La nouvelle hypersexualisation

Lancé par des garçons fréquentant des écoles publiques et des collèges privés du secondaire, un mouvement qui a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux dénonce les règles tatillonnes auxquelles sont soumises les jeunes filles pour le port de l’uniforme scolaire et les réprimandes qu’elles subissent pour une jupe jugée trop courte.

Afin d’appuyer leurs consœurs qui se plaignent depuis des années des exigences discriminatoires que leur impose le code vestimentaire scolaire, des garçons de plusieurs écoles et collèges ont enfilé la jupe à l’école, parfois avec la bénédiction d’enseignants ou de la direction de l’établissement.

On dénonce les surveillants qui, munis d’une règle, vérifient la longueur des jupes des jeunes filles pour leur demander, si le vêtement est trop court, de se changer ou encore de retourner chez elles. C’est aussi la justification qui pose problème : des jambes trop découvertes ou une épaule dénudée risquent de déconcentrer les garçons et les enseignants. C’est de l’hypersexualisation, avancent les contestataires, donnant un nouveau sens au concept.

Il y a un peu plus de dix ans, le Conseil du statut de la femme voyait dans l’hypersexualisation une « érotisation de l’enfance » encouragée par les vedettes pop et les médias. Aujourd’hui, l’hypersexualisation, c’est de brimer la liberté des jeunes filles de s’habiller comme elles l’entendent. C’est le jugement des adultes qui « démonisent celles qui souhaitent présenter leur corps comme elles le veulent », écrivent dans une lettre collective publiée dans nos pages d’anciennes étudiantes du collège Jean-Eudes, à Montréal. Autre temps, autres mœurs.

Ces récentes diplômées du collège saluent le mouvement de leurs « alliés masculins » qui ont utilisé stratégiquement « leur privilège » (de mâle) tout en déplorant que les établissements scolaires ainsi que les médias écoutent « seulement les revendications apportées par les hommes » après avoir ignoré pendant des années « les voix féminines qui portaient le même message ». Elles ne sont pas tendres envers leur alma mater, à qui elles demandent des excuses pour son « attitude dégradante et humiliante ».

Paradoxalement, ces jeunes n’exigent pas l’abandon de l’uniforme scolaire ; elles veulent pouvoir le porter sans qu’aucune règle ne s’applique, ce qui apparaît contradictoire. Il est vrai qu’il est ridicule que les surveillants se promènent avec des règles pour juger de la conformité de l’uniforme. Il est vrai aussi que la pratique est sexiste puisque ce sont les filles qui font l’objet de réprimandes dont la seule justification serait qu’elles soient des objets sexuels — une conception dépassée —, contrairement aux garçons qui ne subissent pas cette pression.

Ce n’est pas aux filles de se soucier de l’effet qu’elles font sur les garçons, c’est aux garçons de se montrer stoïques, nous disent les jeunes. C’est ce qu’on appelle bien se tenir. À bas la « masculinité toxique », lancent-ils. La vraie libération sexuelle consisterait pour les femmes à se libérer du regard des hommes. Voilà qui est bien de notre temps.

6 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 17 octobre 2020 08 h 39

    Ben non, encore une fois

    Le VRAI débat, dans cette histoire, ne tourne pas autour d'une question de morale sexuelle ou de protection des filles contre de potentiels prédateurs. C'est d'abord et avant tout une question d'accepter qu'il y a des règles à respecter, en société, et que la liberté individuelle ne constitue pas l'alpha et l'oméga du bonheur. Ce que les parents ont eu tendance à négliger d'enseigner à leur progéniture à partir de la génération des baby-boomers.

    Ceci dit, malgré cette réserve, je trouve assez sympathique cette initiative d'appui des gars envers les filles, même si c'est dans une cause douteuse.

