Se serrer les coudes sans contact

Partout sur le globe où le rebond de la pandémie fait valser les courbes, les autorités brandissent un appât nommé Noël. Pour reconfiner l’Irlande six semaines complètes, le premier ministre Micheál Martin a présenté la perspective de célébrations de Noël « correctes » pour convaincre les plus récalcitrants d’avaler une deuxième phase de cessation quasi complète des activités. Même chose en Espagne, où l’état d’urgence a été déclaré, et où un couvre-feu s’applique pour une durée probable de six mois.

Si le virus frappe de manière universelle et uniforme, il en est tout autrement des stratégies adoptées par les pays pour y faire face. Sur un spectre très large de sévérité des mesures, les nations composent toutes avec un périlleux équilibre : une économie si mal en point que la moindre secousse mène à des faillites, un nombre d’hospitalisations à stabiliser au gré de la capacité des hôpitaux, et le maintien d’un équilibre mental chez des gens excédés de voir leur vie entre parenthèses.

En annonçant lundi soir que les mesures de restriction en zone rouge s’étireraient sur quatre semaines d’efforts additionnelles, le premier ministre François Legault a appuyé sur l’aspect « déchirant » de son appel. Entre deux maux, lequel choisir ? Maintenir encore longtemps cette cadence de 10 décès par jour, la moyenne des deux dernières semaines, ou rouvrir l’espace de vie sociale du Québec — salles de sport, théâtres, cinémas, restaurants — pour mettre un peu de lumière sur notre grande déprime collective ? Au cœur de ce dilemme se joue une clé essentielle : le sentiment d’adhésion de la population.

Bien que la recette miracle pour combattre la pandémie reste introuvable, quelques ingrédients sont toujours indispensables, et ce sont encore les mêmes : cohérence et transparence. Quand François Legault évoque lui aussi son souhait de permettre « un temps des Fêtes en famille et avec des amis », parle-t-il d’un scénario réellement plausible ? Un Noël en famille avec tous les contacts que cela suppose, alors que l’on subit depuis quelques semaines les contrecoups d’un été passé de façon trop relâché ? Les Québécois à qui l’on demande de se serrer les coudes — sans contact ! — préféreraient peut-être qu’on leur expose franchement la faible probabilité d’une grosse tablée de Noël plutôt que se voir gonfler l’espoir de quatre semaines en quatre semaines.

Sur quoi basez-vous vos interdictions et vos permissions ? Voilà en somme la clarification que divers groupes réclament du gouvernement, certains poussant la demande jusqu’à la menace. Comme les propriétaires de salles de sport qui ont annoncé lundi leur intention de rouvrir cette semaine en dépit de l’interdiction — une aberration ! Quand des éléments manquent pour comprendre la cohérence des mesures, l’adhésion fond et se transforme en défiance. M. Legault a eu raison de prévenir que ces incartades allaient mener à des amendes et à un travail soutenu des policiers. Jusqu’à maintenant, la menace des contraventions n’a pas tellement été suivie par le geste.

Les données divulguées dans chaque bilan quotidien permettent maintenant de dire que le Québec a atteint un « plateau », avec entre 800 et 1000 nouveaux cas par jour. La bonne nouvelle ? Les hospitalisations, elles, ne galopent pas vers le haut ; les décès, si tragiques soient-ils, ne montent pas en flèche. Le système hospitalier, dans l’ensemble, est encore capable d’absorber cette vague contenue, hormis dans les régions où l’on subit les effets pénibles d’éclosions combinées à une pénurie de personnel. En entrevue dans une station de radio régionale la semaine dernière, M. Legault semblait évoquer comme palier de stabilité à atteindre l’écart magique de 500 à 800 nouveaux cas par jour, pour nous permettre de mieux souffler.

Aux élèves de 4e et 5e secondaire pour qui l’école « en présentiel » se fait un jour sur deux, on ajoute maintenant les jeunes de 3e secondaire. Cette mesure controversée quant à ses effets concrets bénéfiques — et dont les effets néfastes sur la motivation semblent on ne peut plus évidents — n’a pourtant pas été jouée dans la plus grande transparence. Comme le révélait en effet Radio-Canada à la mi-octobre, la formule d’un jour sur deux n’était pas privilégiée par l’Institut national de santé publique du Québec, dont l’avis scientifique préconisait clairement l’alternance basée sur des moitiés de classe, l’objectif étant d’augmenter la distance entre les élèves à l’intérieur des classes, et pas seulement dans les zones communes. Cet avis n’a pas été diffusé.

Le politique a choisi de porter le message officiel pour rallier la population à ses directives. Plus que jamais en cette deuxième vague où tout s’essouffle, y compris l’énergie positive, il doit le faire en offrant aux citoyens un accès à l’entièreté de son tableau de bord.

10 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 27 octobre 2020 08 h 24

    « Palier de stabilité » : le coronavirus n'en a rien à cirer

    Il n'y a pas de palier de stabilité dans une épidémie. C'est une erreur d'entretenir cette légende. Ce n'est pas un nombre de nouvelles infections par jour, un prétendu palier, qui doit être l'objectif de contrôle de l'épidémie. Mais plutôt un rythme de diminution du nombre de nouveaux cas par semaine.

