budget présenté juste avant le confinement décrété en mars, un budget rendu caduc, la croissance prévue des dépenses atteignait 5 % en moyenne pour l’ensemble des missions de l’État.

Ce déficit de 15 milliards comprend une provision de 4 milliards pour les risques économiques, un coussin conserve et qu’il n’a pas entamé. L’utilisation de la réserve de stabilisation composée des surplus accumulés au cours des dernières années réduira à 3 milliards le déficit prévu pour 2020-2021, ce qui comprend 2,6 milliards versés au Fonds des générations.

Outre le contrôle des dépenses, Eric Girard, pour renouer avec l’équilibre budgétaire, compte principalement sur « l’accroissement du potentiel économique du Québec », pour reprendre le leitmotiv caquiste, avec à la clé la hausse de la productivité des entreprises grâce à des investissements technologiques et la requalification des travailleurs dont les emplois ont été fauchés par la pandémie. Il mise également sur une hausse du transfert fédéral en santé. Les provinces réclament un relèvement de 22 % à 35 % de la part d’Ottawa dans les dépenses de santé, ce qui représenterait une somme de 6,2 milliards pour le Trésor québécois. C’est un vœu pieux que la mise à jour écarte d’ailleurs de ses prévisions. S’il s’est montré prodigue envers les provinces en leur accordant une aide ponctuelle en ces temps de pandémie, le gouvernement Trudeau n’a manifesté aucune volonté de majorer sa contribution récurrente en santé.

La mise à jour économique prévoit l’injection de 1,8 milliard en trois ans, en sus des sommes déjà engagées. L’essentiel de cet ajout, soit 1,5 milliard, financera la relance économique, la formation de la main-d’œuvre et le plan pour une économie verte qui sera dévoilé lundi. L’opposition libérale a déploré que le gouvernement ne se lance pas dans des dépenses massives à court terme afin de sauver les entreprises menacées de fermeture définitive. Du côté gouvernemental, on semble se résigner au naufrage des entreprises fragiles.

Eric Girard serait mal avisé de ralentir la reprise sous prétexte d’atteindre rapidement l’équilibre budgétaire. La situation étant exceptionnelle, la réponse du gouvernement doit l’être aussi. Or, quand on scrute les chiffres pour la dernière année visée par la mise à jour, soit 2022-2023, on se rend compte que le déficit réel passe de 7 à 2,8 milliards si on tient compte de la provision pour éventualités et du versement au Fonds des générations. Si l’économie ne se déglingue pas, il n’y a rien là qui justifierait le recours à une austérité contre-productive. Gageons qu’Eric Girard se garde un atout dans sa manche pour son budget.

1 commentaire
  • Serge Pelletier - Abonné 13 novembre 2020 04 h 16

    Une chose qui est ridicule au plus au point, est l'importation ici d'un système qui a été mis en place en Norvège pour palier à l'épuisement des entrées de revenus lorsque que les réserves pétrolières de la Mer du Nord. Au lieu de dillipader et de vider les caisses gouvernementales sans aucun contrôle dans des projets pharaoniques inutiles, le Gouverment norvégien s'en est tenu aux dépenses normales de fonctionnement. Pour absorber ces brusques entrées d'argents neufs - et en prévision de la disparition de cette manne monétaire, il a créé le Fonds des générations. Ce fonds servira à permettre de maintenir des services publics adéquats... (actuellement ce fonds - création envers 1998 - contient environ 1,000 milliards de $$$) - ce qui est environ 3 fois le budget annuel du pays. Quant à elle la dette publique norvègienne se maintient dans les 40% du PIB (environ 35,000$ par habitant).

    N'en fallait pas plus pour les imbéciles du gouvernement du Québec en reprennent le nom en 2006 : "On va avoir un Fonds des générations icit aussi"... Et se Fonds des générations puise ses revenus sous formes de taxes spéciales dans et avec les augmentations de la facture de H-Q, de la SAQ, etc. Donc, plus les augmentations sont grosses et non justifiées, plus le GV-Q empoche. Le même principe de la taxe ascenseur sur les produits pétroliers.
    Mais de réduction de la dette publique du Québec (environ 51% du PIB), il n'est pas question, les projets grandioses, éléphantesques et pharaoniques ont priorités absolues... Actuellement, la dette publique du GV-Q nécessite un versement annuel de plus de 10 milliards de $$$ uniquement en intérêts à chaqu'une des années budgétaires... Et le GV-Q claironne que la dette ce n'est pas grave...
    C'est comme le voisin qui chante que les intérêts sur sa carte de crédit, cela n'est pas grave... mais qui mange des gallettes de sarasains 365 jours par année pour arriver à payer mensuellement le minimum exigé sur sa carte de crédit...