Un pas pour l’agriculture durable

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), André Lamontagne, a présenté son Plan d’agriculture durable 2020-2030 qui, bien plus qu’un programme de subventions visant à encourager l’adoption de pratiques plus soucieuses de l’environnement, entend structurer la recherche, augmenter les connaissances dans ce domaine en plein essor, stimuler les transferts technologiques et assurer la formation des agriculteurs.

En plus du Plan d’agriculture durable, le ministre a livré une Politique sur la conduite responsable en recherche pour les 17 centres de recherche financés par le MAPAQ. Il déploie sur le terrain 75 agronomes et ingénieurs agricoles du ministère et il donne le mandat à l’Office des professions du Québec de préparer la rédaction d’une nouvelle Loi sur les agronomes.

Les travaux de la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles, qui s’est penchée sur les effets des pesticides sur la santé publique et l’environnement, ont donc servi à quelque chose. L’essentiel des recommandations de son rapport, déposé en février dernier, est mis en œuvre ou le sera. Les doléances du lanceur d’alerte Louis Robert ont aussi été entendues, lui qui dénonçait la mainmise de l’industrie des pesticides sur le Centre de recherche sur les grains ainsi que les conflits d’intérêts dans les lesquels se vautre la majorité des agronomes qui, tout en prodiguant des conseils présumément désintéressés, touchent des commissions sur la vente de pesticides. La nouvelle loi visera à leur imposer une indépendance que leur ordre professionnel complaisant a jugée bien secondaire.

Sur le plan financier, une somme de 125 millions répartis sur cinq ans est prévue. Trente millions iront à la recherche par le truchement d’un partenariat avec le Fonds de recherche du Québec et le scientifique en chef, Rémi Quirion. Plus question de tolérer que la recherche subventionnée par l’État soit « supervisée » par l’industrie. En outre, une somme de 25 millions est réservée au transfert de connaissances et à la formation en agroenvironnement des producteurs.

Enfin, 70 millions serviront d’incitatifs pour les agriculteurs qui changeront leur manière de faire, notamment en réduisant leur utilisation de pesticides et d’engrais ou encore en élargissant les bandes riveraines de leurs champs. Ce programme d’incitatifs, dont les modalités seront définies l’an prochain, n’ambitionne pas de changer les modes d’agriculture — ce n’est pas un soutien à l’agriculture biologique, l’objet d’autres programmes —, mais bien de changer notablement les pratiques dans la grande et moyenne agriculture. On ne se limite pas à la réduction de l’usage des pesticides : on projette de diminuer de 15 % des apports en engrais azotés et du phosphore dans les cours d’eau, de contribuer à la santé et à la conservation des sols et d’optimiser la gestion de l’eau.

Avec 15 millions par an en moyenne, ces incitatifs sont timides par rapport aux 65 millions par an que proposait l’Union des producteurs agricoles dans son Plan vert agricole. Ça n’a pas empêché son président, Marcel Groleau, tout comme l’organisme environnemental Équiterre, d’ailleurs, de se montrer très favorable au plan ministériel. Il faut bien commencer quelque part, et on peut souhaiter que le nombre de producteurs désireux d’améliorer leur bilan environnemental dépassera les prévisions du ministre. Le mieux qui pourrait se produire, c’est que le programme soit victime de son succès et que le gouvernement doive y réinjecter des fonds.

Le plan ministériel — c’est un aspect à ne pas négliger — veut accélérer le transfert de connaissances et la formation en matière d’agriculture durable. Il ne faut pas sous-estimer la volonté de maints producteurs d’améliorer leurs pratiques : ils sont nombreux à partager le point de vue des consommateurs soucieux de l’environnement, sinon à sentir leur pression. Ces dernières années, l’essor des Clubs-conseils en agroenvironnement, au sein desquels les producteurs partagent leur expérience et expertise, en témoigne, un réseau sur lequel le ministre aurait sans doute avantage à s’appuyer.

Le Plan d’agriculture durable ne transformera pas la campagne québécoise en un Éden écologiste, mais grâce à son approche concrète et intégrée — incitatifs, recherche indépendante, transferts de connaissances, formation —, il est appelé à faire une nette différence. Manquent encore d’autres initiatives afin de favoriser la diversification de l’agriculture et l’émergence de petites fermes. Espérons que ce ne sera qu’une question de temps avant qu’elles ne voient le jour.

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