    • Céline Delorme - Abonnée 17 octobre 2020 11 h 02

      N'oublions pas que à l'école concernée, Jean Eudes, les filles ont le choix de porter la jupe ou le pantalon, comme dans la majorité des écoles de nos jours. Les garçons ont aussi la possibilité de porter la jupe, selon les témoignages. On pourrait établir le code vestimentaire de pantalon ou kilt pour tous filles et garçons. Les kilt se portant au genou, comme chacun sait, donc pas besoin de galon à mesurer!
      En Angleterre, ce débat a eu lieu en 2018 (voir The Guardian). Les filles se plaignaient que les garçons soulevaient leur jupe sans autorisation, prenaient des photos et les publiaient sur les réseaux sociaux. Plusieurs directions d'écoles (qui manquaient de finances pour engager des surveillants et avocats pour appliquer les suspensions ou renvois) ont modifié le costume obligatoire pour obliger le port du pantalon pour tous. Mais, des groupes de filles ont protesté pour avoir la liberté de porter des jupes.... difficile de contenter tout le monde.

    • Pierre Fortin - Abonné 18 octobre 2020 11 h 47

      Monsieur Thibaudeau,

      Je suis de votre avis que « C'est d'abord et avant tout une question d'accepter qu'il y a des règles à respecter, en société, et que la liberté individuelle ne constitue pas l'alpha et l'oméga du bonheur. »

      Mais il faut y ajouter que c'est l'enjeu de l'adolescence que d'arriver à affirmer sa propre autorité, même avec maladresse, pour accéder à l'âge adulte. Même si le résultat est parfois surprenant et discutable, les ados doivent parfois pour y arriver se confronter à l'autorité constituée, en l'occurrence ici celle de l'école. À mon époque, on interdisait les cheveux longs, ce qui nous poussait à compléter une chevelure abondante par une barbe touffue. Bêtement ado !

      On en rit aujourd'hui comme d'une banalité, le même phénomène se répètant à chaque génération avec un objet de contestation différent. Mais l'école secondaire sert aussi à cela même si ça se fait souvent à notre insu : opposer ses règles et son autorité à la bravade adolescente en encaissant ses manifestations d'indépendance. Chose certaine, ce serait dommageable et pernicieux de les "casser" simplement pour faire respecter l'ordre ou, pire, pour avoir le dernier mot.

      Ceci dit, je détesterais être directeur d'école secondaire dans cette situation !

  • Hélène Lecours - Abonnée 17 octobre 2020 10 h 14

    Le Diable

    Le Diable est dans les détails, n'est-ce-pas ? Et le ridicule ne tue pas les mesureurs de jupes. On se croirait revenu au temps de bonnes Soeurs qui faisaient de même à une certaine époque. Voir sous la jupe des filles a même mérité une chanson depuis ce temps, bien triste. Vaudrait peut-être mieux parler un peu plus ouvertement de sexualité, masculine et féminine ???

  • Marc Therrien - Abonné 17 octobre 2020 10 h 50

    Ne tuons pas le désir du monde


    Il serait intéressant que les jeunes filles expliquent elles-mêmes les critères qui influencent la longueur de la jupe qu’elles portent. Le confort? L’estime de soi? Je ne sais pas s’il est totalement vrai que leur seul critère est l’appréciation d’elles-mêmes de se trouver belles en se regardant dans le miroir. Si par accident, qui serait un effet secondaire imprévisible et indésirable, quelques garçons leur manifestaient ouvertement leur excitation sexuelle en réaction à la vue de ce qui commence à se dévoiler laissant le reste tout à l’imagination, j’imagine que plusieurs seront quand même ravies que leur perception d’elles-mêmes soit confirmée par le regard d’autrui, ce qui est quand même un mécanisme fondamental de la construction de l’identité.

    Marc Therrien

  • Léonce Naud - Abonné 17 octobre 2020 15 h 15

    Uniformes scolaires ? Une solution full écologique !

    Le ministre de l’Éducation a secrètement pris la décision de régler à la fois la question de l’uniforme dans les écoles et la mise en valeur de produits agricoles bien de chez nous. Pour les filles, ce sera pour tout vêtement le port obligatoire d'un pagne confectionné de feuilles de blé d'Inde retenues à la ceinture par une jolie cordelette. Pour les garçons, ce sera le port tout aussi obligatoire d'un brayet en cuir souple d'orignal. Les écoles deviendront ainsi full écologiques. Enfin, dans des gestes hautement patriotiques, l'Union des producteurs agricoles (UPA) a promis de fournir gratuitement les feuilles de blé d'Inde à l’usage des étudiantes tandis que nos alliés autochtones s'engagent à préparer le cuir d’orignal de qualité-brayet pour leurs équivalents masculins.