    Il faut appliquer les mesures de distanciation et de réduction du nombre de personnes présentes dans le local d'un bâtiment, autant qu'il faut pour obtenir une diminution du nombre de nouveaux cas. Et maintenir les mesures pour continuer la diminution. Le seul véritable « palier » est zéro cas !

    Le prétendu palier est une illusion de stabilité, c'est une situation précaire.

  • Hélène Lecours - Abonnée 27 octobre 2020 08 h 26

    Oui mais

    Les politiciens et la transparence, cela semble une contradiction dans les termes. À ce sujet, monsieur Legault semble plutôt meilleur que les autres. Quant à "savoir ce qui s'en vient", cela est impossible...sinon en admettant ce qui saute aux yeux: ce virus est violent et ultra rapide. Les choix à faire sont cornéliens. J'ai parfois l'impression que certains individus ne voient que d'un oeil parce que de l'autre ils résistent aux grands changements qui s'annonçent. Et nous n'en savons pas encore assez pour produire un vrai vaccin. Et quand (?) ce grand vaccin sera là, ça sera encore long pour retrouver une certaine détente sociale. Alors, changer d'attitude et cesser de tergiverser me semble une bonne idée: établir des priorités incontournables, la première étant la Santé publique. Et, justement, bouger, s'entrainer, faire du sport, jouer dehors, est indispensable - en lettres majuscules - à la santé mentale et physique de tous et de chacun. Il faut trouver une solution à cette problématique et ne pas jouer cet enjeu à la roulette des hôpitaux.

  • Benoit Samson - Abonné 27 octobre 2020 08 h 42

    Mêmes solutions mêmes résultats. Changement de cap requis pour résultats différents

    Monsieur Legault nous décrivait clairement hier la gravité de la situation au Québec comme l’avait fait la vice première ministre vendredi dernier.
    Les experts américains ont déterminé que le risque de transmission du virus quand on porte un masque est de 3.1% comparé au risque de 17.4% sans masque. De plus, ils estiment que jusqu’à 210,000 décès des 225,000 enregistrés aux États-Unis auraient pu être évités si on avait mandaté le port du masque universel le printemps dernier. D’ici la fin de l’année 2020, si le port du masque universel était mandaté aux États-Unis, les mêmes experts prédisent que 100.000 décès seraient prévenus.
    Ne serait-il pas sage d’appliquer cette solution temporaire du port universel du masque sur tout le territoire québécois jusqu’à l’arrivée d’un vaccin ou traitement efficace? D’autant plus que cette méthode permettrait de garder les écoles et les commerces ouverts. Solution temporaire facile peu dispendieuse et efficace sans l’être à 100%.
    Malheureusement, les solutions que monsieur Legault proposait hier pour faire face à la crise sont les mêmes, sauf pour le présentiel modifié dans les écoles secondaires, et il semble espérer des résultats différents: C’est illogique. Il faut changer de cap si on veut des résultats différents sous peine d’être forcé à le faire à courte échéance après que les mortalités se seront accumulées, comme c’est le cas en Russie ce matin qui vient justement de décréter le port universel du masque sur tout son territoire.

  • Germain Dallaire - Abonné 27 octobre 2020 11 h 35

    Un gouvernement en dérapage sérieux

    Vous connaissez le R0. C'est quand chaque personne infectée en infecte une ou moins. On dit que l'épidémie est contrôlée, elle n'est plus en expansion. Si on part du principe qu'on ne peut se débarrasser du virus tant qu'il n'y aura pas de vaccin, les chiffres qu'on voit depuis plus de trois semaines sont encourageants. La question est de savoir qui touche le virus. Les chiffres sont accessibles à tous et montrent qu'il touche très majoritairement les moins de 60 ans pour qui le taux de mortalité est très bas. Reste la protection des personnes vulnérables. Ça, c'est clairement la responsabilité du gouvernement et il n'a pas fait son travail comme le montre le fait qu'il n'a pas négocié d'entente avec ses employés après un an de pourparlers. Le talon d'Achille de la CAQ dans cette crise est son anti-syndicalisme. Il fait porter à l'ensemble de la population le poids de son incompétence. C'est un peu beaucoup facile! Les chiffres sont accessibles à tous. Les gens ont raison d'être en colère et ce n'est pas la police qui va régler le problème.

  • Yvette Marie Kieran - Abonnée 27 octobre 2020 12 h 32

    Transparence mais encouragement aussi

    Je suis bien d’accord avec l’importance de l’an transparence. Mais je m’interroge aussi la possibilité quitte le rouge s’il c’est redevenu stable dans ce secteur. À entendre les derniers messages du gouvernement on dirait que tous ceux qu sont-ils actuellement en zone rouge doivent attendre que l’est cas provinciaux aient diminuer pour espérer une réouverture. Je peux comprendre qu’on n’en diminue pas les restrictions en jaunes rouges, mais ce serait encourageant de savoir-faire que si une région ou se tour ce serre le sens coudes, les restaurants et autres pourront réouvrir même s’il de façon limite3 car il retourneront en zone orange. Je pense entre autres au 3 villes gaspésiennes qui sont toujours en zone rouge même s’il n’y a presque plus de cas dans ces villes. Il me semblait qu’en l’idee des couleurs par zone visait justement à pouvoirs s’adapter, mais la on dirait qu’une fois qu’on est en zone rouge on ne peut plus en sortir avantage qu’en tou les autres en zone rouge se soient améliorés. Ce n’est pas très encourageant.