Les incohérences du BAPE

Le rapport défavorable au projet de tramway de Québec publié par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a produit son effet délétère. Le ministre des Transports, François Bonnardel, a demandé au maire Régis Labeaume de refaire ses devoirs et de penser davantage aux banlieues.

Le rapport du BAPE et l’accueil favorable que lui réserve le gouvernement Legault représentent deux écueils majeurs sur la route du maire Labeaume. Au moins, le ministre Bonnardel soutient encore le projet de tramway comme étant la colonne vertébrale du transport collectif à Québec, ce qui a rassuré les groupes environnementaux.

L’analyse du BAPE n’en est pas moins étonnante. En reprochant à la Ville de Québec de ne pas avoir considéré le monorail, le métro léger à deux wagons ou le service rapide par bus (SRB), les commissaires ont substitué à l’analyse impartiale du projet une expression de leur sensibilité personnelle. Le BAPE exige presque la perfection dans le processus de consultation de la population et il invite la Ville de Québec à prendre en considération les effets à long terme de la crise sanitaire sur les déplacements urbains, ce qui relève de la futurologie. À ce rythme, aucun projet de transport structurant ne trouvera de justification à l’avenir.

Le Conseil régional de l’environnement (CRE) et l’organisme Vivre en ville ne sont pas tendres à l’égard de l’étonnant rapport du BAPE, lequel trahit une méconnaissance des enjeux de planification des transports. Ces critiques sont pleinement justifiées.

Même s’il est vrai que le trajet du tramway pourrait être amélioré, il rejoindra les citoyens dans les endroits où la demande est la plus grande et dans les corridors de développement urbain. Il s’agit de faire des gains là où la mobilité active est déjà forte et de rabattre les lignes d’autobus en provenance des banlieues vers le tramway.

À l’inverse, le BAPE voudrait, tout comme le ministre Bonnardel, que le tramway favorise davantage la desserte régionale dans les banlieues. C’est demander l’impossible. Dans cette logique, on n’attend plus du tramway qu’il permette la mobilité durable et la densification du territoire, mais qu’il épouse les contours d’un schéma d’aménagement miné par des décennies d’étalement urbain.

Cette vision rétrograde mènera à un saupoudrage des investissements en transport collectif pour plaire à tout le monde et son voisin, au risque de saper les véritables projets structurants de transport collectif.

8 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 11 novembre 2020 07 h 04

    Gagner du temps, une caractéristique de la CAQ!

    Les secondes passent, puis les prochaines élections seront bientôt à nos portes! Nous savons tous que c'est l'économie qui fait vivre le sanitaire et vice versa, donc il faut présenter un Québec encore debout pour les électeurs qui ne fouillent pas bien loin pour découvrir qu'on parle beaucoup, et que les promesses n'ont rien pour rassurer. Même que le disque est enrayé quand le PM et ses invités devant TVA et R-C, nous répètent le même message à s'en boucher les oreilles! La stratégie de se faire voir souvent ne plaît à personne, ni aux partis d'opposition ni aux citoyens qui voient rien de mirobolant, comme un « Noël plate », à la sauce de Justin Trudeau!
    En réponse à ce dernier, François Legault a dit hier que tout va bien au Québec, qu'il veut garder sa méthode. Il a même rajouté qu'au Québec l'économie se portait bien! Bref, il est pourtant clair qu'avec le nombre de décès il n'y a pas de quoi se pavaner! Il faut arrêter ces séances de communication car les citoyens ont passé l'âge de la gaminerie!
    Le BAPE doit remplir son rôle car il y a déjà assez de grenouillage politique dans ce gouvernement qui n'offre rien de mirobolant, comme le renforcement de la langue française et bien sûr l'Environnement! En mélangeant l'économie, l'environnement et la survie politique de la CAQ, nous avons un avant-goût de l'avenir du Québec!

  • Bernard Terreault - Abonné 11 novembre 2020 08 h 19

    Sceptique

    Tellement facile de se déplacer en auto dans tout le Grand Québec que je doute que ses habitants adoptent le transport public -- à mois d'une catastrophe produisant une disette de pétrole.

    • Bernard Plante - Abonné 11 novembre 2020 10 h 21

      Et ceux qui demeurent au centre qui désirent ne pas posséder de voiture? Ce qui est le cas d'une majorité de jeunes.

      Et les personnes vieillissantes (Québec est une des villes qui vieillit le plus rapidement au Canada) qui n'ont pas de voiture mais désirent demeurer actives?

      Et les travailleurs des principaux pôles d'activités qui sont tannés de niaiser dans le trafic matin et soir? Car malgré ce que vous affirmez (probablement du haut de votre tribune montréalaise), les heures de pointe à Québec sont devenues proches de ce qui se vit à Montréal.

      Les temps changent M. Terreault.

