Un parti à rebâtir

Environ 25 500 militants du Parti québécois (PQ) ont fait de Paul St-Pierre Plamondon le dixième chef de l’histoire de ce grand parti avec l’objectif assumé de relancer le projet indépendantiste. L’avocat de 43 ans n’a pas volé sa victoire devant son plus proche rival, Sylvain Gaudreault. Crédité de 5 % des intentions de vote en début de course, il a mené une campagne intense sur les réseaux sociaux pour se faire connaître et faire avancer ses idées, obtenant finalement 56 % des voix. Les militants du PQ avaient le choix entre la continuité, incarnée par le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, et le changement. Ils ont opté pour St-Pierre Plamondon et sa promesse de « rebâtir le camp du Oui ».

Son prédécesseur, Jean-François Lisée, avait choisi de reporter à 2022 au moins la tenue d’un référendum sur la souveraineté du Québec, estimant à juste titre que le mouvement nationaliste ne pouvait se permettre le luxe d’une troisième défaite référendaire après celles de 1980 et de 1995. On connaît la suite. Le PQ a encaissé la pire défaite de son histoire lors du scrutin de 2018, obtenant 17 % des voix et 10 sièges à l’Assemblée nationale. Dans l’une de ces contradictions dont nous avons le secret, c’est maintenant vers un gouvernement ouvertement fédéraliste, celui de FrançoisLegault, que les Québécois se tournent pour que soient exprimées des positions nationalistes.

Au sein du PQ, la défaite de 2018 a fait voler en éclats l’approche de prudence référendaire. Dans la course marathonde neuf mois qui s’est terminée vendredi soir, trois des quatre candidats (à l’exception de Frédéric Bastien) militaient en faveur de l’empressement référendaire. Ce repositionnement n’amène pas le projet de pays plus près de son aboutissement, compte tenu de la situation précaire dans laquelle se retrouve le PQ. Il s’agit davantage d’un argument pour reconstruire le parti et sortir la souveraineté de son « champ de ruines ».

L’enthousiasme du nouveau chef sera certes bénéfique pour le PQ, mais il en faudra davantage pour confirmer son retour en force. Sans une réforme du mode de scrutin pour introduire des éléments de proportionnelle mixte, les tiers partis seront constamment sous-représentés et sous-financés à l’Assemblée nationale. Il est à espérer que la présidente du Conseil du trésor et ministre responsable des Institutions démocratiques et de la réforme électorale, Sonia LeBel, mènera à terme le projet de loi 39, en résistant à la tentation d’instrumentaliser la réforme afin de protéger la députation caquiste actuelle.

Ce ne sont ni le dynamisme du nouveau chef ni l’entrée en vigueur de la proportionnelle qui permettront au projet souverainiste de reprendre son élan. Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon devra trouver une manière de parler aux nouvelles générations d’électeurs, pour qui le statut politique du Québec est une question beaucoup moins préoccupante que la crise climatique ou les aspirations de justice sociale. La baisse du nombre de membres, un phénomène qui touche toutes les formations politiques, en dit beaucoup sur la place de la politique active dans le cœur du citoyen contemporain. Au PQ, la situation est préoccupante. La formation a perdu la moitié de sa base militante en quatre ans, passant de 73 000 à 35 800 membres.

Parler de l’indépendance sans détour et avec enthousiasme, comme le suggère Paul St-Pierre Plamondon, ne suffira pas à réhabiliter l’idée pour une majorité d’électeurs. Encore faudra-t-il les persuader qu’il s’agit d’un projet inclusif, tourné vers l’avenir, et non un projet alimenté par le ressentiment et la méfiance à l’égard de l’Autre. Le mouvement nationaliste insiste beaucoup sur une vision idéalisée de l’identité québécoise. Il devrait s’intéresser un peu plus à l’altérité, à moins de vouloir prêcher à des convertis qui ont déjà trouvé de confortables repères au sein du gouvernement Legault. Le Paul St-Pierre Plamondon d’il y a six ans faisait la proposition de valoriser « un nationalisme civique inclusif ». Celui qui a remporté la chefferie du PQ semble beaucoup plus perméable au discours ambiant sur le nationalisme identitaire. C’est un pari risqué, en ce sens qu’il limitera la progression de l’option souverainiste au-delà de son club social de nostalgiques.

Un dernier mot enfin sur le chef sortant du PQ, Pascal Bérubé. Le député de Matane-Matapédia a assumé le poste de chef par intérim avec constance et aplomb. Là où d’autres lui prêtaient des intentions politiques, Bérubé est demeuré fidèle à sa parole en ne briguant pas la chefferie. Là où d’autres encore l’envoyaient à la CAQ au pas de course, il est resté loyal au parti, en faisant de son mieux pour que le PQ, troisième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, obtienne sa part de visibilité dans le débat public. Pascal Bérubé a donné un visage de résilience et un ton empreint de dignité au PQ à un moment de son histoire où il en avait le plus besoin. Ses actions ont jeté les bases d’une relance qu’il appartient maintenant à Paul St-Pierre Plamondon de concrétiser.

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