Pour des réformes durables

La crise sanitaire a mis en évidence plusieurs lacunes graves de notre filet de protection sociale, notamment au chapitre de l’assurance-emploi. Avec les réformes successives des années 1990, moins de la moitié des salariés peuvent espérer toucher des prestations en cas de perte d’emploi. Tous les autres, dont des millions de travailleurs autonomes ou à temps partiel, n’y ont pas accès.

Selon la plus récente évaluation du Directeur parlementaire du budget, les seules mesures annoncées avant le 1er septembre pour répondre à la situation d’urgence auront coûté 225,9 milliards de dollars d’ici leur échéance, l’an prochain. Ce qui exclut les engagements pris dans le discours du Trône.

Parmi les mesures les plus coûteuses, il y a bien sûr la populaire Prestation canadienne d’urgence (PCU) à 82,4 milliards, la Subvention salariale d’urgence pour les entreprises à 65,9 milliards, les trois prestations de relance économique à 15,2 milliards et les importantes modifications à l’assurance-emploi, à 10,1 milliards.

  

Si le premier geste du gouvernement Trudeau a été de créer la PCU, c’est que la rigidité et les normes trop restrictives de l’assurance-emploi auraient abandonné à leur sort tous les travailleurs n’ayant pas accumulé le nombre d’heures suffisant ou ayant perdu des contrats à titre de travailleurs autonomes. On a beaucoup critiqué la PCU pour toutes sortes de bonnes raisons, ce qui a tout de même donné le temps d’apporter des modifications à l’assurance-emploi pour mieux répondre aux besoins créés par la deuxième vague.

Avec le passage de la PCU à l’assurance-emploi bonifiée, l’aide de l’État reste très accessible tout en ayant des balises plus rigoureuses, notamment au chapitre de la recherche d’emploi obligatoire et de la récupération d’une partie ou de la totalité des prestations lorsque le revenu annuel atteint un certain niveau.

Jusqu’en septembre 2021, il faudra avoir accumulé un minimum de 120 heures de cotisations au lieu de 420 heures pour avoir droit à des prestations variant entre 500 $ et 573 $ par semaine, selon le revenu. En revanche, il faudra prouver que l’on a cherché du travail.

Quant aux travailleurs autonomes, faute d’être couverts directement par l’assurance-emploi, à laquelle ils n’ont jamais cotisé, ils ont accès à la Prestation de relance économique, qui est aussi de 500 $ par semaine (imposables) pendant un maximum de 26 semaines, mais qu’ils devront rembourser à raison de 50 ¢ pour chaque dollar gagné au-dessus de 38 000 $.

Les gens qui doivent se placer en isolement auront droit, quant à eux, à deux semaines de prestations, et les proches aidants d’enfants de moins de 12 ans dont l’école ou la garderie fermera ses portes auront accès au même montant pendant un maximum de 26 semaines s’ils travaillent moins que la moitié des heures habituelles.

  

Mieux ciblées que la PCU mais beaucoup plus généreuses que le programme d’assurance-emploi issu des réformes imposées par le gouvernement libéral du temps de Jean Chrétien et Paul Martin, les mesures temporaires mises en place depuis quelques jours forment, ensemble, une toile de protection sociale améliorée que les prestations pour enfants, les régimes de retraite publics et l’aide de dernier recours des provinces viennent compléter. Nous sommes donc bien loin du temps où le gouvernement au pouvoir à Ottawa utilisait sciemment les milliards d’excédents de la caisse d’assurance-emploi pour réduire son déficit budgétaire annuel.

Cela dit, tissée sur mesure pour la crise actuelle, cette toile ne pourra pas s’imposer comme filet permanent adapté aux besoins de la société post-pandémie que l’on espère pour bientôt. D’abord, parce que plusieurs de ces programmes sont conçus pour une période de chômage élevé et non de pénurie de main-d’œuvre. Ensuite, parce que pour chaque nouvelle mesure il y a un prix à payer. Dans le seul cas de l’assurance-emploi, il faut savoir qu’aux 10 milliards de dollars calculés par le Directeur parlementaire du budget s’ajoutent les 23 milliards qui proviennent des cotisations hebdomadaires perçues auprès des travailleurs et des employeurs. Puis il y a le système de santé qui mérite aussi notre attention, et le sort réservé aux aînés. La crise sanitaire aurait-elle modifié la donne au point où les Canadiens et les Québécois seraient aujourd’hui prêts à soutenir des réformes en profondeur malgré les coûts financiers très importants qui y sont rattachés ?

Il faudra faire des choix. Car si la baisse des taxes et des impôts a été au centre des débats politiques et des promesses électorales au cours des dernières années, ce n’est certainement pas la voie à suivre pour améliorer nos systèmes de santé et de sécurité sociale à plus long terme.

À voir en vidéo