  • Robert Mainville - Abonné 11 novembre 2020 08 h 58

    Gardons-nous de réagir trop vite

    Je comprends les frustrations qui entourent les recommandations du BAPE concernant le projet de tramway à Québec. En tant qu'ardent défenseur et promotteur du transport en commun, cette décision me laisse pantois, surtout si on compare la vitesse avec laquelle des projets d'autoroute sont approuvés alors que ceux de transport en commun semble stagner pour toujours.

    Mais...

    Souvenous-nous du rapport du BAPE concernant le projet du REM. Ce rapport avait aussi été accueilli avec la même incrédulité (j'étais de ceux là). Et pourtant, avec le recul, et au fur et à mesure de la progression de ce projet, on réalise que le BAPE avait identifié de réels problèmes. Le REM est devenu une projet cauchemardesque, un bulldozer qui écrase tout sur son passage et qui n'a aucune pitié pour les laissés pour compte.

    Alors aujourd'hui, fort de cette déplorable expérience, je me garde une petite gêne avant de lancer la pierre au BAPE. Dans le cas du REM' son rapport était prémonitoire et rien ne dit qu'il en est autrement avec le projet de tramway de Québec. Laissons le temps aux experts de ce domaine d'analyser son rapport - ce qui prendra plus que quelques heures.

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 11 novembre 2020 09 h 50

    Un tramway nommé désir politique ?

    Pourquoi ne pas confier ce projet à la CDP et le sortir au plus vite des mains des politiciens. Si effectivement, près de 100M$ ont déjà été engagés dans ce projet, il semble après tout ce temps et argent, on accouche d'une souris. Le BAPE avec ses moyens limités peut-il mieux départager que les grandes sociétés impliquées à date dans l'étude de ce projet ? Un projet qui doit satisfaire aux ambitions des élus, des groupes de toutes sortes et des investisseurs immobiliers ne peut conduire qu'à des dépassements de coûts après une avalanche d'études préliminaires pour justifier des décisions qui risquent en bout de ligne d'être mauvaises, victimes d'arbitrages politiques. Le processus de décision politique devenant presque aussi complexe que la nature et la portée du projet. Nous avons au pays une longue histoire de projets publics dont les solutions ont souvent été en suradéquation des objectifs visés (Stade olympique, avions de chasse, CHUs, sous-marins, traversiers, etc.). Un investisseur privé est peut-être en meilleure position afin d'asssurer que la rentabilité du projet sera réelle et non un élément marginal d'une foule d'objectifs politiques souvent en conflit entre niveaux municipal, régional et national. Pour ceux qui ont un souci du détail et veulent se convaincre de la substance des études à date, je joins l'étude de faisabilité de SNC-Lavalin. Il serait triste que pour raisons de petite politique locale que tout soit remis sur la planche à dessin, pire que nos politiciens continuent de tergiverser sur ce projet en dépenseurs inconséquents qu'en habiles penseurs.

    https://www.reseaustructurant.info/docs/etude-faisabilite-technique/00-MANDAT%201%20TWAY%20FAISABILIT%C3%89%20TECHNIQUE/Liv%201-4%20TWAY%20EQUIP%20maintenance%20depot/RP_LIV%201-4%20TWAY%20EQUIP%20exploitation_VF.pdf

  • Bernard Plante - Abonné 11 novembre 2020 11 h 08

    Mélange des genres

    Merci M. Myles pour cette prise de position.

    Le BAPE semble en effet ici avoir erré et débordé de son mandat environnemental pour laisser libre cours aux opinions personnelles de certains de ses membres se mêlant d'aspects se situant hors de leur champ d'action (et de compétence), ce qui laisse l'étrange impression que certains membres du BAPE pourraient avoir des accointances avec les mouvements "anti tramway - pro 3e lien - pro métro" qui sévissent à Québec. En souhaitant que ce ne soit pas le cas.

    Quant au ministre qui affirme qu'il faudrait mieux desservir les banlieues, cela démontre soit un certain manque de compréhension du principe de base du fonctionnement d'un réseau de transport en commun, soit le désir de vouloir tout régler en même temps au risque de tout faire dérailler.

    Le principe de base est que l'amélioration de la qualité de desserte en périphérie passe inévitablement par l'accroissement de la fluidité au centre du réseau. Autrement dit, un centre fluide EST ce qui permettra éventuellement de mieux desservir les banlieues via un accès facilité au centre.

    La première étape consiste donc à accroître la fluidité au centre. Ce que vise de faire le réseau actuellement prévu.

    La seconde étape pourrait ensuite consister à ajouter des navettes, trains de banlieues ou autres moyens pour desservir directement les banlieues (et l'aéroport qui sait?). Ces ajouts constituent toutefois un second projet d'envergure similaire au premier. Ce qui signifie un financement supplémentaire distinct... et conséquent.

    Juxtaposer les deux projets dans le même délai et au sein de la même enveloppe budgétaire risque de mener à deux demis-projets insatisfaisants.